EN MAI, DEUX CHRONIQUES PAR SEMAINE SUR NAPOLÉON... EN PLUS DE TOUTES NOS CHRONIQUES HABITUELLES

Livres/BD/Mangas

MADA TRECK, de Tana à Tuléar

Un véritable voyage de déconfinement…depuis son fauteuil. A Madagascar…comme nulle part ailleurs !
De Alexandre et Sonia Poussin
Editions Robert Laffont

Lu / Vu par

Rodolphe de Saint Hilaire
Publié le 13 avr . 2021

Recommandation

2,0BonBon

Thème

Un jeune couple de baroudeurs part avec leurs deux enfants, Philae et Ulysse de 6 et 9 ans, faire le tour de Madagascar « l’Ile rouge ». Ils ont choisi d’accomplir leur périple lentement, le plus lentement possible, à la rencontre des populations - parmi les plus pauvres du monde - et au plus près de paysages souvent vierges et à couper le souffle.

Alors, ils choisissent, comme moyen de locomotion, la charrette, telle celle à grandes roues de bois et à rayons de nos campagnes, dans les années 50, ou le chariot immortalisé par les aventuriers du Far West, attelée à deux zébus costauds et nonchalants cornaqués par deux pisteurs malgaches. L’aventure, riche d’expériences nouvelles,  a duré 4 ans et 4000 kilomètres. Ce volume retrace les 1000 premiers  kilomètres de l’expédition, de Tana (narive) à Tuléar direction le Grand Sud, aux confins de l’impossible. Un parcours parsemé d'embûches et infesté de bandits… et souvent gorgé d’eau, avec des moments très forts au gré des rencontres émouvantes avec les populations hostiles ou enthousiastes, des accidents imprévisibles, de découvertes décoiffantes et aussi des moments de grand bonheur. Exemple: Une expérience inoubliable «lorsqu’il a fallu hisser une voile sur la charrette qui s’est mise à flotter telle une barque ».

A la fois Carnets de voyage  type Le Routard à ses débuts, belle époque où la pub des chaussures Clark’s promettait en 1970 : Paris Bagdad 10 F, et hymne à l’écologie  et à la biodiversité, ce Mada Treck nous fait découvrir, façon entomologiste, une faune bavarde et colorée et une flore extraordinaire remplie  de plantes endémiques et d’espèces proches de l’extinction. Encore un exemple -ce récit en foisonne  «Une chose est sûre: la mangrove recule partout. Les écosystèmes sont détruits par les locaux qui n’en ont cure. « Ventre affamé n’a pas l’oreille écologiste ». On rencontre deux Allemands en mission scientifique qui « étudient un caméléon endémique de cette forêt le Furcifer labordi. Falke extrait un mâle, vert comme une pomme avec des lèvres blanches et ce curieux appendice de 2 cm de long » Il ne vivra que deux mois, après 4 mois vécus au sein de son œuf. Ailleurs, les scarabées annonciateurs de la pluie s’accrochent dans les cheveux des voyageurs et un lémurien malade qui regarde au loin vient se réfugier dans le petit village dont il devient la mascotte « symbole du monde sauvage en péril»  

Points forts

Description à la fois poétique et quasi scientifique de l’environnement, cette alchimie déclenchant une réelle émotion chez le lecteur-voyageur en attente de déconfinement.
Plus qu’un guide, un livre d’aventures terriblement dépaysant et captivant de la première à la dernière page. A chaque ligne où presque une nouvelle découverte, un nouvel imprévu, un nouveau danger telle une rencontre mouvementée avec les fameux, façon de parler, et redoutables Dahalo.
Un appel très vivant à la coopération entre les peuples et les ethnies, entre le Nord et le Sud, entre les pays pauvres et les pays riches       

Points faibles

  • Une écriture naïve, enfantine (voulue où non ?), l’auteur émaillant à chaque  page les découvertes de la famille de mots d’enfants (les siens), d’exclamations enthousiastes ou de réflexions affligées, comme au Palais de la découverte, au Jardin des Plantes ou dans une leçon de choses… Une mécanique répétitive qui manque un peu de spontanéité.
  • L’iconographie.
    Les photos ont le mérite d’exister certes, les cartes aussi, mais qu’on ne s’attende pas à découvrir un reportage digne de National Géographic ou même du Fig Mag. Les moyens du bord. Dommage.

En deux mots ...

Et si le bonheur était dans la brousse ? C’est en tout cas ce que ces nouveaux trappeurs, petits et grands « Poussins » essayent de nous démontrer ici parmi les moustiques et les baobabs, entre les caméléons et les crocodiles, au contact de populations totalement démunies mais prêtes à partager des découvertes phénoménales telles des coquilles du plus gros œuf du monde préhistorique, l’oeuf d’Aepyornis (autruche géante, l’oiseau- éléphant), 1m de haut , 35 centimètres de large, 9 litres de contenance, quelques restes de notre langue de gentil colonisateur et beaucoup de complicité bon enfant. Petit détail : Leur donner un (tout) petit peu d ’argent -une habitude- est considéré par les Malgaches comme un honneur… pour le donateur. Renversement de valeur ! Quand partons-nous ?

Un extrait

-« Les plus familiers, ce sont les Eulemur fulvus rufus, les lémuriens à front roux qu’on appelle les Gidro. Ils se sentent en sécurité autour du camp car ailleurs ils sont braconnés de façon impitoyable par les forestiers »

-« Ils sont trop mignons » 

Philae n’en  peut plus de joie aussi excitée que les petits primates ; Nous nous approchons de l’arbre dans lequel ils batifolent. Ils ont le museau noir encadré d’yeux orange bordés de poils blancs surmontés d’un front roux comme leur nom l’indique. Leurs mouvements sont saccadés, un peu paranoïaques…comme s’ils jouaient à se faire peur. Un peu plus loin une autre espèce se distingue en exécutant des grands bonds d’arbre en arbre  

- « Regarde papa ils sont blancs ceux–là » 

-« Ce sont des propithèques de Verreaux .Vous venez d’entrer dans leur territoire et vous en verrez peut-être jusqu’au sud du pays. Leur longue queue leur sert de balancier lors de leurs sauts vertigineux. Ils  ne boivent jamais et ne se nourrissent que de feuilles. Ils sont tout blanc hormis leur calotte  crânienne le museau et les paumes. En fait, sous leurs poils blancs leur peau est noire. »   

Nous sommes en extase et les contemplons de longs moments, la larme à l’œil.

L'auteur

Alexandre Poussin que l’on pourrait qualifier, avec sa femme Sonia, de Voyageurs de l’Extrême, est un ancien compagnon de route de Sylvain Tesson, une sacrée référence. Il a écrit précédemment Africa Trek,  en deux volumes vendus à 300 000 exemplaires, chez le même éditeur. Avec Sylvain Tesson il avait écrit, il y a 25 ans, On a roulé sur la terre (Pocket) et La marche dans le ciel (Pocket).  Le couple Poussin a également signé une série documentaire de seize épisodes sur Madagascar (disponible en DVD)

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.