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Métamorphoses de l’intelligence

Vers l'hégémonie des neuro-sciences? Attention, danger !
De Catherine Malabou
Editions PUF - 182 pages

Lu / Vu par

Paul Lelièvre
Publié le 17 juil . 2018

Recommandation

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Thème

Vous pensez savoir ce qu'est l’intelligence? Vous acquiescez lorsqu'on vous dit que telle ou telle personne est brillante parce qu'elle a 150 de QI et que c'est un argument imparable que vous ne sauriez discuter ou même remettre en cause? Oui?… Eh bien l'essai de Catherine Malabou est là pour nous sortir de ce genre d'idioties qui mènent à croire que l'intelligence se laisse définir et quantifier si facilement. Elle se propose de nous sortir de la bêtise de l'intelligence lorsqu'elle se conçoit elle même, à tort, comme étant héréditaire, innée, réservée à une élite ou encore comme étant la chasse gardée de la science ou de la philosophie.

Points forts

Malabou met en lumière une définition passionnante de l’intelligence: un automatisme, un mécanisme, basé sur l’habitude, capable d’interrompre et de modifier sa propre routine. Jamais figée, même dans sa propre définition et son être véritable, l’intelligence est transitoire, transition, forme « fluide »; métamorphose.

On comprend à la lecture de cet ouvrage que nous sommes aux portes d’une « singularité » historique: bientôt des machines imiteront dans les moindres détails notre intelligence du point de vue qualitatif: imprévisibilité, créativité, auto-réparation.

Cet essai est sans complaisance avec les risques que supposeraient  l’hégémonie des neuro-sciences sur les sciences dites « humaines », le contrôle de la cybernétique sur nos vies et l’extrémisme de la pensée du « tout génétique » qui mène à l’eugénisme.

Points faibles

Je n'en vois pas.

En deux mots ...

Rares sont les intellectuels capables de se rendre compte puis d’accepter que leurs précédents travaux ont mené à une conclusion inachevée ou erronée et qu’il est temps de reprendre leur réflexion pour corriger leur position. C’est bien ce que fait ici Catherine Malabou. Elle reprend sa pensée où elle l’avait laissée dans ses ouvrages antérieurs, « Avant Demain » mais surtout « Que faire de notre cerveau ?», dans lesquels elle confrontait philosophie kantienne et biologie pour le premier, et mettait en perspective le cerveau humain avec l’intelligence artificielle pour le second; dans le but de « métamorphoser » sa propre pensée en une philosophie plus adéquate, vraiment intelligente. 

Passionnée par l’étude du rapport entre cerveau et pensée, elle est pratiquement la seule parmi les philosophes continentaux contemporains à avoir le courage intellectuel de regarder en face les avancées de la science en matière de compréhension de l’activité cérébrale et à avoir l’intelligence de faire évoluer sa pensée en conséquence. Une honnêteté intellectuelle rare et incroyablement productive. 

Un extrait

- « Entrelacs de dispositifs et de boucles homéostatiques élémentaires  autant que base logique de tous les processus de construction de concepts, de formes et de significations, le cerveau unit la vie à elle-même. »

- « Mon livre Que faire de notre cerveau? était donc bien loin de la vérité! Quel sens peuvent bien avoir encore aujourd’hui mes pauvres affirmations selon lesquelles « la métaphore cybernétique (qui permet de comparer le cerveau à un ordinateur) a (…) fait son temps », elle « n’est pas pertinente »? (…) Comment avais-je jamais pu croire en la validité, en la pureté, de la différence entre plasticité cérébrale et architecture computationnelle? »

L'auteur

Ancienne élève et collaboratrice de Jacques Derrida, Catherine Malabou a été professeure de philosophie à l’université Paris X Nanterre jusqu’en 2011. Elle enseigne aujourd’hui à l’université de Kingston, au Royaume Uni, ainsi qu’à l’université d'Irvine, en Californie.

Elle est, sans doute, une des philosophes les plus marquantes de ces dix dernières années.

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