Livres/BD/Mangas

Nous étions nés pour être heureux

Paix des Braves” après une longue brouille familiale. Un récit moins puissant que les précédents ouvrages de Lionel Duroy
De Lionel DUROY
Editions Julliard 240 pages

Lu / Vu par

Véronique Roland
Publié le 25 oct . 2019

Recommandation

2,0A la rigueurA la rigueur

Thème

 Pour la deuxième année consécutive, Paul convie sa famille à un déjeuner qui pourrait être bien banal si, autour de la sainte table dressée au jardin, n’étaient réunis non seulement ses enfants mais aussi ses neuf frères et sœurs qu’il n’a pas vus depuis près de trente ans. A l’origine de cette brouille, il y a une bombe, ou plutôt des livres : Paul, écrivain, a fait de son histoire familiale et de son enfance fracassée le terreau de ses récits, s’attirant ainsi la réprobation profonde de ses proches qui lui ont tourné le dos. Mais le temps semble venu, sinon de la réconciliation, des explications bienveillantes et du bilan…

Points forts

-Sans être un règlement de comptes (les différents protagonistes prennent soin de ne pas être blessants), ce repas – qui en fera résonner d’autres chez bien des lecteurs -- est l’occasion de restituer à travers le parcours d’un homme, avec honnêteté et justesse, les colères, les hontes, les blessures familiales qui nous constituent.

- Radioscopie d’une famille en voie de réparation, le livre tire aussi sa force des dialogues sur lesquels il s’appuie largement pour permettre à chacun de se dévoiler, d’exprimer son ressenti sur une même histoire, et d’avancer en tissant grâce aux mots des liens plus apaisés.

-A-t-on le droit de s’approprier le passé de sa famille et d’en faire œuvre publique ? La question n’est pas nouvelle mais elle est au cœur de ce livre ouvertement autobiographique. Par la voix de Paul, Lionel Duroy fait entendre son expérience : il n’a pas choisi l’écriture autobiographique ; l’écriture autobiographique s’est imposée à lui comme seul moyen de survie en dépit des dégâts.

Points faibles

-Passé les premières pages, on se noie dans la masse des prénoms de la première à la quatrième génération et on peine à suivre. D’autant plus si l’on n’a jamais lu aucun livre de Lionel Duroy et qu’on ignore la genèse des ouvrages précédents, auxquels il est tout de même souvent fait allusion.

-Le retour nostalgique sur le passé, sur ce qui aurait pu ou n’aurait pas pu être dit ou fait, est franchement lassant, et tourne à la rumination quand Paul/Lionel explique et réexplique pour la énième fois qu’il serait mort de ne pas écrire sur son enfance.

En deux mots ...

On est loin des récits puissants auxquels Lionel Duroy a habitué ses plus fidèles lecteurs —  Priez pour nous, Le Chagrin, Colères et tant d’autres. En dépit de sa finesse, l’ouvrage laisse une impression d’après-midi un peu ennuyeux qui s’étire indéfiniment. Si la réconciliation est un enjeu majeur de la vie, preuve est faite qu’en littérature elle est bien moins intéressante que le conflit. Cependant, l’ouvrage a un grand mérite : celui d’ouvrir les lecteurs nouveaux venus à l’œuvre d’un grand écrivain dont il serait dommage de ne pas découvrir les précédents romans.

Un extrait

“ L’impossibilité d’enfouir tout ce qui nous constitue, l’impossibilité de nous “refermer dessus”  tant nous en avons entassé pêle-mêle, est à l’origine de la musique à laquelle se voue Sylvain, du puissant travail de Nicolas sur l’expression du chaos sous l’ordre apparent des choses ou encore de la nécessité d’écrire pour Paul. Comment ceux qui se taisent parviennent-ils à supporter l’inexorable débit de ce qui nourrit notre discours intérieur ? “

L'auteur

 Quatrième d’une fratrie de dix enfants, Lionel Duroy est né le 1er octobre 1949 à Bizerte (Tunisie). D’abord journaliste à Libération et L’Evénement du jeudi, il s’est consacré à l’écriture dès la publication de son premier roman en 1990. Il a reçu le Prix François Mauriac et le Grand prix Marie-Claire du roman d’émotion pour  Le Chagrin , et le Prix Renaudot des lycéens et le Prix Joseph Kessel en 2012 pour  L’Hiver des hommes .

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