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Roumeli - Voyages en Grèce du Nord

Titre proposé : Vagabondage dans une Grèce inconnue des touristes
De Patrick Leigh Fermor
Editions Bartillat 392 p. 22 € paru 14 novembre 2019

Lu / Vu par

Hélène Renard
Publié le 27 déc . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

La Roumélie, qui ne figure sur aucune carte de la Grèce actuelle, désigne une vaste partie de la Grèce du nord, englobant les espaces de la Macédoine au Golfe de Corinthe. Dans ce récit de ses pérégrinations et rencontres, publié pour la première fois en anglais en 1966, et enfin, en français en 2019,  Patrick Leigh Fermor commence à Alexandroupolis, non loin de la frontière turque : il rencontre là un berger, mais pas n'importe lequel, un Saracatsane, authentique nomade comme il en reste peu (population estimée à environ 80.000 personnes il y a une cinquantaine d'années). Partageant la vie de ces montagnards, il en décrit les coutumes et les costumes, la langue et l'habitat (des huttes couvertes de chaume), l'histoire et les croyances. Après ce long chapitre (92 pages) consacré à ces "Partants noirs", il entame une visite des monastères des Météores -du moins ce qu'il en reste-, notamment celui de Saint-Barlaam sur son piton rocheux où vivent encore deux moines, belle occasion pour lui de rappeler la tradition du monachisme orthodoxe et de  préciser la dévotion aux saints peints à fresque dans des églises délabrées (patrimoine unique laissé à l'abandon). Puis, il longe la côte face à Corfou et Ithaque, se retrouve à Astakos (nom grec du homard !) jusqu'à Missolonghi, sur les traces de Lord Byron, auquel les Grecs vouent une vénération.

Points forts

- Heureusement, il y a une carte qui indique tous les lieux, montagnes, villes et villages, où Patrick Leigh Fermor a séjourné. Car qui de nous saurait situer précisément  l'Arcananie, le Kravara, l'Epire (avec sa "capitale" Ioannina célèbre grâce à Ali Pacha), l'Etolie, et même les monts du Pinde et de l'Agrafa ? 

- La personnalité d'exception de l'auteur, à la fois ethnologue, archéologue, historien, linguiste pratiquant lui-même le grec (l'ancien et le moderne), géographe, poète et même peintre... mais surtout homme sensible à l'amitié, respectueux de ceux qu'il rencontre tout en ne refusant pas, quelquefois, de s'en moquer gentiment !  

- Le style  de ce récit de voyage, à la fois très documenté et fruit d'une expérience de terrain, une prose pleine de lyrisme et d'humour. 

- La préface, signée du traducteur Lucien d'Azay (lui-même romancier et voyageur), rappelle avec justesse que ce  genre littéraire, ce "vagabondage érudit ", offre au lecteur un plaisir rare.  

- La "digression" sur la Crète (pages 200 à 227) est particulièrement émouvante, tant les portraits des résistants crétois avec lesquels il a vécu  durant l'occupation de la Crète par les Allemands, sont chaleureux. 

Points faibles

- Dans son ardent désir de nous sensibiliser à sa passion pour la langue et l'histoire, Patrick Leigh Farmor offre des pages très détaillées sur la "rômiosyne", et se lance dans une théorie personnelle sur ce qu'il nomme le dilemme helléno-romaïque... Certes c'est son droit mais on éprouve quelque mal à le suivre et la différence entre le  "rômios" et l'Hellène, nous échappe un peu, malgré un glossaire très (trop ?) fourni.

- Le dernier chapitre intitulé "les sons du monde grec" s'il est amusant, donnant une brève définition de chaque région ou ville de Grèce selon ses spécialités, devient monotone (s'étalant sur 9 pages), même s'il prouve combien "Sir Patrick" connaît ce pays à fond. 

En deux mots ...

Voilà un fabuleux vademecum avec un mentor exceptionnel ! A celui qui déciderait de visiter cette partie de la Grèce où les touristes n'abondent pas, on ne peut qu'en conseiller la lecture. Quant à celui qui sait qu'il ne pourra jamais s'y rendre ni par bateau ni en train, il trouvera là de quoi se consoler et rêver en excellente compagnie.

Un extrait

"Il est difficile de résister à la tentation de se délecter à décrire notre séjour à Astakos : les rues infestées de mouches, la mer stagnante, le sirocco, la chaleur délétère, la désolation et les affres des nuits.... Le seul visage dont le souvenir m'est un tant soit peu agréable est celui de la vieille femme de la taverne : "On lui a donné ce nom en souvenir du fils d'un roi. Il y a longtemps, très longtemps. Bien avant l'occupation turque, même". Elle a fait un geste avec sa louche : "il y a un siècle peut-être"... Plus tard, j'ai consulté de nombreux livres pour identifier le prince qu'elle avait évoqué... Où cette aimable vieille dame avait-elle entendu parler de ce prince introuvable ? Elle ne s'en souvenait plus ; aucun de ses concitoyens n'avait rien su de lui ; le mystère demeure entier. Mais il me semble l'avoir vu au loin, dans le golfe, trônant à des brasses de profondeur dans une abside d'anémones. Seigneur d'un royaume bleu-vert, son jeune regard scrutant les parages avec vigilance, il est à l'affût de l'injustice et du danger... " 

L'auteur

Patrick Leigh Fermor (1915-2011) se situe, comme le précise le préfacier-traducteur, "entre l'écrivain aventurier, le baroudeur diplomate, l'esthète en  exil, l'anglo-saxon fréquentant la jet-set de Londres entre deux périples". Son récit Mani, Voyages dans le sud du Péloponnèse (paru en France chez Payot et Rivages en 1999 puis chez Bartillat, en 2018)  l'a fait connaître au public français. Seuls quelques passionnés de ce genre littéraire connaissaient Vents alizés.

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