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Sapiens face à Sapiens, la splendide et tragique histoire de l'humanité

Sapiens, hypothèses et dangers d'un succès planétaire
De Pascal Picq
Editions Flammarion 310 p.

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 12 déc . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Il y a 40.000 ans, l'homo sapiens s'est imposé progressivement sur Terre comme l'espèce d'Homme dominante, colonisant presque tous les espaces de vie possibles. Le paléoanthropologue Pascal Picq s'interroge et nous interroge sur les causes et les conséquences de ce phénoménal succès, sans équivalent dans le monde animal. Pourquoi Sapiens s'est-il imposé, alors que vivaient en même temps ses cousins Neandertal en Europe et Dénisoviens en Asie ? C'est à une véritable enquête que se livre Pascal Picq. Il y mêle découvertes archéologiques les plus récentes, analyse des cultures humaines préhistoriques, étude des génomes anciens et des conditions d'expression des gènes dans leurs environnements.

Ces millénaires de convergences ont ils permis le succès planétaire de notre espèce ? Dans l'affirmative, et transposée à nos derniers siècles d'évolution, cette relation d'une espèce avec ses technologies et ses conditions environnementales, pose la question - tragique selon l'auteur, des conséquences, pour l'Homme moderne, de l'évolution de ses environnements pour sa survie.

Points forts

· Un livre très documenté sur les connaissances les plus actuelles des origines de l'humanité. Il est vrai que ces 40 dernières années ont complètement rebattu les cartes, en particulier sur la naissance de la lignée de l'Homme moderne, ses métissages, le constat de la disparition, en quelques milliers d'années, de toutes les autres espèces d'hommes.

· Génétique et génomique deviennent de nouveaux outils de recherche et de compréhension de notre passé. Elles permettent des datations plus fines, des connaissances des climats anciens, et surtout de rapprocher les restes fossiles du capital génétique des peuples modernes - attestant (entre autres exemples) de leurs migrations, de leurs goûts pour le lait ou pour la viande, de leurs unions éventuelles et maintenant avérée,  avec l'homme de Neandertal.

· Une remise en cause très vivifiante de l'image d'Epinal de l'Homme préhistorique. Entendons par là : Pascal Picq règle, sans équivoque, ses comptes avec la vision occidentalo-centrée de la civilisation, des hommes sans culture d'avant sapiens, du rôle de la femme dans les sociétés préhistorique, mis en image au 19ème siècle dans une société machiste. Plus globalement encore, il nous invite à une comparaison fertile et équilibrée des sociétés préhistoriques, mettant sur un pied d'égalité les visions européennes, asiatiques, africaines et amérindiennes.

Points faibles

· Cet essai exige une appétence pour la préhistoire et plus encore pour la recherche de nos origines. Non que ce sujet soit "élitiste", mais sélectif du fait des repères de la paléontologie, de la paléogénétique, des âges de la préhistoire, de ses cultures et de ses techniques, instruments de "reconnaissance" des spécialistes en la matière.

· De ce fait, Pascal Picq propose un vocabulaire expert, qui n'est pas inaccessible, mais peut nécessiter des retours aux sources lexicales.

En deux mots ...

Voici un essai à lire et à offrir à celles et ceux que les origines de l'Homme intriguent, qui seront séduit(e)s par l'accès aux connaissance les plus récentes sur le sujet - et à l'autorité de compétence de Pascal Picq en la matière. Attention, si vous êtes "collapsophile" (c'est-à-dire que vous aimer penser que la fin de notre civilisation est pour demain), vous resterez un peu sur votre faim - le "tragique" du sous-titre ne fait pas vraiment l'objet de développement, hormis de nous alerter sur ce concept de "co-évolution" qui associe dans le développement de l'être humain, l'évolution de ses compétences et celles de ses environnements. A ce titre, il nous invite à penser notre avenir au risque d'un écartèlement entre le temps court des progrès scientifique, économiques et culturels et les temps plus longs de l'évolution de la biologie et des équilibres écologiques.

Un extrait

"Mais alors, pourquoi ne reste-t-il qu'une espèce d'Hommes sur toute la Terre, nous les Sapiens dits modernes, depuis 20.000 ans ?

Comment expliquer que des espèces toutes aussi humaines, avec autant d'adaptations culturelles et biologiques, ayant cohabité pendant des centaines de milliers d'années, ayant échangé des techniques et des gènes, se trouvent expulsées de la grande aventure de la lignée humaine qui s'est toujours déclinée sur le mode pluriel de l'aube au crépuscule de la longue histoire ?

Car la liste des exclus ne cesse de s'allonger"… P 161

"Les Sapiens modernes, nous autres, illustrent, non pas une nouvelle espèce eu égard aux Sapiens plus anciens, mais l'émergence d'une nouvelle coévolution fondée sur une synthèse biologique, cognitive et culturelle qui, dans les différentes parties de l'ancien monde, incorpore des introgressions génétiques et des acculturations empruntées aux populations néandertaliennes, denisoviennes, sapiennes plus anciennes ou encore d'autres à découvrir. " P 166

L'auteur

Pascal Picq est paléoanthropologue, Maître de conférences au Collège de France. Ses recherches s’intéressent à l’évolution morphologique et sociale de la lignée humaine dans le cadre des théories modernes de l’évolution. Il a écrit plus de 30 essais qui bousculent les représentations et les connaissances sur les grands singes et les premiers hommes, sur les sociétés préhistoriques, les idéologies dans les représentations des sociétés primitives. Apprécié dans les médias  pour ses analyses qui rapprochent préhistoire et monde moderne, il donne également de nombreuses conférences.

Commentaires

Berge
Le 18 juil. 2020
à 17h39

Pascal Picq jouit d'une très grande notoriété
J'avais déjà lu un livre de Pascal Picq. Certes j'avais trouvé des incohérences
mais ici (interview par Sciences et Avenir numero hors serie janvier 2017) c'est vraiment un concentré)
je résume les questions de Sciences et Avenir
Enfin on demande si ses phénomènes se poursuivent encore aujourdhui
je vais citer mot à mot des éléments de réponse de Pascal Picq

« Transportons-nous à la charniére du néolithique et de l'histoire [ .....] un accroissement démographique considérable
une diminution de notre taille corporelle, une perte de un tiers de notre robustesse squelettique et de notre masse musculaire
une diminution de 200 centimètres cubes de la taille de notre cerveau »
premier commentaire mais où a t-il pris ça?

Continuons: ce phénoméne se poursuit aujourd'hui?
« bien sûr[......]le smartphone est né en 2007. huit ans plus tard la révolution numérique explose sous le nom d'ubérisation. Un nouveau compromis se met en place non seulement sur la société mais aussi sur notre corps et notre cerveau »

Je n'ai pas triché. C'est bien ce qu'il a dit. Alors je n'y comprends rien: Mon petit fils aurait un cerveau différent de celui de mon grand-père?
Monsieur Picq pouvait dire qu il rejette la théorie de Darwin. Il a le droit.Il y a bien les créationnistes au Etats-unis.Il n'en dit rien.Il ne veut pas risquer d'être critiquué par des scientifiques
Finalement je pense que c'est une espèce d'ambition: Il voudrait être aussi célèbre que Galilée ou Newton. Malheureusement por lui ce n'est pas facile. En manifestant des idées aussi époustouflantes il espére attirer l'attention.

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