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Un Catholique s’est échappé

Comment retrouver le chemin de l’Eglise ? Catholique ou pas, on se pose avec lui les questions essentielles.
De Jean-Pierre DENIS
Editions du Cerf 192 p. 18 €

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 09 oct . 2019

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Thème

Le rédacteur en chef de « La Vie » ne part pas en croisade par quatre chemins. Il tape fort là où cela fait mal chez ce qui reste de vocation à la « fille aînée de l’Eglise » et à ses ouailles. Le moment douloureux de la mort de son père, chrétien passager, l’amène à « faire un 360° » sur la situation de son église catholique et sur ce qui le fait croire. Et comme aurait dit Audiard, « c’est du brutal ! ». D’où le titre, inspiré de la série des grandes évasions. Pour le lecteur, cette confession publique est salutaire car elle parle autant aux chrétiens de la pratique qu’à tous les éloignés qui n’ont pas tiré un trait définitif sur la question de Dieu.

Points forts

Jean-Pierre Denis, quoique journaliste et laïc, connaît son sujet. Comme observateur, professionnel de la religion et de ses périphéries, il porte un jugement talentueux et éclairé, nourri du sens de la formule. Il dresse un état juste et sévère de la CatholiCité, ce pays souffrant à qui son traitement intensif actuel ne réussit pas. Réconforté dans sa foi par un musulman et un protestant, l’auteur nous convie à une parole retrouvée, à contenir les sept tentations du repli et du découragement et plaide pour ce qu’il appelle un christianisme « attestataire », celui qui assure et assume. Sa mission est de privilégier ceux qui « veulent être compris et pas jugés », ceux des marges et de l’intermittence plutôt que porter l’effort sur les fidèles déjà acquis à la cause. D’autant qu’être chrétien aujourd’hui, c’est de se sentir libre, de prier pour celui qui ne l’est pas et chercher tous les jours à l’être.

Points faibles

Ce constat peut déplaire mais convaincu « que la mort n’est pas le dernier mot », l’auteur, soutien du Pape François, nous livre une vision personnelle, cohérente, exigeante « à une question sans réponse » plus qu’à « une réponse sans questions ».

En deux mots ...

Malgré la dureté des temps, en Occident seulement, Jean-Pierre Denis revient sur les oublis de notre catholicisme : le rôle vital de l’Evangile, le service sans autre récompense, la joie de croire et de vivre, la puissance de la faiblesse, la pauvreté qui fait école, l’humilité nourricière. L’amour et la charité sont sœurs, le pauvre et l’humble sont frères jumeaux, et l’essentiel réside dans le sens à donner au sens, la richesse du rituel pour ceux qui n’ont rien d’autre, le juste chemin à accomplir, personnel et universel. Il s’agit de faire le deuil d’un certain catholicisme élitiste, hors sol, ni sur terre ni au ciel. Quand l’âme ne suffit plus, il faut s’échapper pour faire plus que son quart du chemin et Dieu fera le reste.

Un extrait

« Je veux connaître ce Dieu qui vous a poussé à agir ainsi avec moi ».

« Heureusement, par chez nous, on meurt beaucoup ; cela permet de voir du monde à l’église ! »

L’antichristianisme est le meilleur évangélisateur que nous ne le serons jamais.

Tu n’as pas la foi ? Moi non plus, c’est pour cela que je suis chrétien !

Aucun prophète n’a le profil du poste.

Si tu n’aimes pas, ne demande pas d’aimer.

L'auteur

Jean-Pierre Denis, né en 1967, est essayiste, poète et journaliste. Chroniqueur, expert du fait religieux, il est rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Vie (ex-catholique) et du mensuel Prier. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : Nos enfants de la guerre, Le Seuil, 2002, Pourquoi le christianisme fait scandale, Le Seuil, 2010, des recueils de poésie : Un chemin de croix, 2019, et Dans l’éblouissant oubli, Ad Solem, 2010.

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