One Man Show

FANNY ARDANT: Hiroshima mon amour

Si vous aimez Fanny Ardant, vous pouvez adorer. Mais...
De Marguerite Duras
Voix off : Gérard Depardieu
Mise en scène : Bertrand Marcos

Infos & réservation

Bouffes parisiens
4 rue Monsigny, 75002, Paris
Tél. : 01 42 96 92 42
http://www.bouffesparisiens.com/spectacle.php?spec_num=55
Du mercredi au samedi à 20h et le dimanche à 15h.

Lu / Vu par

Anne-Claude Ambroise-Rendu
Publié le 10 juil . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Avertissement: en décembre dernier, lors de la programmation de ce spectacle à L'Atelier, Charles-Edouard Aubry vous avait dit ce qu'il en pensait (cf archives Culture-Tops). Six mois après, et à l'occasion de la reprise de ce spectacle dans un autre lieu, voici le jugement d'un autre chroniqueur, Anne-Claude Ambroise-Rendu.

Quelques années après le 8 août 1945 et la bombe, une actrice française et un Japonais se rencontrent à Hiroshima. Doublement foudroyés par l'impossible évocation du désastre atomique et de ses conséquences et par ce qui pourrait être un amour éphémère, ils parlent de l'oubli et de la mémoire. Et c'est l'occasion pour la femme d'évoquer le souvenir d'un amour scandaleux et déchirant qu'elle a vécu avec un soldat allemand à Nevers pendant l'occupation et l'humiliation des femmes tondues à la Libération.

Points forts

  • Un des plus beaux textes du théâtre moderne, pourtant écrit pour le cinéma.
  • Fanny Ardant sublime (on a envie d'écrire, « forcément sublime »), à la fois fabriquée et authentique, majestueuse et touchante, avec ce sourire qui déchire et éclaire son visage est une merveilleuse interprète durassienne. Debout, assise, allongée, simplement habillée d'une robe noire, vacillant sur ses hauts talons, elle est, dans le pinceau de lumière qui l'enveloppe, cette femme blessée et vivante et qui ne veut pas oublier. Et c'est à peine si on remarque - et c'est presque un miracle – que cette femme a la voix de Fanny Ardant. Et c'est à peine si on se souvient qu'on a croisé le couple Depardieu-Ardant dans le très beau film de Truffaut La femme d'à côté en 1981.
  • La mise en scène de ce seule en scène parvient à égaler le film. L'écriture qui allège et accélère le récit, montre que les mots de Duras sont assez forts pour se passer des images. La transformation du dialogue en quasi monologue (ponctué et relancé par la voix off de Gérard Depardieu) est une réussite, même si elle décale un peu le propos, davantage centré sur l'amour, sur la mort de l'amant allemand, la tonte de la femme coupable et son enfermement dans la cave familiale, la honte submergeant sa famille et l'exil à Paris.

Points faibles

  • Si on est subjugué par Fanny Ardant, si on retrouve avec plaisir la voix de Gérard Depardieu qui fut si proche de Marguerite Duras et joua pour elle à plusieurs reprises au cinéma et au théâtre, si on est saisi par la force, le dépouillement et la subtilité du texte, difficile, pourtant, de dire qu'on est emporté par le spectacle. Quelque chose ne se produit pas tout à fait dans l'instant, qui n'est peut-être pas destiné à se produire d'ailleurs. Comme si ni le bombardement d'Hiroshima ni l'amour ne se prêtaient à une mise en spectacle, comme s'il fallait attendre les jours suivants pour que le temps fasse son œuvre et que se décante dans la mémoire le langage de Duras, qui dans sa dé-construction et sa fragmentation, dit si bien le monde transformé et l'humanité ruinée de l'après seconde guerre mondiale.

En deux mots ...

La mémoire, l'impuissance des mots face à l'horreur de ce qui est le sens de l'indicible, (Elle : je n'ai rien inventé. Lui : Tu as tout inventé), mais aussi la douleur de l'oubli et le désir de l'oubli - « Je t'oublierai, je t'oublie déjà, regarde comme je t'oublie » triomphe-t-elle à la fin. 

Par la voix de Fanny Ardant, tout Hiroshima mon amour nous parle de perte, celle des individus dans l'amour, celle de l'humanité dans la destruction.

Un extrait

Ou plutôt trois:

  • De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierai. De même que dans l'amour."
  • J'ai vu les actualités. Dès le deuxième jour, des espèces animales précises ont ressurgi des profondeurs de la terre et des cendres. Des chiens ont été photographiés. Pour toujours. Je les ai vus. J'ai vu les actualités. Je les ai vues. Du premier jour (...) du quinzième jour aussi. Hiroshima se recouvrit de fleurs. Ce n'étaient partout que bleuets et glaïeuls, et volubilis et belles d'un jour qui renaissaient des cendres avec une extraordinaire vigueur, inconnue jusque-là chez les fleurs."
  • Comment me serais-je doutée que cette ville était à la taille de l'amour ? Tu me tues, tu me fais du bien."

L'auteur

C'est pour répondre à une commande d'Alain Resnais que Marguerite Duras écrit le scénario d'Hiroshima mon amour, une liaison de 24 heures. Réalisé en 1959, le film est salué par Malraux, Chabrol et Jean-Luc Godard comme une des plus belles oeuvres de l'histoire du cinéma. Le texte est publié en 1960 par Gallimard. Ainsi s'amorce la rencontre entre la littérature et le cinéma qui contribue à renouveler en profondeur les codes traditionnels de l'écriture romanesque. Quelques années plus tard, comme l'ont fait déjà certains romanciers du Nouveau Roman, Duras réalise ses propres films, dont le très célèbre India Song en 1975. 

Fanny Ardant a donné 10 représentations d'Hiroshima mon amour à l'Atelier en décembre 2018. Cette reprise aux Bouffes Parisiens confirme la réussite de ce mariage ancien entre le théâtre et la littérature. 

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