One Man Show

Petit Eloge de la Nuit

Pierre Richard comme vous ne le connaissez pas: chapeau !
De Ingrid Astier
Mise en scène : Gérald Garrutti

Infos & réservation

Théâtre La Scala
13 boulevard de Strasbourg, 75 010 Paris
Tél. : 01 40 03 44 30
http://www.lascala-paris.com
ATTENTION: du 25 au 30 juin

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 21 juin . 2019

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Dans la représentation à la scène d'un beau texte d'Ingrid Astier, Pierre Richard jongle avec les mots, accapare les silences et emmène les spectateurs dans un espace céleste. A 84 ans, il faut le faire !
 

Thème

La voix est chaude, profonde. On entend : « Au commencement était la nuit ». Et aussi : « Souvent je me demande qui je suis. Je suis à moi-même ma propre nuit ». Sur la scène, dans la mi-obscurité, un homme va, vient, marche, s'arrête. Esquisse quelques gestes. Entre crépuscule et aube, la nuit. 

Crinière blanche, Pierre Richard qui se définit « acteur burlesque », lui qu'on a enfermé (à tort) durant tant et tant d'années dans le registre comique s'est emparé du « Petit éloge de la nuit », le texte d'Ingrid Astier paru en 2014 et mis en scène par l'étourdissant Gérald Garrutti, « metteur en scène shakespearien » qui sert le théâtre entre France et Grande-Bretagne.

Les mots et les silences s'enchaînent, se fondent. « Le rêve est l'aquarium de la nuit. Alors je regarde en moi cette vie souterraine qui s'agite, en silence, et projette sa fascination », dit l'homme sur la scène. Sur l'écran géant, au fond, défilent des images- dont l'étoile de l'Opéra de Paris, la majestueuse Marie-Agnès Gillot. 

La nuit a son rythme, singulier. Ce peut être un temps arrêté, suspendu ou étiré. « Elle ouvre le coffre-fort de la sensation », dit aussi le personnage à la crinière blanche. Cette sensation du temps suspendu quand, écoutant « La nuit je mens » d'Alain Bashung, il fume un cigare et savoure une coupe de champagne qui « est à la nuit ce que l'eau bénite est à la messe »... 

Points forts

  • La performance de Pierre Richard, magnifique d'élégance. Il jongle avec les mots, il accapare les silences. De la nuit, il fait son royaume et emmène immédiatement les spectateurs dans ses pas, quelque part en chemin vers la Lune, l'astre de la nuit par excellence.
  • La mise en scène tout aussi sobre qu'imaginative de Gérald Garutti. Avec intelligence, d'un décor minimaliste, une scène légèrement surélevée et un écran géant en fond de scène, il a inventé un espace céleste ensorcelant.
  • Le texte joliment poétique d'Ingrid Astier. Paru en 2014, « Petit éloge de la nuit » est, originellement, un abécédaire. Pour l'adaptation théâtrale, y ont été ajoutés des extraits de textes d'Edgar Allan Poe, de Charles Baudelaire, de Guy de Maupassant, de Robert Desnos, de Pablo Neruda, d'Henri Michaux, de Milan Kundera. 
  • La BO enivrante de Laurent Petitgand. Compositeur pour, entre autres, Wim Wenders, Michelangelo Antonioni et Angelin Preljocaj et arrangeur pour Christophe, il y a glissé « La nuit je mens », la chanson d'Alain Bashung.

Points faibles

  • Je ne vois vraiment aucun point faible dans ce « Petit éloge... ». 

 

En deux mots ...

« Petit éloge de la nuit », c'est la poésie totale servie par un voltigeur de la scène, un élégant aussi évanescent que vaporeux, un homme de 84 ans aussi droit qu'un enfant, aussi souple qu'une liane, aussi émouvant volubile ou muet. 

Si vous le pouvez, allez voir « Petit éloge de la nuit ». Parce qu'on y célèbre la nuit de veille, d'insomnie, d'amour et même de l'esprit ! Parce qu'on erre et se perd dans « un labyrinthe, tout en recoins, dédié à l'errance nocturne ». Un grand moment de théâtre.

Un extrait

« Le rêve est l'aquarium de la nuit. Alors je regarde en moi cette vie souterraine qui s'agite, en silence, et projette sa fascination. La nuit vit à un rythme singulier : elle a sa propre horloge. Un temps arrêté, suspendu ou étiré. Elle ouvre le coffre-fort de la sensation. J'aime cette plongée dans la nuit, cette immersion profonde qui me rappelle l'apnée dans l'océan. À travers ce « Petit éloge de la nuit », je me suis mis à l'écoute du nocturne. Il a fallu faire taire le bruit du monde, laisser les mots s'ouvrir, telle la fleur du datura le soir, pour répandre leurs parfums. Ce spectacle est le fruit de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures ou de dialogues croisés. Nuit de veille ou d'insomnie, nuit d'amour ou nuit de l'esprit : l'envers du moi s'y fait jour. Car la nuit est un ton- celui de la confidence. J'ai voulu un spectacle où le pas puisse se perdre. Un labyrinthe, tout en recoins, dédié à l'errance nocturne. Où le ciel sème sa nuit. Où le regard s'ouvre à l'infini ».

L'auteur

Né le 2 avril 1976 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Ingrid Astier est une écrivaine française. Agrégée de lettres modernes, elle publie en 1999 une nouvelle, « Face-à-faces », qui lui vaut le Prix du jeune Ecrivain. Après avoir publié des ouvrages sur l'hédonisme, les sens et la littérature et participé au « Guide du Fooding », elle se consacre à l'écriture romanesque à partir de 2007. Elle publie en 2010 son premier roman policier, « Quai des enfers », dans la Série Noire, suivi en 2013 d'« Angle mort ». Deux livres qui installe Ingrid Astier dans la case « relève du roman policier ». 

En 2014, c'est « Petit éloge de la nuit » puis, l'année suivante, « Même pas peur »- un roman d'aventures et d'éducation sentimentale pour un hommage au premier amour et à l'audace des sentiments.

En 2005, s'échappant du monde des livres, elle a tenu un second rôle dans « En attendant le déluge » du réalisateur français Damien Odoul, avec Anna Mouglalis et Pierre Richard.

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