La Femme Qui Danse

Solo autobiographique d’une danseuse hors du commun
Chorégraphie et textes inédits : Marie-Claude Pietragalla
Mise en scène : Julien Derouault
Lumière : Alexis David
Conception et réalisation vidéo : Julien Derouault
Création musicale : Wilfried Wendling, La Muse en Circuit et Louis Huguenin
Durée : 1h15
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène
75008
Paris
01 42 65 07 09
Du 15 octobre au 4 décembre 2022, les vendredis, samedis à 19h et dimanches à 14h30

Thème

Seule en scène, Marie-Claude Pietragalla se dévoile pieds nus, vêtue d’un simple haut et pantalon noirs, pour entreprendre un voyage introspectif au cœur de sa mémoire corporelle. Témoignage oral et chorégraphique, l’interprète revient sur les moments forts de sa carrière, dans une création où les mots se dansent et où le geste interroge. Grâce à une scénographie interactive et un univers musical éclectique, le spectateur est invité à plonger dans l’expérience de l’artiste, à suivre le rythme de sa respiration, de ses pensées et de ses émotions.

Points forts

  • À travers sa chorégraphie, Marie-Claude Pietragalla sonde les profondeurs de sa mémoire corporelle. Sous une douche de lumière blanche ou à la barre, elle dévoile un corps façonné par la technique classique, héritage incorporé qui se révèle dans des gestes fluides, parfaitement maîtrisés, où la performance physique prend des airs de simplicité. Mais ces mouvements sont aussi entrecoupés et furtifs, comme des actes manqués ou des cris de rage d’un corps étouffé par la rigidité académique. L’interprète trouve alors un espace de liberté dans les nombreux effets lumineux qui enveloppent et soulignent les contours de sa silhouette élancée. Elle va jusqu’à investir les technologies de captation du geste pour synchroniser ses pas avec les images graphiques projetées sur le cyclorama. Cette scénographie dynamique donne quelques nuances vibrantes au récit de cette danseuse passionnée.
  • Au fil de sa danse, Pietra se raconte et s’interroge. « Qu’est-ce qu’une femme qui danse ? » se demande-t-elle, tandis qu’elle évoque, comme des confidences, les souvenirs et les visages les plus marquants de sa carrière (son premier ballet, sa nomination comme Etoile de l’Opéra de Paris, ses leçons avec Rudolf Noureev, son Théâtre du Corps…). Cet examen de conscience fragmenté se prolonge jusque dans l’exploration de la respiration du mouvement. Équipée d’un micro serre-tête, l’artiste fait résonner son souffle dans le théâtre au gré de ses gestes. Inspirations profondes, souffle court et suffocations se mêlent ainsi aux rythmes électroniques de Birdy Nam Nam, aux airs du Lac des Cygnes (Tchaïkovski), du Sacre du Printemps (Stravinsky) et de Carmen (Bizet). Dans ce spectacle autobiographique, Pietra se dévoile en artiste complète, à la fois danseuse, chorégraphe et actrice, d’une énergie et d’une grâce fascinantes.
  • C’est donc avec une générosité teintée d’humour et de nostalgie que Marie-Claude Pietragalla partage son histoire : dans une sorte d’intermède pédagogique, où elle demande à la régie de rallumer la salle, la danseuse apostrophe le public et improvise une leçon sur l’énergie du mouvement. Plus tard, elle met en scène les critiques et les doutes qui jalonnent son travail d’artiste, dans une séquence où des voix-off l’assaillent de questions de plus en plus absurdes. Rendant hommage à son grand ami Patrick Dupont, elle compose une valse envoûtante avec une longue toile de plastique transparent, sous une douce lumière violacée. Quant à son solo final, Pietra y dévoile la quintessence de son parcours d’artiste, fruit de plus de quarante années à danser et chorégraphier. Touchante par sa sincérité et son élégance, elle offre ainsi un témoignage intime, celui d’une femme qui danse, désireuse de mettre son art à la portée de tous et d’encourager les jeunes âmes à y tracer leur route.

Quelques réserves

  • La multiplication des angles d’approches de la chorégraphie ne produit pas toujours l’effet poétique escompté. Certaines séquences sont saturées d’animations numériques, qui envahissent l’espace mais peinent à convaincre. Source de gêne plus que de fascination, cette surcharge porte préjudice à une chorégraphie déjà pleine de force et de sensibilité.
  • D’autre part, les enchaînements de pas peuvent laisser une impression de redondance. Au-delà de la qualité de la danse, la chorégraphie mobilise un répertoire de gestes assez limité, dont la répétition confine parfois à la redite et tend à diluer le propos de l’artiste.

Encore un mot...

A peine la lumière avait-elle plongé la scène dans l’obscurité que le public se levait pour ovationner l’artiste et le troisième solo de sa carrière. Spectacle de l’intime, La Femme qui Danse offre un condensé, humble et sincère, des quarante années de travail menées par une danseuse et chorégraphe française emblématique de notre époque.

Une phrase

« Toutes les émotions indicibles, les bonheurs ressentis l’espace d’un geste suspendu, la pudeur de recevoir les applaudissements du public, les théâtres investis et les scènes passées et à venir, ont déterminé cette femme qui danse.  Oui, je suis un animal mimant et dansant, un être incarné et désincarné qui évolue au gré d’un rythme intérieur, d’un souffle musical, d’une conscience éclairée. La danse est pour moi une pensée au quotidien, une douce dépendance, une nécessité de chaque instant. » - Marie-Claude Pietragalla (extrait de la note d’intention de La Femme Qui Danse).

L'auteur

  • Marie-Claude Pietragalla est sans conteste l’un des visages les plus marquants de la danse française de notre époque. Née à Paris en 1963, elle étudie à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris et intègre à 16 ans le Corps de ballet de l’Opéra. En quelques années, elle gravit tous les échelons de la compagnie, jusqu’à être nommée « Etoile » par Patrick Dupond, en 1990, à l’issue d’une représentation de Don Quichotte où elle interprétait Kitri. Dès lors, elle travaille avec les plus grands chorégraphes, de Maurice Béjart à William Forsythe, en passant par Carolyn Carlson (qui crée pour elle le ballet Signes en 1997 et Don’t Look Back en 2000), John Neumeier et Roland Petit. Mais en 1998, elle quitte l’Opéra de Paris pour reprendre la direction du Ballet National de Marseille et son école associée.
  • Elle y développe son activité de chorégraphe, notamment avec le danseur Julien Derouault (Sakountala, 2000 ; Ivresse, 2001 ; Ni Dieu Ni Maître, 2003). La collaboration des deux artistes s’approfondit dans leur propre compagnie, le « Théâtre du Corps », fondée en 2004 à Alfortville (94). Leur travail se concentre particulièrement sur le lien qui unit littérature, poésie et geste dansé, en explorant de multiples techniques chorégraphiques, théâtrales et numériques. De cette recherche expérimentale naissent plusieurs créations, comme Souviens toi… (2005), Conditions humaines (2006), Mr et Mme Rêve (2012), Être ou paraître (2014) ou encore La Leçon (2021).
  • L’an dernier, le couple a ouvert un Centre de Formation pour Apprentis, qui permet aux jeunes danseurs d’obtenir, à l’issue d’un parcours de deux ans, un diplôme d’artiste de théâtre corporel. En 2022, Julien Derouault et Marie-Claude Pietragalla sont nommés directeurs artistiques du Théâtre Le !Poc ! (Alfortville, 94).

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