Le Fantôme de l’Opéra
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Thème
Quelques jours avant la grande bascule du 20ème siècle, un fantôme hante les cimaises et les profondeurs de ce temple de la musique lyrique qu’est l’Opéra français. Ses apparitions saisissantes, sa voix angoissante, donnent lieu à un spectacle musical fascinant entre mystère et humour et font vivre en chansons et danses sublimes l’univers fantastique et mystérieux du roman de Gaston Leroux, auteur du Mystère de la chambre jaune et autre Parfum de la Dame en noir.
L’intrigue est donc signée par un maître de la littérature policière de l’époque. La mise en scène féérique nous entraine au cœur des jalousies, rivalités et passions animant la troupe d’artistes lyriques du palais Garnier. Ce lieu mythique ne manque pas d’histoires réelles, prétextes pour les drames qui se sont joués et vont se jouer en coulisses, et nourrir tous les fantasmes du bon peuple parisien. Une magnifique histoire d‘amour résonne pour l’éternité dans la voix d’outre-tombe du fantôme (une des plus belles déclarations du répertoire) : « Il ne m’a manqué que d’être aimé pour être bon », une des dernières répliques d’Erik, le pauvre homme délaissé qui se morfond dans les profondeurs.
L’argument est simple et accessible à tous, qui repose sur deux piliers !
Le directeur Amadeus Firmin s’apprête à présenter “son“ Don Juan Triomphant, du moins le prétend-il car, en réalité, il a dérobé le livret à son véritable auteur, Erik, un mystérieux musicien défiguré et masqué de ce fait, qui vit confiné à l’abri des regards dans les profondeurs du théâtre. On le surnomme « le fantôme de l’Opéra. »
D’autre part, Erik veille jalousement sur son œuvre et sur une jeune choriste, son ancienne élève à qui il destine son œuvre. Mais Christine a un amoureux : le jeune et beau vicomte Raoul de Charny dont le père soutient le théâtre. L’arrivée de Raoul (il a sa loge) le rend fou de jalousie, tandis que la fourberie de Firmin et ses mensonges incitent le compositeur masqué et bafoué à se venger. Un certain nombre de catastrophes d’origine mystérieuse s’abattent sur le théâtre. En pleine scène ce sera la chute du lustre, une succession de pannes électriques, le suicide d’un machiniste et pour finir l‘extinction de voix de la diva.
Erik fait valoir ses exigences pour ramener un semblant de calme et de sérénité : Christine doit impérativement reprendre le rôle-titre ; elle en a d’ailleurs toutes les vertus et capacités, mais l’histoire n’est pas finie et, dans les entrailles du palais Garnier, va se jouer une scène terrible, épilogue du drame qui met aux prises Erik et Christine. L’emprise du monstre va-t-elle venir à bout de la résilience d’un être si délicat et si charmant ?
Points forts
Le casting, en particulier le casting des voix. Aucune fausse note dans le registre des voix. Un casting de hautes volées - tant concernant les interprètes féminines, comme Julie Denn qui joue en la survoltée Carlotta une impressionnante diva, ou comme que la très charmante Maélie Zaffran, dans le rôle de la douce Christine Daaé - que pour les voix masculines.
Chez les hommes, l’horrible et pauvre Erik domine les débats. Il est si émouvant dans la débâcle sentimentale qui accompagne sa déchéance physique que l’on se prend à éprouver de la pitié pour lui lorsqu’il baisse les bras. Le petit vicomte, un cran en dessous, se donne beaucoup de mal avec ardeur, mais pas tout à fait avec suffisamment de conviction.
Au plan musical, les compositions de Marc Demais sont “pénétrantes“ et chargées d’émotion. La douceur de certains airs fait par instants penser à Starmania (et à Michel Berger).
Tous les intervenants danseurs, chanteurs, confidents, maitres de cérémonie, sont excellents à commencer par Madame Giry (Catherine Arondel), ouvreuse principale, proche du fantôme, qui furète partout et par Gaby, ténor, légeret joyeux en permanence. Sans oublier Persan, énigmatique inspecteur des dessous, tapi comme un chat derrière son tambour !
La mise en scène de Benoit Solès mérite un grand coup de chapeau, car elle a su nous emmener sur les sentiers secrets des coulisses de l’Opéra, comme Solès avait su si bien le faire pour La machine de Turing, quoique dans un registre différent.
Quelques réserves
- Pas de réserve, c’est simplement trop court !
Encore un mot...
Entre mythe et réalité. Les légendes ont la vie dure et les fantasmes qui hantèrent le palais Garnier dès son ouverture nourrirent les écritures et créations, a fortiori la littérature policière comme celle de Gaston Leroux. Erik, lui-même, aurait, semble-t-il, souffert réellement des ravages d’un incendie du théâtre.
D’ailleurs l’histoire continue : la sortie d’un film est programmée parallèlement
Une phrase
- Erik : « Il ne m’a manqué que d’être aimé pour être bon. »
- Erik : « Il faut m’aimer !
- Christine : Comment pouvez-vous dire cela, moi qui ne chante que pour vous ?
- Erik : Vous devez être bien fatiguée
- Christine : Oh, ce soir, je vous ai donné mon âme et je suis morte !
- Erik : Ton âme est bien belle mon enfant, et je te remercie. Il y a peu d’empereur qui ait reçu pareil cadeau ! Les anges ont pleuré ce soir ! »
L'auteur
Gaston Leroux étant bien connu, attardons-nous sur Bruno Solès, ce comédien et auteur dramatique né en 1972 à Agen. Il suit les cours de Jean Darnel au théâtre de l’Atelier, encouragé par Muriel Robinson. Son premier grand rôle sera, dans les années 1990, aux côtés de Madeleine Robinson, dans « La Folle de Chaillot », puis avec Michel Blanc dans Le marchand de Venise. Il participe par la suite à l’aventure du Théâtre 14 avec Emmanuel Duchartre (notamment dans Le talentueux monsieur Ripley). Il écrit en 2011 Appelez- moi Tennessee ; il a deux modèles sur les planches : Laurent Terzieff et… Marlon Brando ! Entre temps il tourne beaucoup pour la télévision.
En 2019 Benoit Solès connait un énorme succès dans La machine de Turing en tant qu’auteur et interprète (il remporte quatre Molière pour cette pièce). Il s’engage politiquement. Elu à Paris et au Conseil régional d’Ile de France il est chevalier des Arts et des Lettres.
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