Afanador

Le flamenco sublimé et réinventé par la puissance vertigineuse du Ballet Nacional de España
De
Ballet Nacional de España
Concept et direction artistique : Marco Murnau

Danseurs : Rubén Olmo (contribution exceptionnelle), Irene Tena (artiste invitée), Albert Hernández (artiste invité) Inmaculada Salomón, Estela Alonso, Débora Martínez, Miriam Mendoza, Ana Agraz, Cristina Aguilera, Ana Almagro, Pilar Arteseros, Marina Bravo, Irene Correa, Patricia Fernández, Yu-Hsien Hsueh, María Martín, Celia Ñacle, Noelia Ruiz, Laura Vargas, Vanesa Vento, Sou Jung Youn, José Manuel Benítez, Eduardo Martínez, Cristian García, Matías López, Carlos Sánchez, Diego Aguilar, Juan Berlanga, Manuel Del Río, Axel Galán, Alejandro García, Álvaro Gordillo, Adrián Maqueda, Víctor Martín, Alfredo Mérida, Javier Polonio, Pedro Ramírez, Juan Tierno, Sergio Valverde
Musiciens Chanteur Gabriel de la Tomasa Guitare Enrique Bermúdez Percussions Roberto Vozmedian

Durée : 1h35
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre du Chatelet
1 place du Chatelet
75001
Paris
01 40 28 28 40
7 représentations du 27 mars au 2 avril : vendredi 27 à 20h, samedi 28 à 16h et 20h, dimanche 29 à 16h, mardi 31 mars, mercredi 1er et jeudi 2 avril à 20h

Thème

  • Le Ballet Nacional de España, dirigé par Rubén Olmo, poursuit sa mission fondatrice : faire dialoguer patrimoine et création. Avec Afanador, créé en 2023 à Séville, le chorégraphe Marcos Morau s’inscrit pleinement dans cette ambition.
  • Inspiré par les ouvrages du photographe Ruvén Afanador (Ángel gitano et Mil besos), le spectacle explore une idée simple et vertigineuse : comment saisir la vie, quand celle-ci échappe par essence à toute capture ? Morau transpose sur scène le geste photographique. Là où l’image fige, la danse remet en mouvement ; là où la pose construit une illusion de permanence, le corps révèle l’instabilité.
  • Le flamenco devient alors un matériau, presque un prétexte, soumis à une relecture surréaliste. Morau ne cherche pas à représenter l’Espagne, mais à en inventer une nouvelle, trouble, onirique, traversée de symboles — tauromachie, religion, désir — comme filtrés à travers une lentille déformante.

Points forts

  • Afanador impose d’emblée son extraordinaire puissance visuelle. Chaque tableau semble naître d’un cliché photographique : compositions millimétrées, contrastes marqués, corps sculptés par la lumière. On pense à une suite d’images qui prendraient soudain vie, avant de se recomposer ailleurs.
  • La troupe impressionne par sa polyvalence. Fidèles à l’identité du Ballet Nacional de España, les danseurs maîtrisent aussi bien les codes académiques que les langages du boléro et du flamenco. Cette richesse technique permet à Morau de déconstruire sans jamais perdre totalement l’ancrage traditionnel.
  • Le dialogue entre photographie et chorégraphie ne relève pas du simple concept mais propose un projet artistique parfaitement cohérent. Il irrigue toute la pièce, jusque dans son rythme, fait d’arrêts, de suspensions, de reprises. On ressent cette « tension charnelle » évoquée par Morau : capter la vie, tout en sachant que cela échoue toujours.
  • Enfin, le spectacle impose une véritable expérience sensorielle. Comme au cinéma — référence revendiquée par le chorégraphe — le spectateur est invité à abandonner toute attente narrative pour se laisser traverser par les images.

Quelques réserves

  • À force de stylisation, l’émotion peut sembler tenue à distance. Le flamenco, habituellement brûlant et incarné, apparaît ici filtré, presque conceptualisé par la radicalité esthétique du chorégraphe.
  • Enfin, la densité visuelle et symbolique, constante, finit par saturer. L’œil est sollicité sans relâche, au risque d’émousser l’impact de certaines images pourtant puissant. La bande son, avec une musique post-industrielle et de longues psalmodie, est omniprésente et pourra également fatiguer par son manque de variation.

Encore un mot...

  • Afanador est une proposition exigeante, qui demande au spectateur d’accepter de ne pas tout saisir. En cela, elle est fidèle au projet de Marcos Morau : créer non pas une œuvre à comprendre, mais une expérience à traverser.
  • On en sort comme d’un rêve étrange — avec des fragments, des sensations, des visions persistantes. Et peut-être cette intuition troublante : que la danse, comme la photographie, ne capture jamais la vie… mais en révèle l’insaisissable beauté …

Une phrase

  • « Ruvén Afanador observe le flamenco à travers une lentille. Une lentille faite de rêves, de désirs et de souvenirs. Si les éléments de la tradition sont rassurants par définition, que se passe-t-il lorsqu’ils deviennent étranges et méconnaissables ? Le regard surréaliste d’Afanador vers le flamenco est très similaire au regard vers le monde qui s’est développé dans mon travail au fil des ans avec La Veronal : celui qui essaie de ne pas représenter le monde qui existe, mais plutôt d’en inventer de nouveaux ».
    Marcos Moreau

L'auteur

  • Dirigé par Rubén Olmo depuis septembre 2019, le Ballet national d’Espagne (BNE) est la compagnie publique de référence de la danse espagnole depuis sa fondation en 1978, sous l’intitulé de Ballet Nacional Español, avec Antonio Gades comme premier directeur.
  • Il fait partie des unités de production de l’Institut national des arts scéniques et de la musique (INAEM), dépendant du ministère de la Culture et des Sports. La finalité du BNE se concentre sur la préservation, la diffusion et la transmission du riche patrimoine chorégraphique espagnol, recueillant sa pluralité stylistique et ses traditions, représentées par ses différentes formes : académique, stylisée, folklore, bolera et flamenco.
  • De même, il travaille pour faciliter l’accès à de nouveaux publics et impulser sa projection nationale et internationale dans un cadre de pleine autonomie artistique et de création.

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