1925-2025, Cent ans d’Art Déco

Un siècle de style, de luxe et de modernité
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001
Paris
01 44 55 57 50
Jusqu’au 26 avril 2026. Du mardi au dimanche de 11h à 18h. Jusqu’au 1er mars 2026, nocturnes le samedi jusqu’à 21h et le dimanche jusqu’à 20h (réservation en ligne obligatoire, pas de billetterie sur place)

Thème

En avril 1925 est inaugurée à Paris L’Exposition des Arts décoratifs et industriels modernes (tous les mots sont importants). Cette manifestation qui aura 15 millions de visiteurs est la première des grandes expositions qu’abritera la capitale au cours de l’entre-deux-guerres : Exposition coloniale de 1931 puis universelle de 1937. Elle marque l’apogée du style que l’on appellera précisément Art Déco qui n’est pas seulement français et qui était né dès avant la Première Guerre mondiale.

Ce sont ces années dites « folles » qui verront se déployer ces nouvelles formes, accompagnant le changement et déclinant une nouvelle esthétique dans le bâtiment, le mobilier, mais aussi la mode, la bijouterie, la reliure, sans oublier l’automobile, le chemin de fer, l’aviation, le cinéma…

Cent ans après exactement, la grande exposition présentée au bien nommé Musée des Arts décoratifs se propose de faire revivre ce moment d’histoire au moyen d’objets prestigieux élaborés par de grands créateurs tels que Pierre Chareau, Jacques-Emile Ruhlmann, Jean-Michel Frank, Eileen Gray…

Points forts

C’est un régal pour les yeux de parcourir les salles où sont montrés de véritables chefs-d'œuvre dans toutes les disciplines (y compris l’affiche que nous aimons tout particulièrement). Rien n’est trop beau, trop cher pour les maharadjahs ou les stars du cinéma muet : bois précieux, ivoire, galuchat (peau de poisson), laque et or jusque sur les étuis à cigarettes. Le musée conserve des pièces majeures du mobilier créé par les grands ébénistes pour l’élite, à l’instar de leurs prédécesseurs, fournisseurs de Marie-Antoinette.

On s’aperçoit vite qu’il n’existe pas en réalité un seul style Art Déco, même si globalement les formes sont plus géométriques voire massives et les motifs d’embellissement plus stylisés, mais chaque atelier produit des œuvres différentes. Quelques annotations sont amusantes : ainsi de François Mauriac qui, nous dit-on, était « plutôt conservateur sur le plan littéraire » mais avait confié la décoration de son appartement au décorateur Jean-Michel Frank, pape de la modernité.

Quelques réserves

  • Sur la forme, on déplorera un travers malheureusement de plus en plus fréquent dans nos musées, à savoir que les salles sont plongées dans une pénombre sans doute propice à la conservation d’œuvres fragiles mais préjudiciable à la vision, et surtout à la lecture de cartels explicatifs placés au niveau du sol et dans un dégradé de gris sur fond beige qui évoque les conditions générales de certains contrats d’assurance…

  • Sur le fond, il ne s’agit pas d’une présentation exhaustive du style Art Déco ; les architectes en sont quasiment absents, à l’exception notable de Robert Mallet-Stevens parce qu’il était l’auteur d’un des pavillons de l’exposition de 1925. Le parti pris des organisateurs - qui n’est pas critiquable en soi - a plutôt été d’offrir une évocation de cette monumentale manifestation qui a fait de Paris, il y a exactement cent ans, la capitale mondiale de ces arts appliqués. 

Mais si l’on va plus loin, l’on constatera que même dans ces limites, l’accent a été mis davantage sur le volet « luxe » représenté par les bijoux Cartier, les verres de Lalique, ou les meubles des grands ébénistes aux richissimes clients, plutôt que sur l’autre volet pourtant présent et qui nous semble-t-il a connu une postérité plus fructueuse, la mouvance de  L’Esprit Nouveau qui ambitionnait de diffuser ce que l’on n’appelait pas encore le design en direction des classes populaires. Cette tendance n’est que très sommairement représentée par une chaise de l’atelier Le Corbusier et par quelques pièces de mobilier de série créés par les Grands Magasins…

Comme nous l’avions déjà observé lors de l’exposition Charlotte Perriand de 2019, c’est à un détournement des idées de ces créateurs auquel on assiste, lorsqu’on voit le prix des rééditions de ces pièces conçues à l’époque par des compagnons de route du Parti communiste à destination des ouvriers, et réservées aujourd’hui aux salons de riches amateurs.

Une dernière réserve concerne la présentation de l’entreprise de recréation du train mythique l’Orient-Express (premier voyage prévu en 2027). C’est très intéressant car le travail des artisans du bois ou du verre est prodigieux et la reconstitution de certains compartiments meublés est spectaculaire. Pour autant, c’est là une deuxième exposition dans l’exposition dont le lien avec le centenaire de 1925 n’apparaît pas clairement et qui aurait mérité une présentation séparée.

Encore un mot...

Le parallèle entre les années 20-30 et la fin du XVIIIème siècle saute aux yeux dans cette rétrospective. Il est d’ailleurs revendiqué par la présence de quelques meubles de la période pré-révolutionnaire qui montrent la source d’inspiration des ébénistes de l’Art Déco. Mais plus que les ressemblances visuelles, c’est toute la philosophie de cette période qui appelle la comparaison : un corps de quelques artisans d’excellence ayant choisi de travailler les matériaux les plus coûteux pour la nouvelle aristocratie, celle de l’industrie, de la finance ou des arts, dans un esprit fin de règne qui fut brisé à jamais par la guerre. 

Les œuvres nées de cette ultime version du goût français ne devaient pas survivre aux désastres du conflit mondial et aux exigences de la reconstruction, et pour certaines ont fini à la décharge ou en tous cas dans un oubli méprisant, avant de retrouver grâce à partir des années 70 pour atteindre aujourd’hui des prix stratosphériques…

Pour ceux qui souhaiteraient approfondir : la visite du formidable Musée des années 30 à Boulogne-Billancourt (92), complément idéal (avec une place importante à l’architecture et à la peinture de chevalet) et aussi Escale Atlantique à Saint-Nazaire (44), superbe évocation des paquebots de cette époque qui furent un vecteur privilégié de l’Art Déco.

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