Le chemin des estives
Publication en mai 2021
368 pages
21 €
Collection J’ai Lu
Parution en mai 2022
352 pages
8,90 €
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Thème
Accomplir le “mois mendiant" est une étape du chemin spirituel des novices jésuites. L’objectif est de parcourir à pied la France pendant 4 semaines, sans un sous en poche, sans tente ni téléphone.
A l’âge de 37 ans, Charles Wright fils de la ville et de la modernité entre au noviciat chez les jésuites de Lyon. En 2019 sous l’accablante chaleur estivale il choisit de s’aventurer durant 700 km le long du GR 4 d’Angoulême à l’abbaye Notre Dame des Neiges en Ardèche. La compagnie fraternelle d’un jeune aspirant jésuite, ancien barman, lui est imposée. Engagés sur le chemin des estives, pâturages d’été en montagne, ils renoncent au monde. Les deux marcheurs humanistes et vagabonds méditent en écoutant le silence, et discutent le regard porté vers les volcans du massif central.
La puissance de la nature fortifie leur chemin lors de très amusantes amabilités que l’auteur – cultivé, bohème, lucide, subversif et malicieux - partage avec la ruminante race bovine. Au fil des jours leurs corps et leurs âmes meurtris fatiguent. Les désaccords ou les disputes affleurent. Le dénuement pèse et le découragement rôde alors que les nuits sous les étoiles se montrent fraîches et inconfortables. Dans cette ruralité où villages et cantons se dépeuplent, l’hospitalité et l’humanité ne sont pas toujours au rendez-vous pour qui cherche sa route. Les deux marcheurs sont confrontés au désintérêt et à la méfiance, mais aussi à l’enthousiasme et à la générosité et d'authentiques rencontres adviennent lors d’agapes improvisées. Ces rencontres aussi intenses que inattendues sont providentielles et déroutantes. L’omniprésence invisible d’Arthur Rimbaud et de Charles de Foucauld - prodigieux compagnons de voyage - nourrit les pensées des deux novices et les protège dans leur itinérance, libre et solitaire, loin du conformisme et des futilités.
A l’issue de cette aventure, l’auteur quittera le noviciat pour s’installer en Ardèche où il reprendra la plume tandis que son ami pèlerin prendra l’habit.
Points forts
- L’œuvre de Foucauld et de Rimbaud, aventuriers de l’absolu par le biais de la foi ou de l’exploration de soi, constitue un précieux fil rouge. Ils partagent avec l’auteur le goût du départ, des horizons lointains, du silence et de l’ascèse. Epris d’horizons lointains, contemplatifs et exigeants, solitaires et engagés, ces poètes voyageurs qui n’ont pas vécu dans la “demi-mesure” relèvent d’une certaine parenté avec Charles Wright
- Le rapport à la foi est constant et les considérations qui touchent à l’universel sont empreintes d’incertitudes et de vulnérabilité. Bien que accueillis dans des foyers non croyants nos deux novices écoutent, débattent et plaisantent. L’état des lieux dressé du christianisme qui “connaît une éclipse et traverse un page par le vide” n’est pas pour autant l’opportunité de transformer leur chemin d’aventure en chemin de conversion. Cette absence de prosélytisme est pour moi louable, respectueuse et surprenante.
- Le rythme de l’écriture épouse le rythme de l’errance : “Les campagnes que je traverse sont pleines de sérénité et d’une sorte de majesté tranquille comme des toiles de Maîtres flamands.”
- L’ode à la nature, à la ruralité, au monde paysan est bienfaisante.
- L’humour, toujours l’humour, y compris lors d’évocations solennelles.
- Il me tarde d’entendre sonner à ma porte et de voir se présenter Benoît et Charles pour une soirée partagée.
Quelques réserves
Quelques longueurs avec un récit pouvant devenir aussi lent que caniculaire.
Encore un mot...
- Le rapprochement avec les excursions sportivo-spirituelles de l’audacieux Sylvain Tesson est inévitable.
- À 14 ans, l’auteur a fugué en compagnie d’un ami d’enfance pour retrouver en Allemagne un amour de jeunesse. J’ai récemment lu que ce compagnon d’escapade se nomme Raphaël Personnaz, acteur contemporain de talent et, lui aussi, grand marcheur
Une phrase
- « À la liste des droits de l’Homme, Baudelaire suggère d’ajouter “le droit de se contredire et de s’en aller”. L’acte de s’en aller est le plus courageux et le plus beau.»
- « Sans cesse il faut aller plus loin, s’expatrier de ses idées, se dépayser de ses certitudes. »
- « Un être ne vaut que par le mouvement qui le porte en avant.»
L'auteur
Lauréat du Prix de la liberté intérieure 2021, Charles Wright est né en 1981 d’un père anglais et d’une mère française. Historien de formation, écrivain et journaliste, il est l’auteur de récits spirituels et autobiographiques. En 2025, il publie chez Albin Michel Le Jardin anglais dans lequel il évoque ses longues marches, cette fois avec son père, pour retrouver ses racines anglaises.
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