Chaos

Quand une séduisante vieille dame manipulatrice ouvre les portes de l’enfer. Un thriller à l’ancienne à ne surtout pas manquer !
De
Christopher Bollen
Calmann-Lévy
Traduit de l’anglais (USA) par Blandine Longre
Parution le 18/2/2026
350 pages.
22,90 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Fuyant des ennuis qu’elle a eus en Suisse, Maggie Burkhardt, une veuve octogénaire au caractère bien trempé, s’est réfugiée à l’hôtel Royal Karnak à Louxor. Dans ce palace défraîchi, elle trouve un semblant de paix, jusqu’au jour où une mère fragile et son jeune fils débarquent à l’hôtel. Dans la chaleur écrasante de l’Egypte, une guerre psychologique s’engage, feutrée mais implacable. Qui en sortira vainqueur ?

Après quelques semaines passées à l’hôtel Royal Karnak, on peut dire que Maggie Burkhardt est devenue l’âme malicieuse et bienveillante des lieux. Choyée par le personnel, à commencer par monsieur Ahmed, le gérant de l’hôtel, elle pense avoir retrouvé un foyer et une certaine sérénité. Maggie est, en effet, une veuve inconsolable qui a eu le malheur de perdre de surcroît sa fille unique, Julia. Elle a donc quitté son Wisconsin natal pour apaiser son chagrin et visité bien des pays, jusqu’à découvrir à Louxor, un havre de paix incomparable malgré la chaleur écrasante et les rayons implacables du soleil qui semblent la terroriser.

En cette période de Covid, les touristes sont rares et ne dérangent guère une routine quotidienne qui la rassure, dont les moments les plus joyeux se déroulent au bord de la piscine en compagnie de Ben et de son mari Zach, tandis qu’un mystérieux éphèbe local expose son impeccable plastique à la convoitise de chacun.

 Mais un matin, à l’heure où la vieille dame descend de sa chambre pour profiter du calme absolu de la salle du petit déjeuner, elle a la surprise de croiser de nouveaux venus. Tess, une jeune femme fragile, apparemment désemparée et son petit garçon Otto suscitent aussitôt l’intérêt de Maggie qui rêve de voir sa famille de cœur s’agrandir et surtout de pouvoir se livrer à sa mission favorite : faire le bonheur des autres.  

Elle se lance alors dans une habile entreprise de séduction, prenant sous son aile la mère et l’enfant venus à Louxor pour échapper à la pandémie ou pour d’autres raisons, que Maggie va tenter de découvrir. Or, la docilité de Tess n’a d’égale que la méfiance d’Otto qui refuse les avances de Maggie avec une inquiétante détermination. Face à cette résistance inattendue Maggie voit progressivement se fissurer la belle harmonie qu’elle avait eu tant de mal à construire. Ne pouvant l’accepter, elle va ouvrir, sans le savoir, les portes de l’enfer.

Points forts

  •  L’ombre d’Agatha Christie plane bien entendu sur ce thriller à l’ancienne, non seulement à cause du cadre et de l’atmosphère surannée qui y règne, mais surtout avec le personnage de Maggie qui n’est pas sans rappeler la fameuse Miss Marple, ou plutôt une image inversée de la détective anglaise. Curieuse, perspicace, pleine de ressources, Maggie est, en effet, la proie de quelques démons qui la rendent particulièrement redoutable pour elle-même et ses semblables. Ce renversement est à lui seul délectable.

  •  L’intrigue, très bien menée, réserve, jusqu’à la dernière page, des rebondissements que le lecteur, même habitué du genre, est bien incapable de soupçonner. Il est vrai que l’auteur repousse les limites d’une cruauté machiavélique jusqu’à l’extrême, tout en évitant les excès grands guignolesques si malheureusement fréquents dans les polars contemporains.

Quelques réserves

 Rien ne vient atténuer le plaisir de la lecture, voici un roman qu’on a du mal à abandonner et qu’on referme pleinement satisfait lorsqu’on l’a terminé.

Encore un mot...

L’auteur s’est manifestement amusé à reprendre tous les codes chers aux maîtres anglais du genre en intégrant habilement quelques éléments plus contemporains, comme les personnages savoureux du couple formé par Ben et Zach et la référence à la pandémie bien utile à l’intrigue. Christopher Bollen s’amuse et nous amuse, maniant avec subtilité un humour pour le moins féroce, tout en glissant quelques invraisemblances dans son récit que le lecteur accueille néanmoins avec jubilation

Une phrase

 « Ce soir cependant, je formule une requête différente à Dieu. J’aimerais que mon modeste mouvement de générosité envers Otto et sa mère se révèle suffisant, que mon altruisme désamorce toute hostilité latente qui aurait pu s’installer entre nous. Je le termine par un « Amen », mais mes pensées continuent de se tourner vers ce petit garçon. Cet enfant, son intelligence, ses yeux dépareillés : ils luisent dans mon esprit alors que je suis allongée dans l’obscurité, et le malaise qu’il suscite en moi se transforme en inquiétude. » Page 108

L'auteur

Christopher Bollen, né en 1975, est un écrivain américain et une figure phare de la scène culturelle new-yorkaise. Ancien rédacteur en chef de la revue Interview, fondée par Andy Warhol, il est critique d’art et de littérature et l’auteur de plusieurs romans, dont, édités en France chez Calmann-Lévy, Manhattan people (2016), Beau ravage (2018), un si joli crime (2020), Le disparu du Caire (2024)…Chaos, son dernier en date, vient d’être sélectionné dans la catégorie thriller pour le Los Angeles Times Book Prize.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir