Ce matin-là

Le burn-out, c’est ça. Une description juste et littéraire
De
Gaëlle Josse
Notabilia, janvier 2021 -
216 pages -
17 euros
Notre recommandation
Excellent

Infos & réservation

Lu / Vu par

Thème

Clara, la trentaine, est animatrice commerciale dans une banque. Un matin, elle est victime d’un malaise au moment de prendre le volant pour se rendre au travail. La machine qui l’avait portée toutes ces années- là se grippe brutalement. Clara montre tous les symptômes d’un burn-out.

Le récit de Gaëlle Josse est une description à la fois clinique et littéraire de la maladie. Il relate l’origine, les étapes et les syndromes de ce mal (30 000 personnes affectées selon Santé Publique France). Le brutal accident de santé dont son père a été la victime des années auparavant est certainement à l’origine de la maladie de Clara. La vulnérabilité face à la mort lui est alors apparue soudainement. Elle a dû dès lors abandonner son projet d’enseignement à l’étranger. La frustration a accompagné toute sa carrière professionnelle menée tête baissée, sans prendre aucune respiration.  A la banque, le harcèlement de la ‘bosse Carabosse’ et la pression des objectifs commerciaux l’ont rongée. Bientôt le doute, la perte de confiance en soi. L’éloignement de l’amoureux, qui assiste, impuissant, à ce naufrage. Le repli sur soi, la fuite, la perte d’appétit, la déconsidération de soi, jusqu’à la possibilité d’un retour qui se dilue : ‘regarde toi, tu n’es plus bonne à rien’.

La visite d’une librairie, ‘un monde qui l’a saisie par la manche’, marque le début de la renaissance. L’eau qui régénère, l’amie fidèle qui lui tient la main, confortent sa guérison et sa marche vers la vie à laquelle elle aspirait jadis.

Points forts

- Gaëlle Josse confie à sa plume subtile l’analyse clinique d’une maladie qui mine nos sociétés. On perçoit que la formation de l’auteur l’autorise à des descriptions cliniquement exactes et donc crédibles des troubles psycho-sociologiques qui affectent Clara, le tout ramassé dans une langue parfaite.

- Ce matin-là continue à distinguer la très grande qualité littéraire de la langue de Gaëlle Josse (elle est déjà enseignée dans les écoles). L’écriture est tout à la fois fluide, précise, expressive et vibrante. La composition et les mots choisis paraissent une évidence pour le lecteur qui ne mesure sans doute pas le travail pour parvenir à ce résultat. On se régale de ce ton à la fois sobre et juste.

- Cet ouvrage a une portée littéraire évidente de par la clarté et la maîtrise de la langue. Il a également une portée pédagogique car il traque le patient depuis la source du mal (la frustration d’un destin qu’on ne peut accomplir, le choc de la maladie du père) jusqu’ aux étapes qui plongent Clara dans les affres d’une profonde dépression et la déchéance personnelle et sociale. Ce matin-là donne au lecteur des clés pour détecter les signes du mal et comment y remédier grâce au soutien amical et familial, sans oublier le rôle bienveillant du médecin et du psychologue. On est aussi touché par la tendresse qu’éprouve l’autrice pour Clara. Au-delà, Gaëlle Josse nous engage à écouter nos instincts, à suivre le destin auquel on aspire, et à ne jamais repousser la main qui se tend.

Points faibles

Ce matin-là, où sa voiture n’a pas démarré et où Clara est restée comme pétrifiée, relève d’un thème abondamment traité au cinéma, dans la littérature et les médias, reflet de sa prévalence dans notre société. Mais la manière de le traiter, avec des mots économes, une langue parfaitement juste, l’emploi de beaux symboles (les livres, l’eau, les amis) et une construction littéraire sobre donnent à ce livre une place singulière dans l’exploration des maux de notre société.

En deux mots

Dans des mots simples et justes, une description à la fois clinique, intimiste et littéraire du burn-out et des voies du renouveau. Également, un viatique utile pour dépister, comprendre et guérir de ce mal de notre  siècle.

Une phrase

- ‘Creuser un terrier pour s’y réfugier, que les bruits du monde n’y parviennent pas, surtout pas, et qu’elle n’ait pas à parler, parce que chaque mot prononcé lui demande un effort impossible, c’est soulever des poids, des rochers, des montagnes et c’est bien trop lourd pour elle’ - p 45

- ‘Désœuvrée, sans œuvre à construire, sans tâche, sans utilité, une vie de paramécie, de lentille d’eau, de mousse, de lichen’ - p 56

- ‘Sur son front, il y aura désormais marqué au fer rouge : FRAGILE. Personne ne veut s’encombrer de çà’ - p 94

 - ‘Elle se dit que si tout change, tout glisse, alors les nuées moroses ne vont pas stagner sans fin au-dessus de sa tête’ - p 124

- ‘Retrouver sa vie. Oui, mais pas celle-ci, une autre, une neuve, régénérée, une nouvelle, une qui sortirait d’une chrysalide dans une mue éclatante’ – p 161

- ‘Une impression fragile mais têtue, qu’il existe une rive quelque part, désormais’ - p 164

- ‘Le désir et la faim, ça revient, doucement, à petit pas, mais c’est là’- p 203

L'auteur

Gaëlle Josse a suivi des études de droit, de journalisme et de psychologie clinique.

Elle a débuté avec la poésie (L'Empreinte et le Cercle, Encres Vives, 2005, Tambours frappés à mains nues, 2008).

Son œuvre romanesque est primée et reconnue internationalement. On peut citer :

Les Heures silencieuses, Autrement, 2011. Nos vies désaccordées, Autrement, 2012. Le Dernier Gardien d’Ellis Island, éditions Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2014 (réédition J'ai lu, 2016). L'Ombre de nos nuits, Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2016. Une longue impatience, Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2018 et également une femme en contre-jour.

Le clin d'œil d'un libraire

LIBRAIRIE « NOUVELLES IMPRESSIONS » A DINARD. UN BIJOU TRES PRECIEUX SUR LA CÔTE D’EMERAUDE

Quel plaisir !! La première « impression » fut vraiment la bonne. Quel bel accueil nous a réservé le propriétaire de cet espace culturel convivial situé au cœur de cette ravissante station balnéaire, à deux pas de la plage… et du casino. Thierry de la Fournière, n’en déplaise à sa modestie naturelle, est une figure locale. Ancien adjoint au maire en charge de la culture, il fonda à Dinard le festival du film britannique, qui prospère aujourd’hui en ayant anglicisé son nom ; depuis 1900 tout résonne british ici, ou presque. Nom de rues et d’hôtels, vitrines, éternel tea-time,  greens d’un golf sublime à la porte de Saint Briac, jusqu’à l’humour de notre interlocuteur, fou de politique locale qui avoue que la liste du nouveau maire, sur laquelle il figurait est passée avec «un pan de chemise dans la porte ». Thierry de la Fournière, maîtrise d’histoire, 15 ans de professorat est aujourd’hui un libraire heureux, un métier qui lui garantit l’indépendance et lui procure «les nourritures intellectuelles» indispensables à la vie. D’ailleurs, si vous ne le saviez pas, nous vous présentons l’ex Président du «Prix des libraires». Avec ses 15 000 références et ses 7 libraires-conseils, les «Nouvelles Impressions» brillent à Dinard. «A bas bruit», comme le confie à Culture-Tops son animateur, et sans site internet. Impressionnant.

Librairie Nouvelles Impressions – 42 rue Levavasseur – 35800 Dinard – Tel. 02 99 46 15 95

Texte et interview réalisés par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture-Tops.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.