J’irai jusqu’au bout de vos nuits
Parution le 12 mars 2026
312 pages
22 euros
Infos & réservation
Thème
Construit pour l’exposition universelle de 1867 le Palais du Bardo, qui se trouvait dans le Parc Montsouris à Paris, disparut dans un incendie en 1991. Toute une vie, toute la vie, s’articule autour de ce prestigieux bâtiment, comme des sphères circulaires : intrigue policière, histoire d’amour contrariée, histoires de familles sordides, scientifique véreux sans éthique vendu à son arrivisme, parcours personnel du personnage qui écrit nous entraînant dans les péripéties de sa maladie, dans les couloirs de l’hôpital Sainte-Anne, propos argumenté sur le suicide assisté en fin de vie, histoire de Paris par ce palais reproduit en partie mais à l’identique du palais du bey du Tunis, récit du jardin Montsouris aux mille senteurs et aux multiples lumières subtiles, tout y est ou presque. Tout y est vrai ou presque.
Points forts
Récit palpitant autant que foisonnant.
Regard sur le monde des apparences et celui plus intime de chaque personnage.
Écriture qui conduit le lecteur comme un promeneur se baladant dans le paysage du parc Montsouris, mille odeurs, mille facettes. Sa nature et ses habitants.
Mélange de fiction et de réalité.
Quelques réserves
Je cherche. Pour faire des réserves, il faudrait trouver des comparaisons inutiles avec d’autres auteurs ou d’autres romans alors qu’il suffit de se rendre disponible et le plaisir de la lecture s’impose.
Encore un mot...
Caroline Gutmann a su mélanger l’histoire personnelle du personnage qui écrit avec ceux du roman, tous scrutés, racontés dans leurs complexités créant une empathie certaine et fluide au gré de leur particularité.
Ce palais fantôme, les personnages non moins fantomatiques ne sauraient être mieux exprimés que par ce que Caroline Gutmann écrit à la page 311 : “ Les fantômes ne se partagent pas. Ils n’apparaissent que par coïncidence, quand notre espace mental est prêt à croiser d’autres temporalités. Ils sont là pour nous aider à traverser nos nuits et à nous laisser entrevoir, dans l'obscurité, les croisements et les combinaisons de notre géographie intime.” On ne saurait mieux dire et ce roman est exactement la réussite et l’illustration de ce propos. Même si on peut dire aussi que Caroline Gutmann en a fait la démonstration inverse sans être contradictoire. Elle nous a fait partager ses fantômes pour nous apporter l’illusion de les avoir fait revenir. Elle a su nous rapporter des vérités enfouies, des personnages oubliés ou bafoués. Quelle dextérité !
Une phrase
“ Moi qui comme tant d’autres devais quotidiennement courber le dos, par politesse ou par lâcheté, contrainte de pratiquer l’art systématique du compromis qu’on nous enseigne dès nos plus jeunes années.” P. 92
“ Un immeuble est souvent un lieu de guerre où les gens se croisent, s’apprécient ou se détestent, et ce sans raison apparente.” P.100
“ Les marques d’une fracture sociale s’effacent vite quand les besoins financiers se font sentir, mais il reste toutefois toujours un sentiment de décalage et, à des petits riens, on sentait que Roselyne venait d’ailleurs.” P.101
“ Je décidai ensuite d’aller faire un tour sur le site de l’Association pour mourir dans la dignité…. On ne mesure absolument pas la souffrance psychique des malades ainsi prolongés, enfermés dans le coma, peuplant ces lieux de fin de vie.” P.149“ On s’accommode des récits trompeurs que des esprits habiles ont construits pour les faire correspondre aux fantasmes du plus grand nombre.” P.197
“ Les pires ordures ont parfois un cœur.” P. 268
“ Ma mère, sa soif de liberté, son goût des hommes qui était une façon comme une autre de s’affirmer, de faire fi des obstacles et de prendre le contrôle de son destin.” P. 284
L'auteur
Caroline Gutmann travaille dans l’édition. Elle a déjà publié Le secret de Robert Le Diable (François Bourin, repris par Julliard, 1991); Le testament du Docteur Lamaze, médecin accoucheur (JC Lattès, 1999); Le syndrome Nerval (JC Lattès, 2010) et Les papillons noirs (JC Lattès, 2018), récit émouvant sur sa maladie où déjà sans plainte ni tabou elle entraînait son lecteur dans une empathie communicative. J’irai jusqu’au bout de vos nuits est donc son cinquième roman.
Et, cerise sur le gâteau, nous apprenons que ce dernier roman est sélectionné pour le prix Renaudot.
Chez Culture Tops on a du flair !
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