La folie Sainte-Hélène

Sainte-Hélène ne répond plus - une nouvelle aventure d’Aurel le consul
De
Jean-Christophe Rufin
Calmann Lévy
Publication le 1er avril 2026
264 pages
20,50 euros
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

Hubert Bouize, consul honoraire et administrateur des domaines français de Sainte- Hélène, a mystérieusement disparu. A la demande de l’ambassade à Pretoria, Aurel Timescu est envoyé sur place pour enquêter. Il rejoint Jacques Ranthoine, un historien spécialiste de Napoléon et professeur au Collège de France. Anastasia, une thésarde présente sur l’île depuis quelques mois et qui utilise les archives du consul volatilisé se joint au duo d’enquêteurs.

 Qui donc pouvait en vouloir à Bouize, cet homme d’origine modeste, homosexuel amateur de Byron, qui a fui la France en 1987 ? Des Reconstituteurs, ces militaires auto-proclamés en uniformes d’époque, qui ont eu maille à partir avec le consul gardien des lieux ? Ce Subliny, un collectionneur de reliques impériales financièrement aux abois ? Des anti-esclavagistes offusqués par le revirement de Napoléon sur la question de l’esclavage ? Ou encore ce mystérieux donateur et animateur d’une église protestante sans fidèles ? 

Points forts

Comme à son habitude, Rufin s’est rendu sur place. Il a donné corps littéraire au ‘vrai’ Bouize, Michel Dancoisne-Martineau, nommé en 1987, après son père adoptif Gilbert Martineau. A charge pour eux d’administrer les trois enclaves françaises de Sainte-Hélène, la maison de Longwood, celle des Briars et la tombe de l’empereur, dans un climat qui mêle hostilité et indifférence. L’auteur a également rencontré de ces pittoresques Reconstituteurs, qu’incarne si bien ce Lemire, agent d’assurances dans le civil et Murat à Sainte-Hélène. Cette démarche de journaliste- écrivain-voyageur garantit le réalisme des descriptions des paysages de l’île (un endroit vraiment inhospitalier) et de la petite société locale, le sournois gouverneur anglais compris. Rufin dresse un portrait savoureux des nostalgiques de l’Empire, aux attirails militaires impeccables, qui ont pris possession des lieux et se donnent du ‘général’ ou ‘aide de camp’ à tout propos. Leur irruption au défilé du 11 Novembre, non souhaitée par Bouize et les autorités locales, bien entendu, est amusante. Rufin en profite pour dénoncer l’attitude des Britanniques qui laissent prospérer le blanchiment et les paradis fiscaux dans leur îles d’outre-mer dépourvues de ressources.

On sent ici la patte de l’ancien ambassadeur de France.

Quelques réserves

Cette enquête menée par ce trio improbable est distrayante mais le suspense est absent. Rufin use trop facilement de la ficelle qui consiste à partager avec le lecteur un certain nombre de suspects possibles avant qu' Aurèle et son équipe ne nous mènent - au pas du grognard - au coupable, dans une enquête qui manque de rythme. C’était finalement le colonel Moutarde dans le bureau avec le chandelier, serait-on tenté de dire. Dommage qu’Aurel, le héros récurrent de Ruffin, manque à ce point d’épaisseur psychologique. Au terme de la seule lecture du septième opus de ses aventures d’ Aurel, on se limite à le trouver malhabile, timide, chevaleresque, artiste et amateur de vin blanc. 

Encore un mot...

Rufin a dû s’amuser à parachuter son Aurel au milieu de l’Atlantique dans ce monde irréel de nostalgiques un peu illuminés. Ce grand écrivain nous a personnellement plus inspiré avec son Rouge Brésil (Gallimard, 2001) ou son Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi (Éditions Guérin, 2013).

Une phrase

  •  « Le supplice, ici, portait un nom sans gloire : c’était l’ennui, la médiocrité des lieux, la monotonie des jours et la morne constance du climat » (à propos de Longwood, p.262)

  • « Des fanatiques comme ceux qui font les pitres en ce moment à Longwood et ont pour objet, me dit-on, de simuler une évasion de Bonaparte, à Sandy Bay ? » (p. 188)

L'auteur

Jean-Christophe Rufin est médecin, diplomate, humanitaire et écrivain, membre de l’Académie française. Son œuvre littéraire est abondante et protéiforme– romans, essais, récits, nouvelles, policiers. Elle a été couronnée de nombreux prix dont l’Interallié pour Les Causes perdues (Gallimard, 1999) ou le Goncourt pour Rouge Brésil en 2001. Le personnage du consul- enquêteur Aurel Timescu a été créé en 2018. L’auteur confie qu’il lui permet d’afficher ses positions sur la politique internationale.

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