La vraie vie de Sawsan

Emprise, désir d’émancipation et attachement toxique…un roman qui ne convainc pas
De
Salma El Moumni
Éditions Grasset
Parution en mars 2026
176 pages
18 euros ; 12,99 euros en téléchargement
Notre recommandation
2/5

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Thème

Il y a des romans qui intriguent sans jamais tout à fait convaincre. La vraie vie de Sawsan appartient à ceux-là. Le portrait des sentiments d’une femme sous l’emprise d’un homme violent, qu’elle parvient à quitter, avant de se laisser troubler par une professeure de danse dont l’ambiguïté nourrit autant le désir que l’incertitude.

Points forts

  • Le style : Salma El Moumni possède une voix singulière qui frôle par instants la prose poétique. Les anaphores du chapitre 20, ce que je ne t’ai pas dit, traduisent le rejet viscéral de l’ancien amant, tandis que des phrases à bout de souffle, épousent le désarroi de l’héroïne. Pourtant, ce choix stylistique surprend : la narratrice, barmaid, s’exprime telle une normalienne. L’auteure prendrait-elle le pas sur son personnage ?
  • Le climat : le bar où évolue la narratrice est restitué avec une justesse presque sensorielle. On y respire l’épaisseur des fins de nuit, ce moment incertain où la fatigue s’empare des corps. Les clients, déjà vacillants, s’accrochent à leurs verres comme à de fragiles certitudes, tandis que les cocktails s’enchaînent, colorés, trompeurs, mêlant ivresse et fuite.
  • Le personnage principal se déploie avec une grande finesse. Son élan pour cette professeure de danse la rend attachante dans sa manière d’aimer sans oser. On vit ses hésitations, sa timidité, sa retenue qui l’empêche de se dire pleinement. Toutefois, l’ombre de l’emprise de l’ancien compagnon vient fissurer l’élan que l’on voudrait voir naître. Cette soumission persistante irrite autant qu’elle attriste. C’est dans cette tension, entre désir d’émancipation et attachement toxique, que le personnage prend toute son épaisseur. 

Quelques réserves

  • Le chapitrage : Le choix d’un découpage en chapitres numérotés à rebours intrigue d’emblée, comme l’annonce d’un compte à rebours dont on attendrait l’issue. On sent la volonté d’instaurer une urgence diffuse. Pourtant, le procédé peine à convaincre et sonne surtout comme un artifice.
  • La fin : hors de question d’en dévoiler ici les ressorts, mais elle laisse un goût d’inabouti, comme si le dénouement relevait davantage d’une intention que d’une véritable nécessité narrative. La frustration n’en est que plus sensible, tant l’incipit promettait davantage.
  • Un rythme lent : dès les premières pages, s’installe un malaise nébuleux. L’idée convainc d’emblée. Néanmoins ce trouble s’étire sur une trop grande partie de l’histoire, jusqu’à perdre de sa force. Je me suis lassé peu à peu, faute d’éclaircies.

Encore un mot...

Le thème, celui de la condition féminine, s’inscrit résolument dans notre présent, et ce récit a le mérite de s’en saisir sans détour. Pour ma part, j’avais été profondément marqué par le premier ouvrage de Salma El Moumni, Adieu Tanger, dont la force m’avait durablement convaincu et je me surprends déjà à espérer, avec curiosité et exigence, ce que donnera le troisième livre.

Une phrase

“ J’aime observer les femmes qui ont des gestes inconscients, comme celles qui se recoiffent la frange quand elles descendent du vélo, la main qui se glisse entre les mèches et les repose sur le front, en tremblant de gauche à droite, un mouvement de doigts à peine perceptible, alors que les yeux sont déjà ailleurs, sur le portable, le sol ou le cadenas.” P.8

L'auteur

Salma El Moumni est née en 1999 au Maroc et a grandi à Tanger. Elle vit aujourd’hui en France, où elle a étudié à l’ENS de Lyon. Adieu Tanger, a été très remarqué et récompensé par le prix du Roman des étudiants France Culture 2024.

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