Lázár

Une belle histoire romanesque avec un petit goût de « déjà lu »
De
Nelio Biedermann
Belfond
Parution en Août 2026
350 pages
23 €
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

La famille Lázár  règne sur quelques milliers d’hectares, d’innombrables fermes pour les exploiter, toutes concentrées autour du château familial bâti à l’épicentre, au cœur de la région de Pecs, elle-même partie du sud de la Hongrie encore rattachée à l’Empire austro-hongrois, du moins au début du récit. Sandor régira en maître absolu ce territoire infini et quelques dizaines de familles obligées, avant de sombrer dans l’alcool après la mort de Maria, l’esprit empreint du doute qui accompagne la naissance de Lajos, son fils présomptif, le cœur brisé par tous ces bouleversements associés qui vont anéantir son pays et son monde, la Grande Guerre, la défaite et la chute des Habsbourg en épilogue.

Lajos, le fils aux yeux « bleu-lac » et à la peau translucide viendra ensuite pour venger un temps les défaillances de son père, restaurer la fortune et le blason et il aimera fidèlement Lilly avant de menacer l’édifice à son tour, en la trompant avec une Bertha sans charme, en se compromettant dans la guerre suivante menée par les forces de l’Axe, le bonheur et le malheur s'enchaînant d’une génération sur l’autre, dans une espèce de mouvement d’horloge mécanique irrésistible.  Ainsi à son tour Pista, le fils de Lajos et le petit-fils de Sandor qui rencontrera Mathilda à laquelle il devra renoncer alors qu’il l’aime d’un amour fou, le même Pista qui devra fuir avec son père, sa sœur et son oncle devant l’arrivée des Russes, abandonner le château, les terres et les bois et prendre le chemin de l’exode qui jette toutes les populations du monde hors les murs devant l’envahisseur, jusqu’à Budapest, avant d’être envoyé aux champs, à l’instar de ce que commandera un peu plus tard le Grand Timonier aux élites intellectuelles de son pays.

Points forts

La trame du roman inspirée des bouleversements de l’histoire du XXème siècle dans ces pays d’Europe Centrale emportant tout sur son passage, jusqu’à ces puissantes familles aristocratiques laminées par la révolution et la guerre, les alliances fatales et les invasions destructrices d’un pays et d’une société toute entière.

Quelques réserves

La recherche de l’effet romanesque et ses excès impliquant quelques délires imaginaires ou verbaux, le style incertain aussi, à moins que le traducteur ne s’en soit mêlé ou l’imprimeur qui confond  « bourrée » avec « bourrelée », ce qui n’est d’ailleurs pas très beau à lire dans les deux cas et ne veut pas dire la même chose (page 240), d’autres lourdeurs jalonnant le récit , ainsi lorsqu’il sera question « d’un homme d’âge mûr en proie au vertige qui s’emparait de lui chaque soir et était décuplé par les nuages d’orage venus de l’est… » (page 285).

Encore un mot...

On peut certainement lire ce roman et y trouver du plaisir, la trame romanesque étant bien servie par l’histoire de ces familles qui possédaient tout et depuis longtemps avant de tout perdre dans le chaos du XXème siècle. Sous cette réserve qu’elle a déjà été écrite et par les meilleurs ; le lecteur a un peu l’impression du « déjà lu »  devant ce désarroi des hommes et des femmes qui assistent à la mort de leur monde, abandonnent leur culture et leur savoir-vivre à la barbarie, celle qu’implique la guerre en général avec sa cohorte de crimes, de viols et de morts, celle du Troisième Reich, celle des Soviets en particulier, dans ces pays qui sont tous passés sous le joug d’Hitler et de Staline…

D’autres auteurs fameux ont déjà posé leurs mots sur ces récits, l’incontournable Sandor Marai, celui qu’on appelle « le Zweig hongrois » avec Les confessions d’un bourgeois et Dernier jour à Budapest pour décrire la fin d’un monde, encore Lajos Zilahy avec Les Dukay pour dépeindre le déclin de cette société aristocratique hongroise ruinée dans ce même contexte historique. Et par extension, cet ouvrage moins connu qui dit tout de cette histoire sur le ton des « souvenirs » qui se suffisent à eux-mêmes, sans qu’il soit utile d’en rajouter sur le mode fantasmagorique, à lire absolument pour qui s’intéresse au sujet : D’un château de Courlande à un presbytère nivernais écrit par le Chanoine Alexandre de Plater-Syberg et publié en 1963, une pépite d’une densité historique et humaine assez rare. Gageons simplement que l’auteur, encore très jeune, progressera dans son art en donnant déjà aujourd’hui l’expression d’un talent prometteur. 

Une phrase

« Comme s’il avait lu dans ses pensées, le soldat regarda soudain derrière lui, aperçut Eva qui faisait semblant de dormir, et la somma d’une voix forte de se lever pour les rejoindre. Elle était vêtue d’une chemise de nuit blanche et Pista constata avec effroi que ses seins s’étaient développés : ils étaient à peine plus gros que des prunes, mais les soldats ne manqueraient pas de les remarquer. » P. 234 

L'auteur

Nelio Biedermann a vingt-trois ans aujourd’hui. Il a passé son enfance non loin de Zurich, où ses grands-parents paternels, issus de la noblesse hongroise, se sont réfugiés dans les années 1950. Son histoire familiale nourrit ainsi son roman, Lázár, le deuxième qu’il ait écrit après Anton will bleiben.  Il poursuit son parcours universitaire à Zurich en étudiant la littérature allemande et le cinéma. Lázár a été couronné par le Prix Suisse du livre en 2025 et nominé plusieurs fois, ainsi en 2026 pour le Prix du meilleur livre étranger.

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