Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs

Candide en milieu rural : une étude foisonnante des Deux-Sèvres. Un roman loufoque et attachant mais quelques longueurs rabelaisiennes
De
Mathias Enard
Actes Sud, octobre 2020 -
425 pages -
22,50 €
Notre recommandation
Bon

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Thème

David, jeune parisien naïf s’installe dans les Deux-Sèvres dans le but de rédiger une thèse d’ethnologie. Il part à la rencontre des habitants du village de La Pierre-Saint-Christophe en commençant par le seul commerce encore existant, le café pêche. S’y trouvent, le gros Thomas, le patron, Paco et les joueurs de belote, Martial le maire « enterreur » en chef, Max, l’artiste et Lynn la coiffeuse à domicile. Passent aussi, Arnaud le simplet, Lucie la maraîchère, et les Anglais.

Quand les notes de David cessent, le narrateur reprend la main et nous conte avec humour et compétence la vie de ces villageois à travers plusieurs siècles en utilisant la réincarnation comme moyen littéraire, ce qui nous donne les évènements marquants de la région : la présence des Plantagenêts, les guerres de religion, la chouannerie et les deux guerres mondiales.

Le Banquet est un chapitre à part (une soixantaine de pages) nous faisant partager de façon rabelaisienne les us et coutumes des fossoyeurs et surtout les monceaux de nourriture et boissons qu’ils ingurgitent. Ces messieurs nous font part de leurs idées sur la place des femmes dans la confrérie, l’écologie, quelques légendes et « buvons en attendant la mort. »

Points forts

La vie rurale et son évolution nous est contée par un narrateur qui l’a vécue. Son érudition est grande et l’Histoire de la région nous intéresse car elle est personnifiée au travers de héros tels Agrippa d’Aubigné, Rabelais, Pierre Loti …... C’est en utilisant le concept de réincarnation qu’ils arrivent tout naturellement sous la plume de l’auteur.

On s’attache à tous les personnages dans leur diversité.

L’humour est omniprésent jusqu’au loufoque parfois.

Points faibles

C’est finalement le banquet qui donne son titre au roman qui nous surprend à force de paillardises et d’excès de nourritures : c’est amusant au début et puis ça devient lassant à la longue.

Pourquoi Mathias Enard a-t-il choisi ce titre qui ne rend compte que d’un très petit chapitre de son roman par ailleurs foisonnant de personnages et de situations soit dramatiques soit loufoques ?

En deux mots

Une très intéressante monographie des Deux-Sèvres, très riche tant sur le plan actuel que sur le plan historique. Le Banquet n’apporte pas grand-chose au reste du livre, peut-être Mathias Enard a-t-il voulu s’essayer aux rabelaiseries ? Il s’amuse avec la langue en changeant totalement de registre par comparaison avec ses autres écrits.

Il a dédié ce livre à  son père en insistant sur le fait que beaucoup des histoires qu’il nous y raconte sont vraies. Il est lui-même né dans les Deux-Sèvres.

Une phrase

  • “ Lorsque David Mazon, l’anthropologue prétentieux versa d’un air dégoûté une demi-bouteille d’eau de Javel sur les annélides rouges qui colonisaient sa salle de bains, il ne sut pas qu’il renvoyait dans la Roue les âmes sinistres d’assassins que leurs exactions avaient poussées vers plusieurs générations de souffrance et de reptation aveugle dans l’humidité, côte à côte Marseil Sabourin, guillotiné en 1894 , le petit Chaigneau, guillotiné en 1943, et leurs bourreaux….” (p.135)
  •  « Ah, mes bons fossoyeurs, à vous ! Longue vie à la Mort ». On entendit alors glouglouter les liquides dans les gosiers, les bruits de langue contre les babines, les rots des moins civils, les soupirs de soulagement des plus assoiffés : le Banquet venait de commencer.” (p. 220)

L'auteur

Écrivain et traducteur, Mathias Enard  a écrit  plusieurs romans dont Parle leur de batailles, de rois et d’éléphants prix Goncourt des lycéens (Actes Sud, 2008). Il reçoit le prix Goncourt en 2015 pour  Boussole (Actes Sud).  C’est un auteur au savoir encyclopédique. Il a à son actif des traductions du Persan et de l’Arabe .

Le clin d'œil d'un libraire

Bonjour, Jeoffroy (avec un « J », il y tient). Très occupé en cette période de Noël, mais très gentil, et soudain, sa passion du livre l’emporte, heureusement pour nous. D’emblée, il nous recommande Mississipi Solo aux éditions Liana Levi de Eddy L. Harris (qui sera bientôt en chronique sur Culture Tops). Un roman inspiré de sa propre vie dans les années 80.  Puis  Betty de Mac Daniel, un grand roman américain, et deux  romans français,  Le Laurent Petit Mangin, Ce qu’il faut de nuit, aux éditions de la Manufacture du livre, et enfin Le Lièvre, de Mireille Gagny, la Québécoise, aux éditions La Peuplade. Décidément le point fort de Goulard, c’est l’originalité, et comme on dit souvent chez Culture Tops, «des points faibles, je n’en vois pas».

Ici 3 libraires sont dédiés à la littérature sur 29. Combien de références ? 90 000 volumes ! Goulard rejoint la maison Failler à Rennes parmi les librairies les plus achalandées de France. Mais on ne veut en tirer aucune gloire. Seule comptent le conseil, la proximité et la tentation de l’évasion. Goulard nous fait voyager au travers de ses recommandations, fidèle à l’origine de son nom. Au début des années 40, Goulard c’était une agence de voyage.

Aujourd’hui Goulard c’est un icône sur l’avenue la plus emblématique d’Aix en Provence ; au cœur du métier, selon Jeoffroy, il y a l’écoute… et la patience. Il nous le prouve depuis 25 minutes et avec  quelle humilité ! Il avoue ne lire que 2 livres par semaine en littérature, 3 quelque fois. Mais à la maison bien sûr. «C’est notre télétravail à nous, pas besoin de pandémie».

Jeoffroy Vincent. «Deux prénoms pour un seul homme» dit-il pour conclure. Qu’est- ce qu’il est sympa ce jeune homme ! Mais ils sont tous comme ça les libraires chez  Goulard !

Librairie Goulard, 37 Cours Mirabeau 13100 Aix en Provence tél. 04 42  27 66 47

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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