Le roman d'Alexandre
Parution en mars 2026
360 pages
20,9 €
Infos & réservation
Thème
Alexandre est lieutenant chasseur alpin. Alors qu'il se prépare à rejoindre l'Afghanistan au sein de la force internationale mobilisée pour combattre les talibans - nous sommes au début des années 2000 - ses parents, présents là-bas 20 ans plus tôt pour Médecins Sans Frontières, ne veulent pas le laisser partir sans lui révéler le secret de sa naissance. Car dans ce pays d'échanges millénaires, au sein des massifs de l'Hindou Kouch, va se dessiner, pour ce savoyard aguerri et amoureux de la montagne, la rencontre avec un peuple qui oscille et vacille entre l'accueil et la vengeance, entre le présent et les traditions. Récit d'aventure, d'expéditions périlleuses, de rencontres entre hommes et cultures, d'exaltation d'un monde écorché et inaltérable, d'angoisses et d'espoir, Le roman d'Alexandre est celui d'une quête universelle dans laquelle vont se perdre le bien et le mal, la vérité et le mensonge, l'amour et la vengeance.
Points forts
La lecture du Roman d'Alexandre frappe d'abord par la beauté du texte. Il alterne les temps d'action avec ceux de la contemplation, ceux de la poésie et de la philosophie, ceux de la vérité des uns et de la vérité des autres.
Combattant les talibans, à la découverte de ses racines, Alexandre comme ces narrateurs qui ponctuent l'aventure - vivent et racontent, français, afghans, sans que s'imposent au lecteur des jugements manichéens sur la frontière entre la tradition et la modernité, sur la légitimité des valeurs qui fondent un peuple.
Ils racontent la beauté et la sagesse enfouie dans les sommets et les vallées de l'Hindou Kouch et du Nouristan, la folie des haines ancestrales et de la guerre de civilisations dont ils sont les acteurs ; ils racontent les destins des femmes, comment la haine engendre l'amour, comment l'humilité s'impose devant l'intemporalité des drames et des joies humaines.Ce roman est aussi plein de mystères - un suspens bien mené dans les pas d'Alexandre, autour duquel gravitent des compagnons d'arme, d'infortune, des figures d'attachement et d'affrontement dont Louis Meunier a particulièrement bien ciselé les personnalités.
Histoires parallèles, chapitres et narration en courtes séquences, des voix énigmatiques comme autant de voix "off" qui émaillent le récit, rendent ce roman aussi facile à lire que hypnotique.
Quelques réserves
Absolument aucune réserve !
Encore un mot...
Ce roman pourrait être à l'image de cet Afghanistan que Louis Meunier connaît si bien : une terre de contraste qui exalte les sentiments, qui affronte le passage du temps et interroge sur les chemins de la modernité. Il mêle le récit parfaitement documenté de l'engagement des soldats français avec celui d'une quête d'identité dans laquelle se partagent les voix des protagonistes. Par sa construction, sans doute inspirée de l'expérience de réalisateur de l'auteur et la qualité de son texte, ce roman est singulier et marquant. Les amateurs d'aventure y trouveront un récit exalté, réaliste, haletant. Les amoureux de la montagne, une alcôve et des abîmes pour leurs rêves, et pour tous, une exaltation sauvage et tout à fait actuelle de l'affrontement des cultures, un conte philosophique qui ne cache rien de la folie des hommes, de l'inaltérable puissance de l'amour et de la force évocatrice des espaces indomptés. Le roman d'Alexandre est un premier roman d'une magnifique humanité.
Une phrase
[Un narrateur]
"Aujourd'hui l'Afghanistan est le foyer d'une fureur sans visage, sans mémoire, sans beauté. La colère frappe sans héritage et sans horizon, elle anéantit le passé pour que le présent se croie pur. Les mains qui façonnaient le divin ne serrent plus que des armes. Là où l'on peignait des fresques célestes, on brise les statues, on efface les visages. Les dieux sont décapités, les saints dynamités, les femmes voilées jusqu'à disparaître, comme si la beauté elle-même était devenue une menace. Là où l'art célébrait la vie, la fécondité, la joie d'exister, on prêche la mort avec des mots sacrés transformés en lames. Les montagnes n'abritent plus les sages et les conteurs, qui liaient les hommes par les récits et apaisaient la nuit par la parole, mais les faiseurs d'ombres, qui invoquent l'apocalypse à coups de balles et de prières. " P 97" Pauvre Alexandre, qui croit encore aux lignes qu'on trace sur les cartes. Il pense qu'on peut découper le monde, tirer une frontière entre le jour et la nuit, l'amour et la guerre. Il dirige son regard vers le fond de la vallée, convaincu d'aller quelque part, alors qu'il ne fait que tourner en rond dans la main de Dieu.
Il ne sait pas que c'est le même vent qui souffle sur les crêtes des Alpes et celles de l'Hindou Kouch. Et que la neige, partout, recouvre les blessures de la même blancheur. Elle dérobe les pas des bergers comme ceux des soldats, sans faire de différence. On parle de deux mondes. Deux pays, deux cultures, deux histoires. La roche ne fait pas de distinction, elle parle la langue du temps.
S'il survit à sa guerre, s'il accepte que ce qu'il cherche devant lui se trouve derrière lui, il comprendra peut-être que perdre n'est pas finir, que tomber n'est pas échouer, que renaître demande plus de courage que conquérir. La montagne connaît son histoire, elle la porte dans chaque strate, chaque fissure, chaque poussière." P 161
L'auteur
Louis Meunier a consacré 20 ans de sa vie à l'Afghanistan. S'il y est arrivé jeune homme, en mission humanitaire, il y découvre aussi la guerre, politique et religieuse. Cela ne l'empêche pas de traverser le pays à cheval, de pratiquer, au sein de l'équipe de Kaboul, le Bouzkachi, qui est le sport équestre traditionnel du pays. Il fera de ces expériences un livre (2014) et un film (2016) - Les Cavaliers afghans, qui recevront chacun de nombreux prix. Très investi dans la vie culturelle de Kaboul, il y crée sa société de production. Son activité "documentaire" lui vaudra aussi de nombreuses distinctions, et la qualité de membre de la Royal Geographic Society. Auteur en 2018 de Voyage en France buissonnière (édition Kero), il a publié en 2022 le recueil de nouvelles Si haute soit la montagne chroniqué sur Culture-Tops. Le roman d'Alexandre est son premier roman.
Ajouter un commentaire