Le seul gouffre du monde

Entre thriller et réflexion sur le deuil, un roman qui explore les blessures laissées par les disparitions inexpliquées
De
Guillaume Huon
Calmann-Lévy
Parution le 19 août 2026
196 pages
18,90 €
Notre recommandation
3/5

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Lu
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Thème

C'est un roman étrange auquel Guillaume Huon nous convie.

Il se passe aux États-Unis, en Californie, mais tout y est vu par un Français, l'auteur.

Plusieurs personnages tournent autour de la disparition d'un proche et la souffrance qu'elle provoque tant que, au moins, le corps n'a pas été retrouvé.

L'auteur nous montre ces personnages dans un moment de leur vie après cette disparition, plus ou moins longtemps après, entre acharnement désespéré et rêverie quasi mystique accompagnant le disparu ; le tout éclairé par un mystère qui plane sur les protagonistes du début jusqu'à la fin du livre.

Points forts

Ayant l’habitude de voir les États-Unis à travers des traductions formatées (IA ?), on est dérouté par la qualité du style qui présente, notamment dans les descriptions, une originalité vraie, d'une poésie noire.

Le parc californien où se déroule une partie du roman, ravagé quelques mois auparavant par un incendie de grande ampleur, y est décrit avec une force belle et inquiétante qui trouve son écho dans le malaise ou la douleur des protagonistes.

À l'inverse, les scènes qui se déroulent en ville, notamment avec le shérif trop sensible qui mène une sorte d'enquête sans espoir, sont curieusement prosaïques et tout à fait dans le style cinématographique de la littérature américaine.

C'est par leur déroulé que l'on perçoit l'indicible douleur de ceux qui n'ont même pas un corps à quoi rattacher leur peine, leur cœur ravagé comme les vestiges du parc incendié.

Quelques réserves

Le roman nous entraîne, d'emblée, dans un mystère dont l'auteur se garde de nous donner la clé, ce qui suscite chez le lecteur une certaine frustration ; mais c'est sans doute celle de la vie elle-même.

Si l'on admire la qualité et la beauté de son style, on peut regretter quelques formules plus compliquées et pas toujours limpides.

Encore un mot...

Un roman américain, écrit superbement en français par un Français, qui traite des disparitions inexpliquées et de la douleur ravageuse pour les proches.

Une phrase

"  Il retira le sac de ses épaules et écouta les vallées. Leur forme éternelle et pourtant altérée, l'étendue désormais chauve, les brèches où gonflaient les bosquets comme des taches sur une peau endurcie - et elles n'étaient rien d'autre, pour lui : rien qu'une empreinte où il voyait vieillir son père absent, dans l'évolution des crêtes brunes. Dans les arbustes différents chaque fois de son souvenir et qu'il finirait par ne plus retrouver. Les sommets les plus lointains qu'il discernait au sud formaient une longue coulure jaune s'évasant en une lande calamiteuse et tondue, et montant jusqu'à lui. Il était au dernier endroit. Quelque part dans ce paysage, son père avait disparu. " P. 186

L'auteur

Né en 1981 à Avranches, ancien professeur de français, latin et grec, Guillaume Huon, qui vit toujours en Normandie, se consacre aujourd'hui à l'écriture.

Le seul gouffre du monde est son deuxième roman après Le gardien sans sommeil (Calmann-Lévy, 2024) qui traitait de la paternité.

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