L’Éléphant

Une décevante fiction littéraire à propos de l’Éléphant, un tableau de Gilles Aillaud
De
Claudie Hunzinger
Centre Pompido Parution en avril 2026
128 pages
17 euros ; 11,99 euros en téléchargement
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

Vous souvenez-vous de la sonate à Kreutzer de Beethoven inspirant la nouvelle de Tolstoï, qui, à son tour, instiguera un quatuor de Janáček ? La collection Un seul art, imaginée par Charles Dantzig et publiée en coédition avec le Centre Pompidou, repose sur le même principe de création en chaîne. Pendant les cinq années de fermeture du musée pour travaux, dix pièces continuent d’exister sous une autre forme : confiées à des écrivains, elles se prolongent dans la langue. Avec L’Éléphant, Claudie Hunzinger explore ainsi la manière dont l’humain projette du sens sur l’animal à travers l’œuvre.

Points forts

  • L’originalité du fond : l’idée de départ séduit d’emblée : faire naître une œuvre d’art dans le sillage d’une autre. Ici, l’écriture se glisse dans les lignes d’un tableau, le prolonge, le déplace. Elle ne se contente pas de le commenter ; elle l’habite, l’interprète, en déplace le sens, comme si la peinture, soudain, trouvait à se dire autrement.

  • L’originalité de la forme : le roman se déploie dans un dispositif atypique : cinq voix se répondent, rassemblées devant un éléphant peint, comme face à une image qui ne se laisse pas dire. Cet échange interroge : comment regardons-nous le vivant ? Que projetons-nous sur lui ? Et, dans cet effort même pour le saisir, ne risquons-nous pas déjà de le trahir ?

Quelques réserves

  • Un manque : au regard de cet exercice, l’absence de reproduction surprend. On aurait aimé, dès l’ouverture, la rencontrer, en éprouver la présence concrète, en saisir les lignes et les silences. Elle aurait offert un ancrage, une boussole discrète pour accompagner la fiction, fixer les contours de l’imaginaire et mieux mesurer, ensuite, les écarts que le récit invente.

  • D’interminables digressions : au fil des pages, la démarche s’éloigne de son centre au point d’en perdre par moments sa nécessité. L’éléphant disparaît derrière les détours du discours, et la lecture elle-même s’en ressent : ce qui relevait d’un point d’ancrage devient errance, au risque d’émousser l’attention. Et l’on ne peut s’empêcher de sourire : si l’on perd de vue un tel animal, que resterait-il du sujet si Gilles Aillaud (1928-2005) avait représenté une simple souris ?

Encore un mot...

À vrai dire, en refermant cet ouvrage, une question persiste : qu’a donc cherché à accomplir l’auteure ? Quel horizon visait-elle ? Au vu de l’intention liminaire, l’entreprise n’aboutit pas, comme si l’image, au lieu de se révéler, s’était peu à peu dissoute dans le texte. En revanche, la polyphonie de voix, à la manière de ces échanges fragmentés que l’on croise sur les forums contemporains, trouve sa justesse. L’écriture, sûre d’elle-même, vient alors transfigurer des propos parfois ordinaires, leur conférant une densité inattendue. Jenny - peut-être la plus proche de Claudie Hunzinger - en donne d’ailleurs une clé possible lorsqu’elle confie : « ça fait longtemps que j’avais envie d’écrire un livre sans narration ou presque. Sur place. » Au fond, le livre parle bien et beaucoup, mais peu de l’éléphant...

Une phrase

“ Déjà les fleurs des massifs sentant l’approche de la nuit semblaient plus présentes et quelque chose en elles se montrait, qui d’ordinaire n’est pas vu, une énergie invisible en plein jour, tandis que tu avançais à mes côtés, petit foulard rouge noué autour du cou, mince corps de chevreuil dressé sur ses deux petits sabots fendus, et nous n’avions pas du tout parlé littérature, mais enfance, papillons, rosiers.” P.14

L'auteur

Née en 1940, Claudie Hunzinger est une romancière et artiste plasticienne née en Alsace. Son œuvre est profondément marquée par la nature, les animaux et la vie en marge. Elle a reçu notamment le prix Décembre (2019) pour Les grands cerfs et le prix Femina (2022) pour Un chien à ma table, tous deux édités chez Grasset. 

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