Les villes de papier, une vie d'Emily Dickinson

Semaine spéciale "Prix littéraires" - Prix Renaudot de l’essai 2020 : avec une écriture poétique, la romancière canadienne nous ouvre les portes de la maison des poèmes d'Emily Dickinson.
De
Dominique Fortier
Grasset - 208 p. - 18.50 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Tout en cherchant à l'occasion de différents déménagements  le chez soi qui est non seulement le lieu de vie, mais la vie même, l'auteure écrit une hagiographie d'Emily Dickinson (1830/1886). Elle nous entraîne dans les différents endroits où cette immense poétesse américaine vécut et en particulier à Amherst ; sa maison familiale Homestead  deviendra sa retraite où, isolée dans sa chambre, elle écrit ses poèmes sur des bouts de papier.

Points forts

Une écriture poétique présente à tous les moments d'évocation de la vie d'Emily Dickinson, au service de cette dernière, qui comble les manques de repères de l'existence de celle qui choisira de finir sa vie en recluse volontaire.

L'importance soulignée de la passion pour la nature sous toutes ses formes en particulier la botanique ; dès l'enfance, Emily collectionnera les plantes séchées, envoyant à ses amis des bouquets où sont attachés ses poèmes : «ils appréciaient plus les bouquets que les poèmes» écrivait -elle.

Une construction équilibrée du récit entre évocations de la vie quotidienne et citations poétiques qui nous ouvrent les portes du royaume caché de la création d'Emily Dickinson.

Quelques réserves

Emily Dickinson est une personnalité secrète et il me semble qu'il manque une préface qui la présenterait et expliciterait l'inspiration qu'elle a suscitée chez Dominique Fortier.

Encore un mot...

Mue par l'admiration qu'elle voue à Emily Dickinson, l'auteure comble les blancs, imagine pas à pas la vie d'Emily Dickinson en s'appuyant sur les quelques poèmes publiés du vivant d'Emily et  sur les trois volumes recueillant ses centaines de poèmes posthumes, ainsi que sa correspondance avec des proches et quelques amis. Dominique Fortier, contemplant la photographie d'Amherst, à ce moment encore «ville de papier», hésitera longtemps à se rendre à Homestead qu'Emily Dickinson, tout de blanc vêtue, quittera pour toujours à l'âge de cinquante cinq ans. «Si je ne vais pas à Amherst, le seul endroit où je puis rencontrer ou retrouver Emily, c'est dans la maison de ses poèmes. Mais nous ne parlons pas la même langue, elle et moi : une poète et une prosaïque.»

Tout lecteur sensible à la poésie et à la personnalité d'Emily Dickinson se doit de compléter sa recherche littéraire par le magnifique livre de Christian Bobin «La dame blanche» (Folio).

Une phrase

«Il n'est pas vrai qu'elle n'a que sa chambre. Elle a le chant des étourneaux, l'encre des nuits de novembre, les giboulées du printemps, les voix familières qui montent d'en bas avec l'odeur du pain en train de cuire, le parfum des fleurs de pommier, la chaleur des pierres chauffées par le soleil à la fin du jour, toutes choses qui nous manquent quand on est mort.

D'année en année, le rayon de ses révolutions s'est raccourci, comme une corde qui, en tournant, s'enroule imperceptiblement autour de son axe. D'année en année, elle se rapproche du cœur : cette chambre, ce bureau, cet encrier. Le monde finira par tenir sur la pointe de la plume qu'elle serre entre ses doigts.»

L'auteur

Dominique Fortier, née à Québec en 1972, est romancière et traductrice. Elle publie en langue française depuis 2008 et a reçu plusieurs prix au Canada. Elle collabore à l'édition des inédits de Gabrielle Roy, romancière canadienne également de langue française, prix Fémina en 1947. Paru en 2018, son livre les Villes de papier édité en France chez Grasset en 2020 a été couronné par le prix Renaudot essai.

Le clin d'œil d'un libraire

Librairie GALIGNANI,  la librairie aux trésors... à Paris depuis plus de 200 ans !

La grande et sublime librairie de Paris rive droite (50 000 références, 15 libraires) a au moins deux points communs avec Culture-Tops : l’amour des …pastels (expo des épreuves d’artistes d’Antoine Vit en ce moment) et un culte pour Paul Morand « La bio de Paul Morand et son journal de guerre 39 /43* sont passionnants, palpitants même. Morand se lit comme un roman (!) », nous dit Danielle Cillien-Sabatier, directrice de cette belle institution fondée en 1801, dédiée au départ et jusqu’en  1940 uniquement à la littérature anglaise. «Je recommande aussi, le concernant, « Immortel, enfin » de Pauline Dreyfus. Mais en ce moment, c’est un raz de marée  pour le livre d’Obama, et depuis 4 mois pour sa version originale en anglais ». 

L’actualité ne lui répugne décidément pas car Danielle met aussi,  avant de nous quitter, la lumière sur le « Le temps suspendu », journal léger  de la covid 19 (1ère vague) d’Eric Fottorino, illustré par les dessins d’humour noir de Nicolas Vial. Avec tous ses beaux ouvrages et livres d’art, la librairie Galignani ne manque pas d’arguments pour profiter du rebond formidable dont va profiter, avant les fêtes, la librairie française.

A deux pas du musée du jeu de Paume et du Louvre il faut « visiter » aussi ce palais de l’art livresque qu’est la Librairie GALIGNANI, jamais fermée, ne serait-ce qu’une heure, depuis 220 ans (sauf covid 2020 !).

Et bien sûr, on y trouvera les poèmes d’Emily Dickinson en langue américaine.

Librairie GALIGNANI, 224 rue de Rivoli 75001 PARIS, tel 01 42 60 76 07 www.galignani.fr

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire  pour la rédaction de Culture Tops

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