L’Homme de pluie

Jonas Karlsson
Acte Sud
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Parution en 2026 pour la traduction française
Edition originale parue en 2019 chez Wahlström et Widstrand
215 pages
21 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Aux abords d’une petite ville de Suède, un rosier fait le bonheur d’Ingmar, vieil homme attristé et désemparé par son veuvage, déçu par la fin de sa  carrière théâtrale. La sécheresse sévit, l’interdiction d’arroser s’installe. Le voisinage et plus particulièrement son proche voisin l’encombrent ; la curiosité le lasse et finit par l’agacer. Le jardinier néophyte, qui s’est découvert une passion pour les roses de son épouse, trouve dans un roncier un vieux robinet qui s’avère bien salvateur : il fait pleuvoir alentour quand Ingmar l’ouvre.

La surprise et l’émerveillement, d’abord cachés par Ingmar, sont assez vite partagés par les voisins et toute la communauté ainsi que par Annette, l’élue de la commune. Le récit est aussi abondamment nourri des interrogations et introspections de notre jardinier ; nous touchons ainsi à tout un monde de regrets, de nostalgie, d’amertume. Cependant,  l’espoir et l’harmonie seront au rendez-vous. Le personnage quitte le questionnement, l’antagonisme, la jalousie, pour rencontrer « l ’ouverture » et la délivrance.

Points forts

Le surnaturel habite le livre. Ce conte décrit tout un monde d’illusion, d’intimité avec la nature, de tendresse, autant que la présence du quotidien prosaïque. Sont abordés avec talent, l’inquiétude, l’appétit du pouvoir, l’absurdité, compensés par l’ humour ambiant. La gaîté est de mise !

Les différents personnages sont campés avec drôlerie ; fantaisistes, acerbes, pénibles, ils  entourent un homme au caractère trempé, teinté de misanthropie.

Jonas Karlsson met en scène subtilement le fils d’Ingmar, Erik. Celui- ci nous emmène dans sa mémoire. Le lecteur découvre ainsi tout un pan de sa vie.

Les gestes anodins sont plaisamment relatés, d’un ton vif avec un style familier et de  riches précisions. Des images nous parviennent alors, et nous pensons  aux œuvres d’ Edward Hopper ou Norman Rockwell ; les situations embarrassantes, ubuesques, les dialogues généreusement amusants évoquent le Petit Nicolas .

Le livre ferait peut-être une superbe BD peut-être.

Quelques réserves

Nous n’en trouvons pas ; la lecture est plaisante, elle peut séduire un jeune public, sans compter une forme de pédagogie dans le récit ; c’est un conte.

Encore un mot...

Ce conte a une morale, et la légèreté du ton n’empêche en rien le sérieux et la grande gravité du fond.

Ingmar sauve un triste état d’esprit par ce qu’il appelle dans le livre « l’ouverture » imagée par l’arc de ses bras.

Une phrase

  • « Même sans les voir, il les sentit scruter dans sa direction. Était- il découvert ? Ne le voyaient -ils pas de dos, assis parmi les maigres branches, étreignant cette bûche percée de trous ? Bah, pas question de se retourner. Pas maintenant. Il resta immobile et entendit presque leurs regards se promener sur son terrain en friche. Il était la honte du voisinage. Il le savait. Une friche de rosiers et de mauvaises herbes au milieu des jardins parfaits des autres villas. Et à présent, par-dessus le marché, planté sur les fesses au milieu d’une spirée. » P.30

  •  « Ingmar fit bouillir de l’eau pour son thé et resta longtemps à observer le nuage de vapeur qui montait vers le plafond, rencontrait la hotte et là se transformait en gouttelettes qui retombaient sur la cuisinière. Dehors, un oiseau vint se poser sur le rebord de la fenêtre. Il demeura un certain temps tout contre la vitre et Ingmar eut l’impression qu’il les regardait, lui et l’eau en ébullition. Quelle espèce d’oiseau était-ce ? Ingmar ne l’avait encore  jamais vu. »  P. 73

  • « Annette savait à quoi s’en tenir. D’abord , c’était pour rire. Puis ça attirait tellement l’attention que c’en devenait presque sérieux. Elle avait déjà analysé le phénomène, dans son entourage, quand celui-ci était entraîné dans ce genre de psychose de masse. On retrouvait toujours  les mêmes ingrédients : l’agrément de la nouveauté, la fuite libératrice hors de la réalité, l’absence de faits pertinents et de recul critique, ainsi que le désir que ce soit effectivement vrai. »   P. 116

L'auteur

Acteur, dramaturge et écrivain suédois, Jonas Karlsson est né en 1971 à Salem. 

Après des débuts dès l’adolescence dans plusieurs séries TV, il tient plusieurs rôles au Théâtre dramatique royal. A partir de 2005, il écrit plusieurs pièces et mène une carrière de dramaturge avec succès. Il passe ensuite à la fiction avec des œuvres composées pour la plupart de nouvelles. Un premier livre est publié en France chez Acte Sud Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire en 2014,  puis en 2015 La FactureL’ Ami parfait en 2018, Le Cirque en 2022.  L’Homme de pluie paraît en Suède en 2019 puis en France en 2026. 

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