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Le dossier judiciaire d’un jeune Noir américain, condamné à la peine de mort à l’âge de 14 ans, est réouvert cinquante ans plus tard. Un roman inspiré d’une histoire vraie
De
Didier Decoin
Stock
Parution le 1er avril 2026
402 pages
22,50 euros
Notre recommandation
4/5

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Lu
par

Thème

Lucy Mc Gillisch est une jeune juge américaine dont l’ambition n’a d’égale que son impartialité et son désir viscéral d’équité, aidée dans son exercice professionnel par l’efficacité et la connivence de son greffier, un certain Goliath, envers qui la retenue hiérarchique nécessaire est un peu écornée par une affection souterraine de longue date.

Leur proximité dans le travail va être sollicitée par la prise en charge du dossier de l’accusation et de la condamnation à mort d’un présumé meurtrier, quelques dizaines d’années plus tôt, au terme d’une procédure honteuse.

Sujet d’autant plus révoltant que le sujet reconnu coupable du meurtre de deux fillettes d’une dizaine d’années n’a lui-même que quatorze ans et que la couleur noire de sa peau est en soi un presque délit dans cette Caroline du Sud au sortir de la guerre.

Nous sommes en 1944, un conflit mondial s’achève avec son lot immense de frustrations ; un racisme plus que vif sévit dans cette Amérique profonde, régulièrement exacerbé par l’activisme ignoble d’un Ku Klux Klan prêt à tous les débordements, le climat politique est plus que délétère, bref tous les ingrédients sociaux sont réunis pour bâcler un procès et satisfaire au plus vite un public ségrégationniste et partial, au mépris de la Justice…

Pour Lucy et Goliath, faire la preuve de l’innocence présumée du jeune Stinney devient un enjeu moral et de vérité.

Points forts

Didier Decoin exploite dans ce roman le sinistre filon du racisme et de l’injustice, portés à leur paroxysme par une procédure dénuée de toute empathie et par une condamnation rapide à la sentence suprême.

L’histoire réelle de ce jeune garçon accusé sans preuves tangibles et mené jusqu’à la peine capitale est plus que troublante et le déroulement des événements, racontés avec réalisme et humanité au travers du regard objectif d’une juge chargée de réexaminer le dossier, offre à l’écrivain cette possibilité d’entrer dans l’âme pure d’un probable innocent et dans l’esprit vindicatif d’une population vipérine.

Le roman mêle avec élégance et virtuosité cette double approche et c’est un authentique talent que de pouvoir faire osciller le lecteur entre compassion et révolte.

Quelques réserves

Peut-être quelques redondances vite oubliées !

Encore un mot...

Didier Decoin intègre ici le débat sur la peine de mort encore pratiquée dans plus de la moitié des cinquante états américains et dans de nombreux pays dans le monde.

La question n’est pas de réitérer l’argumentation des partisans et des opposants de cette sentence mais de porter un regard pragmatique sur l’inhumanité de cette sanction, sur l’ignominie du geste de tuer en tant que tel, et si les méthodes létales utilisées aujourd’hui sont sans doute plus « efficaces » que la chaise électrique, Didier Decoin développe avec une réalité crue mais réelle le déroulement de l’exécution, plus insoutenable encore chez un jeune adolescent dont la petite corpulence n’est pas adaptée à la machine destinée à le faire mourir…

Cœurs sensibles, s’abstenir !

Mais, il est peut-être nécessaire de lire ce genre de propos pour conscientiser l’abomination d’un tel jugement et, s’il le fallait, se “badintériser" définitivement.

Une phrase

« Mais il [le juge principal] m’a dit qu’il y avait des dossiers qui pouvaient nous hanter, nous gens de justice, même après de très nombreuses années. Et que, pour sa part, juger c’était douter. Surtout quand il y a dans l’air, malgré le temps qui passe, comme un bruissement qui ne veut pas se taire. » P. 247

L'auteur

Didier Decoin est né en 1945 à Boulogne-Billancourt. Romancier, scénariste et essayiste, il a été récompensé en 1977 du prix Goncourt pour son roman John l’enfer aux Éditions du Seuil. Il est l’auteur d’une cinquantaine de romans publiés chez divers éditeurs et a présidé l’Académie Goncourt de 2020 à 2024.

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