Murmuration

Tantôt abscons, tantôt lumineux, un peu les deux à la fois…
De
Sylvie Germain
Albin Michel
Parution le 2 janvier 2026
199 pages
19,90 €
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

 Dès l’enfance, Samuel a le goût des mots, le sens des mots. Il les découvre à l’école pour ne plus jamais les quitter, il les égrène, les écrit et les déclame aussi bien, jusqu’à les inventer souvent, suscitant chez ses parents admiration et désespoir à la fois. Les mots les éloignent de leur fils fantasque en effet, eux qui en ont si peu à leur disposition. A l’instar du Cercle des Poètes disparus, il crée avec quelques amis du lycée le Cercle des Rameurs, réunissant des adolescents à peine pubères en quête de marginalité, chacun s’affublant d’un nom de rivière, ainsi Sambre et Saône, lui-même facilement baptisé « Tarn » comme l’anagramme de son nom (Nart), pseudonyme sous lequel il va publier Opus incertum, un premier ouvrage indéfinissable mettant en scène un certain Sorgue, « expert en fiascos en tous genres ».

Un beau succès, inattendu mais sans lendemain couronnera cet exercice initiatique, son goût des mots le guidant vers d’autres plus abscons déconcertant son éditeur et son public, aucune de ses belles rencontres féminines n’ayant raison de son errance littéraire ; ni Sigrid, ni Mathilde, ni Elsa qu’il prendra pour des muses ne sauront réveiller le poète d’un jour et d’une œuvre, pas plus Tubutsch, un bâtard attachant et fidèle comme le sont tous les chiens, pas si fidèle que çà au demeurant puisqu’il mourra à ses pieds, abandonnant Samuel à la solitude et à sa propre mort.

Points forts

  •  La plume ou la langue de l’auteur qu’on dit banalement littéraire, plus souvent poétique et même, avec un peu d’emphase, onirique.

  •  Deux petits sursauts dans cette histoire un peu terne, le premier comme un oxymore, le sursaut de la mort qui vient cueillir l’écrivain d’une seule œuvre dans sa médiocrité narcissique en convoquant tous ses échecs, le second dans la révélation tardive d’un drame qui explique les abandons de sa mère.

Quelques réserves

La trame du roman, bien pauvre, et le personnage principal si pusillanime, le tout au service d’un roman qui ne décolle pas vraiment, si tant est que ce soit le but de l’auteur de le faire décoller.

Encore un mot...

Sylvie Germain nous a habitué à mieux, même s’il en va souvent ainsi chez elle d’une introspection privilégiée sur l’action, du choix de personnages sans relief, sinon celui de ne pas en avoir, ainsi dans Brèves de solitude, de l’appréhension onirique de la mort dans La puissance des ombres, du flirt avec le fantastique comme axe de lecture, avec l’usage de mots étranges jusqu’à cette « murmuration » qui évoque le chant des étourneaux réunis en masse et aussi bien, comme un néologisme qu’il n’est pas, l’idée de parler tout bas, comme ce Samuel que personne ne lit et que personne n’entend.

Le résultat du point de vue du lecteur est question d’humeur ; un jour on aime, un autre, on aime moins… En refermant le livre, en tous cas celui-là, on hésite sur le constat. Première proposition, ce livre comme le personnage sans consistance est une chimère confuse, à classer sur l’étagère qui prend la poussière ; deuxième proposition, il faut le relire pour mieux comprendre. C’est le parti que j’ai pris, sans doute le bon ! Heureusement, deux cents pages sont vite lues, alors pourquoi pas deux fois ! 

Une phrase

 « Quand il l’avait refermée, l’image ternie ornant le couvercle lui avait paru vivifiée, Pierrot plus juvénile et grave à la fois, ses bras pesants comme des ailes de goéland brisées, ses yeux d’onyx noir au regard absent et cependant brillant observant le monde avec acuité, comme s’il en soupesait la noirceur et la vanité tout en y décelant des trouées de lumière ». P.132

L'auteur

Née en 1954, Sylvie Germain entreprend très jeune des études de philosophie. Son mémoire de maîtrise porte sur « l’ascèse » dans la mystique chrétienne. Son premier ouvrage, un recueil de nouvelles, ne sera pas publié. Vient ensuite Nuit d’Ambre (Gallimard, 1985), une saga familiale pléthorique qui lui vaudra rien de moins que six prix littéraires.

Professeur de philosophie au lycée français de Prague, elle publie en 1989 Jours de colère (Gallimard, 1989) qui reçoit le Prix Femina. Viendront ensuite de très nombreux ouvrages et notamment Tobie des Marais (Gallimard, 1998) Grand Prix Jean Giono, Magnus (Albin Michel, 2005) Prix Goncourt des lycéens, L'inaperçu (Albin Michel, 2008), À la table des hommes (Albin Michel, 2015) et Brèves de solitude (Albin Michel, 2021). En 2016, elle reçoit le prix mondial Cino del Duca pour son œuvre et intègre l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, échouant de justesse à l’élection à l’Académie Française.

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