Un irrésistible penchant
Parution en avril 2026
176 pages
17 euros ; 11,99 euros en téléchargement
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Thème
Qui n’a jamais éprouvé ce regret tenace, né de paroles malheureuses dont l’écho tourne au désastre ? Kitano, étudiant en histoire de l’art, en fait l’amère expérience au cours d’une soirée trop arrosée. Alors qu’il s’apprête à changer de disque, son regard accroche un détail intime - la petite culotte d’Enea - et, dans un élan d’exaltation éthylique, il se lance dans une tirade pseudo-poétique. Ce qui n’était d’abord qu’une saillie douteuse, presque anodine, glisse peu à peu vers l’irréparable.
Points forts
- Le style s’impose d’emblée par son éclat, à la fois léger et arrogant. Constellé de références culturelles, il dévoile le caractère du protagoniste : un esprit nourri, soucieux d’affirmer sa supériorité intellectuelle. La richesse du vocabulaire renforce cette assurance, qui dissimule un vacillement intérieur.
- Et puis, il y a l’humour, abondant au point de mériter d’être salué. Le texte se déploie dans une veine burlesque assumée, où l’exagération devient un art, et l’hyperbole, un mode d’expression naturel. De ces débordements naît un rire constant, diffus, qui affleure à chaque page, parfois à chaque phrase. Cette façon de faire surgir le comique au cœur du malaise rappelle les premiers romans de Laurent Bénégui.
Quelques réserves
- Vient un moment où l’excès lui-même finit par lasser. À force de désinvolture, il cède à sa propre ivresse, et l’auteur semble peu à peu en perdre le contrôle. La fantaisie tourne à la surenchère, le loufoque s’accumule jusqu’à saturer l’élan initial. L’intrigue piétine ; le narrateur ressasse sans fin son attirance pour la compagne de son meilleur ami.
- La fin, quant à elle, s’abandonne sans retenue à une démesure qui confine à l’onirique le plus débridé. Les retournements improbables s’y multiplient, tout rompt définitivement avec la logique. À cela s’ajoute un sentiment d’inachevé : le mystère du tableau de Paul Gauguin, n’est pas éclairci. Quant à la dernière phrase, elle m’a laissé dans un désarroi tel que j’ai renoncé à en percer le sens.
Encore un mot...
Kitano, dans son instabilité revendiquée, peine à convaincre. Ses hésitations, ses emballements, ses contradictions finissent moins par émouvoir que par irriter. L’excès même de sa fébrilité annihile toute forme d’attachement durable. À mesure que le récit progresse, une distance s’installe, presque malgré soi. On en vient alors à épouser le regard d’Enea, plus lucide, plus sévère, jusqu’à partager la lassitude qu’il inspire. À l’instar de son personnage principal, le livre avance avec panache - puis trébuche, emporté par son propre élan.
Une phrase
“ Mardi passé, le professeur Kassew, triste chauve aux yeux noyés par les bouées, véritable publicité pour la retraite, et dont la garde-robe est une variation sur la couleur brune, a posé un trente-trois tours sur le tourne-disques de l’amphithéâtre Simone Weil pour aborder la musique préhistorique. N’est-ce pas complètement absurde ? Comme si on avait pu conserver une partition sur pétroglyphe.” P.11
L'auteur
Tantôt chercheur d’or, poète, modèle pour peintre, restaurateur ou encore professeur de littérature, Hubert Antoine a longtemps vécu loin de ses terres d’origine, passant vingt-six années à Tequila, au Mexique, expérience dont on devine qu’elle a nourri son imaginaire autant que son écriture. Né en 1971 à Namur, cet écrivain et poète belge s’est imposé comme une voix singulière de la littérature francophone contemporaine.
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