RUGIR (DAHAAD)

Un cri muet. Ce serial killer vaut mieux qu’un documentaire sur la société indienne !
De
Reema Kagti et Ruchika Oberoi
Série indienne
PRIME VIDEO : saisons 1(8x55’)
Sortie : mai 2023
Avec
Sonakshi Sinha-Vijay Varma- Gulshan Devaiah- Sohum Shah- Zoa Morani…
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

Cette série nous entraîne en Inde, au Rajasthan essentiellement, où des disparitions de femmes, régulièrement menées et toujours selon un même processus, vont conduire une jeune policière à prendre les choses en main. De caractère aiguisé et particulièrement bien trempé, elle va asseoir son autorité, jamais contestée, en s’impliquant et en impliquant toute son équipe dans une traque permanente à la recherche des disparues et d’un probable serial killer. Pour cela elle va être confrontée à la complexité d’affaires liées à l’immensité du pays, à l’absence de moyens sérieux qui font que personne jusque-là n’avait fait un quelconque lien entre les différentes disparitions.

Au travers de cette traque policière, c’est toute la société indienne qui est interrogée et plus particulièrement la situation des femmes.

Et c’est là que le nœud de l’action va se jouer avec l’entrée en scène du serial killer : imaginez un homme de niveau social supérieur et de belle prestance qui vient vous faire rêver d’une autre vie …

Au cœur de cette série, c’est donc bien la Femme le sujet principal.

Points forts

  • Le narratif de la série est intelligent et novateur, puisque si le sujet fondateur en est la femme, le fil conducteur n’est autre que la traque d’un serial killer ; par lui on va comprendre et entrer dans les failles que réserve la société à la gent féminine
  • Les acteurs jouent tous leur partition de façon convaincante ; ils sont simplement leurs personnages : on y croit
  • La modulation de la musique sait se mettre au diapason des différents temps de la traque.

Quelques réserves

  • Le 1er épisode baigne dans un flou général : situations, personnages, et même la réalisation avec ses lumières sombres ; tout ce mélange génère une confusion telle que j’ai eu peu d’envie de continuer la série. Pourtant au fur et à mesure des épisodes, cette confusion va progressivement se déliter, à la manière d’un ciel encombré de ses nuages pour laisser la place aux éclaircis ; ainsi le spectateur va sortir du nébuleux pour rentrer dans l’histoire. Au point de comprendre que cet état particulier faisait partie du projet ...

Encore un mot...

La femme n’a pas vraiment de liberté en Inde ; pour celles de caste inférieure, le choix n’existe pas puisque sa vie est d’emblée tracée pour être épouse et mère, en suivant les arrangements parentaux. Le choix, qui n’en est plus un, est soit le mariage arrangé ou… la fuite.

De temps en temps émerge de cette caste des personnalités suffisamment fortes pour essayer de s’en sortir ; nous le voyons avec la vie menée par la policière qui tient tête à sa mère et sait imposer son choix. D'ailleurs, si elle prend autant les choses à cœur, c’est bien qu’elle connait cette société et tous ses travers et qu’elle va mettre sa force et sa persévérance pour découvrir la vérité.

Quant aux femmes qui appartiennent à la caste supérieure, attention là aussi à ne pas compromettre ce que l’on attend d’elles. Si elles veulent épouser un homme de caste inférieure, là aussi point d’autre salut que la fuite…

Ce sont d’ailleurs ces exemples bien transcrits dans ce fameux 1er épisode qui nous laissent en errance pour la compréhension de ce qui se trame.

Et puis il y a celui qui profite de ces situations pleines de vulnérabilité pour mettre sa griffe, sans jamais se remettre en question. Pire, il va accréditer son comportement, en se posant comme une victime : c’est la femme qui est cause de ce qu’il est devenu !

N’est-ce pas cette même victimisation prônée par certains qui fait les pages de notre quotidien, aussi bien celle des faits divers que celle des faits politiques (pléthore aujourd’hui !) 

Au même titre qu’un dessin vaut mieux qu’un long discours, un serial killer vaut mieux qu’un documentaire et au cri de Munch auquel on ne peut s’empêcher de penser pour tous les cris du Monde.

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