Jean Zay, l’homme complet

Histoire d’un crime d’État
De
D’après « Souvenirs et solitude » de Jean Zay
Mise en scène
Michel Cochet
Avec
Xavier Béja
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre Essaïon
6 rue Pierre au Lard
75004
Paris
06 11 28 25 42
Les mardis 13, 20, 27 février, 5, 12, 19, 26 mars à 19h15.

Thème

  • Embarqué sur le Massilia pour rejoindre l’Afrique du Nord où le gouvernement français devait continuer la lutte grâce aux ressources de l’empire, Jean Zay est arrêté, avec Pierre Mendès France et d’autres, puisqu’entre temps, le même gouvernement a préféré s’entendre avec les Allemands sur les conditions de l’armistice et sur la prise de pouvoir d’une faction adepte de la « Révolution nationale ». 
  • Jean Zay, personnalité emblématique du Front populaire, est alors jeté en prison par le régime du maréchal Pétain installé à Vichy à la faveur de la défaite de juin 1940. 
  • Dans ce monologue de l’enfermement, Jean Zay évoque son action politique aux côtés de Léon Blum avec dignité et nostalgie avant le dénouement tragique.

Points forts

  • Un comédien, seul en scène, aux intonations toujours justes, émouvantes mais sans pathos.
  • Une mise en scène sobre et efficace grâce à un ingénieux dispositif de projection d’images d’archives en arrière-plan.
  • Un texte ciselé, qui clarifie les enjeux politiques ainsi que les rouages légaux du crime en train de se commettre en huis clos. 
  • Le monologue convoque d’autres personnages comme les gardiens et surtout le ministre de la justice Joseph Barthelemy en visite dans la cellule de l’ancien ministre du Front populaire dans les bruissements de la vie carcérale.

Quelques réserves

Aucune.

Encore un mot...

  • Planent les ombres du capitaine Dreyfus et d’Edmond Dantès sur l’enfermement de Jean Zay qui entame, dans sa prison, l’exploration de toutes les interrogations et souffrances de l’homme victime d’une flagrante injustice. 
  • En suivant les divers régimes pénitentiaires auxquels il est soumis, de la prison militaire à l’internement où se mêlent politiques et droits communs, se dessine la figure de l’ennemi intérieur, juif, franc-maçon et radical-socialiste, que l’État français persécute avec zèle et en collaboration avec l’occupant nazi. 
  • Le pillage de son appartement parisien, sa mise au ban de la société, son incarcération sans limite ne constituent que les prémices du crime d’État en train de se perpétuer.

Une phrase

«  La voix qui se fait entendre dans “Souvenirs et solitude“ est à ce point sensible et incarnée qu’elle nous permet un retour dans le temps d’une saisissante netteté. Jean Zay nous offre ses yeux, son cœur et son corps pour vivre les déchirures et les retournements de l’Histoire. On y est. Véritablement. 

A la lecture de son ouvrage, j’ai eu le sentiment immédiat de rencontrer une conscience exemplaire, une conscience-repère, une conscience amie me permettant de prendre la mesure de toutes choses. Jean Zay fut l’un des bâtisseurs méconnus du Front Populaire, un fervent démocrate à qui l’on doit nombre d’institutions aujourd’hui piliers de la Vème République, l’un des fondateurs aussi de l’éducation populaire. Il représente la figure-même du serviteur de l’État, portant haut les valeurs citoyennes, un humaniste doué de raison n’ayant d’autre horizon que l’intérêt public. La force de son témoignage est de nous révéler que la vertu de l’homme politique peut coïncider avec celle de l’homme tout court. Grâce à lui, nous pouvons croire en cette merveilleuse cohérence. »

(Note de mise en scène)

L'auteur

  • Le journal de captivité de Jean Zay, Souvenirs et solitude, a été adapté par Xavier Béja, comédien originaire d’Orléans comme le jeune ministre de l’Éducation nationale de Léon Blum dans le gouvernement de Front populaire. 
  • Né à Orléans en 1904, Jean Zay a été élu député radical-socialiste en 1932 puis, sous-secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil en janvier 1936, avant de s’illustrer dans la réforme de l’enseignement : structures, activités dirigées, prolongement jusqu’à 14 ans de l’obligation scolaire, création du CNRS et des bases de l’ENA. Chargé aussi des Beaux-Arts, il crée la Réunion des Théâtres Nationaux, le Musée de l’Homme, le Musée d’Art moderne et celui des Arts et Traditions Populaires, développe la lecture publique, favorise le théâtre populaire, prépare le premier Festival de Cannes, invente les bibliobus, propose un projet de loi sur les droits d’auteurs, soutient la recherche scientifique et pérennise le Palais de la Découverte, organise l’Exposition universelle de 1937. 
  • En juin 1940, il fait partie des parlementaires qui embarquent sur le paquebot Massilia pour constituer un gouvernement en exil en Afrique du Nord. Ils sont arrêtés au Maroc puis condamnés par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand au mépris de toute vérité pour « désertion en présence de l'ennemi. » Alors que son ami Pierre Mendès France parvient à s'enfuir presque aussitôt, Jean Zay est transféré à Marseille puis emprisonné à Riom pendant quatre années, avant d’être enlevé par la Milice et assassiné dans un bois dans l’Allier, à Cusset, le 20 juin 1944. Il meurt à 39 ans.

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