Thêatre-Spectacles

Georges Dandin

De Molière
Scénographie et costumes: Eric Ruf
Mise en scène : Hervé Pierre
Avec Simon Eine, Catherine Sauval, Alain Langlet, Jérôme Pouly, Pierre Hancisse, Noam Morgensztern, Claire de La Rue Du Can, Pauline Méreuze

Infos & réservation

Théâtre du Vieux Colombier
75006 Paris
Tél. : 01 44 39 87 00
http://www.comedie-francaise.fr

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 18 nov . 2014

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Cette "comédie" est inspiré d'un conte du Moyen Age: un riche paysan qui a épousé la fille d'un aristocrate ruiné- voilà un sujet qui correspond fort peu à la réalité sociale du XVII° siècle- n'en finit pas de s'en mordre les doigts...

Points forts

1 Un texte profond, mine de rien, sur les ravages que pouvait exercé l'ambition de devenir noble dans une société bloquée, comme l'était encore, pour l'essentiel, la société française du XVII° siècle.
On vit d'autant plus cette descente aux enfers que George Dandin est parfaitement conscient de son erreur, manifestant, à posteriori, un profond bon sens: "George Dandin, se dit-il à lui-même, où t'es-tu fourré?"; ou encore, s'adressant toujours à lui-même: "Vous avez justement ce que vous méritez".

2 Un texte très profond également sur l'amertume d'une jeune aristocrate qui se voit mariée avec un paysan sans avoir été consultée ni par ses parents ni par le prétendant. Et qui va se venger du mur qu'on oppose à son instinct de vie, n'hésitant pas à afficher devant son époux imposé un langage d'une étonnante modernité: "Je ne veux point mourir si jeune (...) Et je veux jouir des quelques beaux jours que m'offre la jeunesse".

3 Une remarquable mise en scène, associant, ce qui est peut-être le plus difficile, fidélité et respect à l'égard de l'oeuvre et, en même temps, créativité dans son expression. Il faut dire qu'Hervé Pierre, sociétaire de La Comédie Française depuis 2011, n'en est pas à ses débuts dans la mise en scène. On lui doit, entre autres, des représentations d'oeuvres de Fernando Pessoa et Claude Mollet.

4 Une parfaite adéquation de la scénographie, mise au point par Eric Ruf, désormais Administrateur Général de la Grande Maison. Et qui, d'une manière très originale, nous fait "respirer" une ambiance villageoise où la nature est omniprésente.

5 Une direction d'acteurs aussi sobre qu'efficace. La distribution est excellente. Mention spéciale à Jérôme Pouly qui réalise, à travers le personnage de George Dandin, une performance exceptionnelle. Il joue "en dedans", sans jamais forcer, avec une maîtrise dans l'expression de la douleur, une humanité, une vérité qui nous amènent, par moments, à partager carrément sa souffrance; et à accepter assez mal la conclusion de la pièce.

Points faibles

Ils concernent essentiellement l'intrigue:

1 Son déroulement très répétitif, à la fois dans ses étapes et dans les réactions des uns et des autres.

2 Sa conclusion, qui laisse un goût amer, dérangeant, même si l'on n'est pas particulièrement fleur bleue. D'autant qu'en l'occurrence Molière a fait preuve d'un profond réalisme social, décrivant un état des lieux dont on peut comprendre qu'il ait, un peu plus d'un siècle plus tard, débouché sur la Révolution Française.

En deux mots ...

Il y a dans cette pièce particulière de Molière, plus tragédie que comédie, quelque chose qui fait penser à Tchekov, à la fois dans l'analyse des blocages d'une société et ses effets dévastateurs et dans la profonde humanité de certains personnages et leur manière de faire face, comme ils le peuvent; et de tenter de vivre malgré tout leurs passions bridées et les élans élémentaires de la vie.
Vous serez, sans doute, frappé par l'extraordinaire finesse de la scène finale. Qui m'a personnellement fait penser aux réalisation de celui qui, à mon sens, a le mieux mis en scène Tchekov depuis trente ans: Alain Françon.

L'auteur

Quand Molière crée "George Dandin", il a 46 ans. Cette année 1668 est très prolifique pour lui, puisqu'il aura monté également "Amphytrion" et "L'Avare". C'est une pièce de la maturité, Molière ayant déjà derrière lui, entre autres, "L'Ecole des femmes", "Tartuffe", Dom Juan" et "Le Misanthrope". Il mourra cinq ans plus tard, ayant encore créé "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Femmes Savantes" et "Le Malade Imaginaire".

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