Thêatre-Spectacles

Intérieur

Dans l'intimité écrasante de la mort
De Maurice Maeterlinck
Mise en scène : Nazim Boudjenah
Avec Thierry Hancisse, Anne Kessler, Pierre Hancisse, Anna Cervinka

Infos & réservation

Comédie-Française
99 rue de Rivoli Galerie du Carrousel du Louvre
75001 Paris
Tél. : 0144589858
http://www.comedie-francaise.fr
Jusqu'au 5 mars: du mercredi au dimanche à 18H30

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 02 fév . 2017

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Un vieil homme et un étranger qui vient de découvrir une noyée sont là, devant la maison éclairée de la famille de la morte, famille qu'ils voient, à travers les carreaux, partager une veillée sereine.

Ils savent que l'annonce qu'ils ont à leur faire va bouleverser leurs vies. Et ils hésitent à faire le geste fatidique, avant que les gens du village n'arrivent avec le corps.

Points forts

1 Le décor et la scénographie: un décor exceptionnel, réalisé avec des projections d'images, montrant la veillée familiale et, au bas de la colline, le fleuve qui coule. On est là.

2 Le texte, d'une simplicité et d'une profondeur rares, qui nous envoie, en pleine figure, la mort, dans toute sa force et ses incertitudes.

3 Une force décuplée par l'agencement même de ce texte qui, à partir des hésitations premières, de la difficulté à franchir le pas de la porte, amène, pas à pas, les deux personnages et les spectateurs à s'interroger sur leur propre destin.

4 L'interprétation. Thierry Hancisse et Pierre Hancisse sont remarquables dans les rôles du vieillard et de l'étranger.

   J'ai été bouleversé par Thierry Hancisse, dans ce rôle, donc, du vieil homme, lucide et accablé, faible mais généreux. Rôle qu'il interprète presqu''"en dedans", nous amenant à partager intimement son propre cheminement.

Je me demande s'il ne s'agit pas là de la meilleure performance de sa carrière. Ce n'est pas rien...

Points faibles

La mise en scène de Nazim Boudjenah joue beaucoup sur de longs silences.

Certes, c'est très bien d'associer force du texte, économie de gestes et silence pour mieux faire ressortir la gravité de la situation, mais  au bout d'1/4 heure on se dit que les silences prennent trop de place, deviennent encombrants, au point d'amortir, parfois, l'impact du texte.

La représentation dure un peu plus d'une heure. Il y aurait bien dix minutes à récupérer ainsi.

En deux mots ...

1 Personnellement, j'ai rarement ressenti avec autant de force, de manière quasi physique, la présence de la mort sur une scène de théâtre qu'au cours du premier quart d'heure de ce spectacle.

   Vous vivez ce qui est raconté là comme si c'était à vous que l'annonce de la mort de quelqu'un de votre famille allait être faite.

Rien que pour cela, et malgré la faiblesse évoquée plus haut, cette pièce vaut vraiment d'être vue.

2 Curiosité de la programmation théâtrale, les représentations d'"Intérieur" commence à la Comédie-Française au moment où s'achève, au Théâtre de la Colline, les représentations de la remarquable version de "Pelleas et Mélisande", dans la mise en scène d'Alain Bats (cf Culture-Tops, chronique de Dominique Ponce, du 24 janvier).

Plus qu'une coïncidence, il me semble qu'il y a là correspondance avec de nouvelles exigences de notre société, en recherche croissante, mine de rien, et de toutes parts, de l'essentiel, en opposition à un univers du spectacle et de l'immédiateté qui nous laisse démunis face aux grandes interrogations.

Un extrait

- "J'ai peur du silence qui suit les dernières paroles qui annoncent un malheur. C'est alors que le coeur se déchire". 

- " Il faut ajouter quelque chose à la vie ordinaire avant de la comprendre".

-" On ne sait pas jusqu'où l'âme s'étend autour des hommes".

L'auteur

Maurice Maeterlink (1862-1949) est l'auteur, entre autres, de "La Princesse Maleine", "Les Aveugles", "L'Oiseau bleu", "L'Intruse"; et de "Pelleas et Mélisande" dont Claude Debussy s'est emparé pour faire un opéra célèbre.

Prix Nobel de littérature en 1911, Maurice Maeterlink a créé un théâtre de l'insolite, de la magie, de l'incompréhension de l'homme devant l'énigme de la vie et de l'univers; et, toujours ou presque, de l'innocence perdue, dans la découverte de ces interrogations et de ces mystères.

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