Thêatre-Spectacles

Jean Moulin, Evangile

Une très belle icône, dérangeante
De Jean-Marie Besset
Mise en scène : Régis de Martrin-Donos
Avec Arnaud Denis, Sophie Tellier, Chloé Lambert, Laurent Charpentier, Michael Evans, Jean-Marie Besset, Stéphane Dausse, Loulou Hanssen

Infos & réservation

Théâtre 14 - Jean-Marie Serreau
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Tél. : 01 45 45 49 77
http://www.theatre14.fr
Jusqu' au 21 octobre: mardis, vendredis, samedis à 20h30, mercredis et jeudis à 19h - matinée samedi 16h

Lu / Vu par

Danielle Mathieu-Bouillon
Publié le 28 sep . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Pendant la débâcle de juin 1940, à Chartres, le Préfet Jean Moulin entre à 40 ans dans l’Histoire. Son épopée héroïque le conduira, lui homme de gauche, à comprendre que seul le Général de Gaulle est capable avec les français de Londres de pouvoir organiser la libération de la France. 

Jean Marie Besset rend compte avec passion de cette trajectoire hors du commun, de trois années terribles, qui s’achèveront sous les tortures meurtrières de Klaus Barbie.

Points forts

1- Il est indéniable que Jean-Marie Besset est habité depuis longtemps par Jean Moulin. Il en a étudié l’histoire, recherché tous les détails et même rencontré des témoins. Ce qu’il qualifie pourtant de fiction écrite est cependant une pièce de théâtre remarquablement écrite et tout à fait crédible.

2- Dès ses premières entrevues avec les tenants de la Résistance, on sent que ceux-ci ne sont guère enthousiastes face à cet homme si entier et si intransigeant. Les rivalités sous-jacentes sont déjà en filigrane, elles ne feront que croître avec le temps.

3-  Comment ne pas être touché par ce travail souterrain, douloureux, semé d’embûches, de trahisons et de frayeur, de ce jeune préfet de gauche, qui parvient à rencontrer après maintes tribulations, le Général de Gaulle. On n’est pas surpris que ces deux hommes d’exception, par delà leur différence, se comprennent et se fassent confiance. Stéphane Dausse est un Général très crédible.

4- La mise en scène de Régis de Martrin-Donos utilise des armoires symboliquement détentrices de secrets, qui se déplacent pour les changements de lieux des 22 tableaux. Il fait avancer l’action dans une progression dramatique grandissante jusqu’à la fin cruelle que l’on sait. 

On peut saluer la troupe des comédiens, avec une mention particulière pour Laurent Charpentier et pour Chloé Lambert (émouvante et digne Laure Moulin) ainsi que Sophie Tellier.

5- Arnaud Denis fait une fois encore démonstration de son talent et de son charisme, dans sa manière de s’investir totalement dans la situation dramatique du personnage. Il devient Jean Moulin, ce héros sacrifié, désolé d’avoir ainsi passé trois années terribles pour tenter d’unir les forces de la Résistance, sous la direction du Général de Gaulle, sans y parvenir vraiment. Face à son propre sacrifice, à son refus de parler qui entraînera sa mort pour sauver les autres, une sorte de paradoxale dimension christique sublime le personnage. L’émotion régnait dans la salle, lors de ses ultimes sursauts.

Points faibles

Je n'en ai pas noté.

En deux mots ...

C’est un spectacle réussi et courageux. Jean-Marie Besset est aussi un helléniste ; il sait qu’évangile signifie bonne nouvelle, bonne nouvelle d’avoir su rassembler tous les courants, en combattant jusqu’à la mort, pour rendre son honneur à la France. La personnalité de Jean Moulin est bien évoquée. 

Un extrait

« De Gaulle : Chat et chien, c’est ce que nous sommes, n’est-ce pas. Vous du Midi, moi du Nord. Vous athée, moi croyant. Vous le fonctionnaire, moi le militaire ? Vous de gauche, moi de droite. 

Moulin : Mais le chien et le chat sont deux animaux domestiques, réunis dans le même amour de leur maison. Et cet amour, nous le partageons.

De Gaulle : Oui, l’amour de la patrie, nous l’avons tous les deux. Nous sommes des fils de France. » 

L'auteur

Jean-Marie Besset, auteur dramatique, né à Carcassonne, passe d’abord 12 ans entre New-York et la France où ses pièces sont jouées. A partir de 1998, il dirige le Théâtre de l’Atelier, puis devient pour quatre années, en 2010, le Directeur du C.D.N de Montpellier. 

Il a écrit une vingtaine de pièces, dont dernièrement « Je ne veux pas me marier » et « Le Banquet d’Auteuil ». Egalement adaptateur, il fut celui de Michael Frayn, Tom Stoppard, Edward Albee, entre autres. Il reçut le Molière de la meilleure adaptation en 1999 pour « Copenhague » de Michael Frayn.

Deux de ces pièces ont été portées à l’écran «  La Fille du R.E.R » et "Grande Ecole". 

Il fut aussi l’auteur des dialogues de l’ultime film d’Alain Resnay « Aimer, boire et danser ».

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