Thêatre-Spectacles

Le petit-maître corrigé

Un repêchage globalement bienvenu.
De Marivaux
Scénographie: Eric Ruf
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Avec Florence Viala, Loïc Corbery, Adeline d'Hermy, Pierre Hancisse, Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Christophe Montenez, Dominique Blanc, Ji Su Jeong

Infos & réservation

Comédie-Française: Salle Richelieu
Place Colette
Tél. : 0144581515
http://www.comedie-francaise.fr
En alternance, jusqu'au 26 avril

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 16 déc . 2016

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Un pitch très simple, sur lequel vont se greffer des tas de péripéties au gré des sentiments, des vanités et des intérêts des uns et des autres: un jeune marquis parisien, très mondain, doit épouser une jeune aristocrate de province, bien vite décidée à lui faire payer la condescendance avec laquelle il semble la regarder, quand l'action commence.

Points forts

1 Un texte remarquablement agencé, plein de finesse et d'audace:

    - L'intrigue coule de source, sans artifice.

    - Comme à son habitude, Marivaux manie la langue française avec autant d'élégance que de facilité et de simplicité.

    - Là, plus encore qu'ailleurs, il multiplie les "mots", les formules (cf plus bas).

2 Rarement dans le théâtre classique, suivante et valet ont à ce point  occupé la première place. Car, ici, le personnage le plus intéressant c'est, sans doute, Marton, la suivante d'Hortense, la promise. Elle est d'un réalisme, d'une intelligence, d'une effronterie comme on n'en voit même pas chez Molière.

   De ce point de vue, le 3°acte prend des allures d'apothéose. Et, à ce moment,Adeline d'Hermy se hisse vraiment au niveau de son personnage qui en devient truculent d'aisance et d'autorité.

3 Dans la distribution, outre, donc, Adeline d'Hermy (surtout à la fin de la pièce), j'ai personnellement apprécié la dignité malicieuse de Dominique Blanc, dans le rôle de la mère du "petit-maître" et bien mieux servie ici que dans le rôle bien fade qu'on lui avait fait tenir dans "Oncle Vania".

   J'ai été également sensible à l'abattage réjouissant de Florence Viala, dans le rôle d'une allumeuse égarée, qui n'a pas froid aux yeux.

   Et, peut-être, surtout, j'ai été impressionné par la présence et l'humanité de Didier Sandre dans le rôle pourtant assez limité du père de la future épousée. Il donnerait du coeur à une souche...

4 Le décor, de dunes, contribue à rendre la pièce intemporelle et à la "sortir" de son siècle; et, donc, à en souligner la modernité.

5 Tout comme la musique, discrète mais contribuant efficacement à créer une atmosphère qui donne de l'air au texte.

Points faibles

1 Même très bien agencée, l'intrigue est lente à se mettre en place. L'ensemble du texte pourrait bien être "dégraissé" d'1/4 h sur 2h.

2 Pourquoi avoir, du début à la fin, donner au personnage de Rosimond, le petit-maître mondain, un côté aussi ridicule, à travers ses faux éclats de rire et ses pleurnicheries accablées. Comment peut-on tomber amoureuse d'un tel homme ?

3 Pourquoi "assassiner" à la fin le décor par l'emploi de lumières au néon d'une clarté virulente, écrasant tout velléité de tendresse et de poésie ?

En deux mots ...

1 Bravo à Clément Hernieux-Léger d'avoir exhumé cette pièce et à Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française, d'avoir permis son retour au bercail.

2 Second constat, moins agréable: il y a vraiment, aujourd'hui, un problème de très jeune premier à la Comédie-Française. Qui peut, actuellement, y tenir un grand rôle de ce type? Personnellement, je ne vois pas.

3 Puisque cette chronique est consacrée à la "Grande Maison" et que nous sommes en période de cadeaux, je voudrais vous en suggérer un qui bénéficie, à mon avis, du meilleur rapport qualité-prix sur le marché actuel des produits culturels.

   Il s'agit du coffret de 25 DVD volume 2 de la Comédie-Française, rassemblant des pièces de référence et interprétées par une troupe dont l'éloge n'est plus à faire.

   Prix indicatif: 70 euros. 70 euros pour 25 DVD de top-qualité, qui dit mieux ?

Une phrase

Laissons-nous aller à en livrer plusieurs.

 - Frontin, le valet du petit-maître:

            - "La fidélité de Paris n'est pas n'est pas sauvage, c'est une fidélité galante".

            - "On respecte beaucoup ici, c'est la province".

            - "Quel dommage de négliger un coeur si neuf. C'est si rare".

 - Hortense, la promise: "Qu'on ait la modestie de craindre d'aimer en vain".

 - Rosimond, le petit-maître: "Je ne suis pas digne de votre haine".

L'auteur

Marivaux est le dramaturge du 18° siècle le plus joué en France et, pourtant, "Le petit-maître corrigé", présenté deux jours seulement à la Comédie-Française à sa création, en 1734, n'avait jamais été repris depuis.

Commentaires

Helen GREGORI
Le 17 fév. 2018
à 01h28

A propos du Petit- Maître Corrigé de Marvaux .Vu 2 fois au Français.Pièce.Originale et bien montée.

Mais pourquoi ce chantier et ces néons en fond de scène ? Enlevant toute poèsie à ce décor original, rupestre et libertin dans l 'esprit XVIII.

Un rappel à l'ordre ? Un regard intemporel? Ou une frise sur fond contemporain?Quelque soit soit l'idée, elle est génante et inapropriée...

jr huguenin
Le 07 avr. 2018
à 23h09

Bravo ! 100% d'accord mais en conclusion je mets 4 étoiles et pas 3

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