Thêatre-Spectacles

Le Roman de Monsieur Molière

Molière au plus près et sans détour: passionnant!
De Mikhaïl Boulgakov
Adaptation de Ronan Rivière
Mise en scène : Ronan Rivière
Avec Ronan Rivière et Michaël Cohen, Olivier Mazal (au piano)

Infos & réservation

Le Ranelagh
5 rue des Vignes
75016 Paris
Tél. : 0142886444
http://www.theatre-ranelagh.com
Jusqu'au 14 janvier 2018: mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h.

Lu / Vu par

Françoise Boursin
Publié le 16 oct . 2017

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

C’est la vie de Molière. Son enfance, auprès de son père tapissier du Roi, puis ses débuts de comédien avec la troupe de l’Illustre Théâtre, les déboires, les échecs, et les succès de ses farces jouées après les tragédies qui ennuient le public. Puis c’est l’ascension, avec la protection du prince de Conti, de Monsieur, frère du Roi et du Roi lui-même. Mais les nuages s’amoncellent avec les interdictions de « Tartuffe", les difficultés de "Dom Juan", les infidélités de sa jeune femme Armande Béjart, la maladie et l’épuisement, jusqu’à la mort, à la quatrième représentation du "Malade Imaginaire". 
Le récit est mêlé à des scènes de Molière et à des morceaux de Lully.

Points forts

1) La pièce est pleine de vie, de drôlerie, d’enthousiasme et d’amertume. On suit bien la carrière de Molière avec ses hauts et ses bas, les moments de gloire et les périodes sombres.

2) L’alternance du texte de Boulgakov, dit par le narrateur, de Molière et de la musique de Lully offre une impression d’explosion joyeuse: «"Quand on vient d’en rire, on voudrait en pleurer », comme le disait Musset.

3) Les acteurs sont remarquables: 
- Ronan Rivière campe un Molière éblouissant, plein de nuances et de sensibilité en même temps que d’enthousiasme et de souffrance. 
- Michaël Giorno-Cohen joue un nombre incroyable de personnages tout en restant crédible. 
- Et Lully apporte des temps de repos musical dans ce tourbillon.

4) Le décor, représenté par une carriole, tirée par un maigre cheval, et un fauteuil, représente à merveille la vie itinérante de Molière avec ses bonnes et mauvaises fortunes. 
Le fauteuil, c’est à la fois l’institution (le Prince de Conti ou Monsieur,) mais aussi le fauteuil de son dernier rôle dans "Le Malade imaginaire".

5) Ce spectacle est un régal pour ceux qui connaissent Molière et son théâtre; mais c’est aussi un très agréable divertissement pour des enfants et adolescents qui ne le connaissent pas encore bien.

Points faibles

Pour une fois, je n’en vois pas...

En deux mots ...

C’est un spectacle éblouissant- j'ose employer le mot..., plein d‘action et de vérité. On ne s’ennuie pas une seconde et on pénètre intimement dans l’univers de Molière et la société du XVIIème siècle.

Une phrase

La critique de l’hypocrisie dans "Dom Juan":

- Sganarelle: « Quoi? vous ne croyez en rien du tout et vous voulez cependant vous ériger en homme de bien?

- Dom Juan: "Et pourquoi non? Il y en a tant d’autres, comme moi, qui se mêlent de ce métier, et qui se servent du même masque…il n’y a plus de honte maintenant à cela: l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus."

L'auteur

Aîné d’une fratrie de six enfants, Mikhaïl Boulgakov naît à Kiev en 1891 d’une famille d’Orthodoxes pratiquants, passionnés de musique et de théâtre. Il s’oriente d’abord  vers la médecine, passe son diplôme de médecin en 1916 et, la guerre ayant éclaté, se voit affecté successivement dans divers hôpitaux de province. C’est là qu’il commence à écrire, notamment Carnets d’un jeune médecin.

La guerre, l’avancée des bolchéviks, les crimes antisémites servent de toile de fond à certains de ses romans tels La garde blanche, La Couronne rouge. A partir de son installation à Moscou et jusqu’en 1925, il multiplie les petits emplois, tout en écrivant des nouvelles et des articles sur la guerre civile mais aussi des récits humoristiques pour divers journaux. Dès cette époque, il est considéré comme un écrivain « bourgeois » et ses écrits, passés au crible de la censure, sont rarement publiés in extenso.

A partir de 1925 Boulgakov commence à écrire pour le théâtre. Naîtront l’adaptation de La Garde blanche rebaptisée Les jours des Tourbine, L’Appartement de Zoïka, La Fuite, L’Ile pourpre et surtout Le Maître et Marguerite, sa pièce la plus connue où se mêlent le tragique, le comique et le fantastique. Ses pièces sont jouées, appréciées par le public mais, la plupart du temps, très vite censurées par le gouvernement soviétique. 
Maxime Gorki lui demande d’écrire une biographie de Molière : l’éditeur exige une refonte complète de l’ouvrage, que Boulgakov refuse. L’ouvrage ne sera pas édité de son vivant.

Boulgakov s'est marié trois fois: en 1908 avec Tatiana Lappa, en 1925 avec Lioubov Evguenievna Biolzerskaïa, en 1929 avec Elena Sergueievna Chilovskaïa, qui sera son modèle pour Marguerite dans Le Maître et Marguerite et dont il se séparera quelques années plus tard…

Proche de grands écrivains de son époque comme Anna Akhmatova, Gorki ou Zamiatine qui le défendent auprès de Staline, à la fois protégé et étouffé par le chef d’Etat, Boulgakov écrit maintes fois à ce dernier pour lui demander l’autorisation d’émigrer. Le 17 avril 1930, il reçoit un appel téléphonique de Staline et, au lieu de réitérer son souhait de quitter le pays (peut-être intimidé ou surpris par cet appel) il accepte la proposition de Staline de postuler auprès du Théâtre d’Art où effectivement il est embauché. Plus tard, Mikhaïl Boulgakov s’en voudra amèrement de ne pas avoir saisi cette occasion de quitter l’URSS car ses prochaines requêtes auprès de Staline n’aboutiront jamais.

Il meurt en 1940, à seulement 48 ans.

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