Thêatre-Spectacles

Les Enfants du silence

De Mark Medoff
Adaptation française de Jean Dalric et Jacques Collard
Mise en scène : Anne-Marie Etienne
Avec Catherine Salviat, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Laurent Natrella, Nicolas Lormeau, Elliot Jenicot, Anna Cervinka

Infos & réservation

Comédie-Française
Théâtre du Vieux Colombier
75006 Paris
Tél. : 0144398700
http://www.comedie-francaise.fr
Jusqu'au 17 mai

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 27 avr . 2015

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

A travers une histoire d'amour entre Jacques, orthophoniste, et Sarah, qui a choisi de devenir femme de ménage dans l'Institut où elle a été élève, cette pièce développe trois grands thèmes:
- la place des sourds et mal entendants dans notre société, et l'accueil qui leur est réservé.
- leur volonté ou non d'être traités comme les autres et d'entrer en communication avec eux.
- la capacité de l'amour à surmonter les différences d'âge, de niveaux professionnels et d'idées.

Points forts

1 Bien entendu, il convient de saluer la performance technique des comédiens, qui semblent maîtriser, avec une parfaite assurance, le langage des signes.

2 On assiste à une pièce de théâtre mais ce qui domine, c'est l'impression que l'on est dans la vraie vie, que l'on entre dans l'existence de ces personnages qui sont sur scène, qu'on pourrait être un parent, un ami.

3 Ce petit miracle de l'authenticité d'un texte est soutenu par un découpage très rythmé, en scènettes courtes, du moins dans les deux premiers tiers de la pièce.

4 Soutenu également par une mise en scène très sobre.

5 Par un décor assez froid et très habilement mobile.

6 Par des jeux de lumière d'une subtilité saisissante.

7 Et, surtout, par une interprétation collective qui fait, une fois de plus, honneur au Français.

J'ai été particulièrement frappé par le jeu de Laurent Natrella, dans le rôle de Jacques, l'orthophoniste. Il est "là", d'une simplicité désarmante, avec une vitalité et une authenticité dont on s'étonne qu'elles ne parviennent pas, à elles seules, à renverser plus vite des montagnes.

Points faibles

Jean Dalric et Jacques Collard ont réalisé un remarquable travail d'adaptation et d'élagage du texte. Mais ils auraient sans doute pu élaguer encore plus dans toute la dernière partie, où s'étalent les revendications institutionnelles virulentes de certains sourds à l'égalité et à la différence.
Ceci est peut-être socialement et politiquement compréhensible mais ça vient "plomber" tout le processus, si magistralement agencé jusque là, de la construction d'un couple, dans la découverte progressive de l'autre et la progression de soi, à travers l'acceptation des différences de cet autre. Il y a là, à mon sens, un bon quart d'heure de trop.

En deux mots ...

1 Pourquoi ne pas le dire, j'ai personnellement vécu cette pièce comme une sorte d'exercice initiatique dont j'avais l'impression qu'il allait enrichir ma perception du monde et de la vie. Ce n'est pas rien...

2 Qu'il soit permis de souligner l'élégance de la Comédie-Française, temple de la langue parlée, de donner aussi magistralement sa place à la langue des signes, utilisée aujourd'hui en France par 100000 personnes.
Une manière de relayer l'effet de sympathie qu'a suscité "La Famille Bélier".
Sans qu'il y ait, de mon point de vue, à faire de procès d'intention au Français de ne pas avoir engagé de sourds pour tenir les principaux rôles.

Une phrase

Qui seront deux:
- "Etre sourd, c'est un silence rempli de bruit".
- " Mes yeux sont mes oreilles".

L'auteur

Mark Medoff est un auteur américain à qui on doit une trentaine de pièces. Mais c'est "Les Enfants du silence", pièce créée en 1980, qui l'a rendu célèbre.
C'est une oeuvre qui a porté chance à ses interprètes féminines, soit au théâtre, soit au cinéma dans l'adaptation qui en a été faite par Randa Haines, en 1986, avec dans les rôles principaux William Hurt et Marlee Matlin qui devint, grâce à ce film, la plus jeune comédienne à remporter l'Oscar de la meilleure actrice.
Et, en 1983, lors de l'adaptation théâtrale en France, la comédienne Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçut le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation du rôle de Sarah.

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Une pièce initiatique qui ne laisse pas indemne.

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