Thêatre-Spectacles

L'éveil du printemps

La Comédie Française dans ce qu'elle fait de mieux
De Franck Wedekind
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Avec Michel Favory, Cécile Brune, Eric Génovèse, Alain Lenglet, Clotilde de Bayser, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez, Rebecca Marder, Pauline Clément

Durée: 2h40 sans entracte

Infos & réservation

Comédie Française: Salle Richelieu
Place Colette
75001 Paris
Tél. : 0144581515
http://www.comedie-francaise.fr
Jusqu' au 8 juillet

Lu / Vu par

Danielle Mathieu-Bouillon
Publié le 26 avr . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Dans une société stricte et pudibonde, l’action se focalise sur les tribulations de trois jeunes adolescents, Wendla, Melchior, Moritz, aux prises avec leurs émois, leurs pulsions sexuelles, vécues avec innocence ou perversité, sans pouvoir s’en expliquer avec des adultes. De cette incompréhension naîtra la tragédie.

Points forts

1- Le début de la pièce réunit la jeune Wendla -exquise Georgia Scalliet - et sa mère - excellente Cécile Brune - qui lui a fait une robe, car elle a grandi. D’une manière délicieuse, Wendla obtient de remettre sa robe de petite fille. A la fin, quand sa mère comprendra que sa pudeur, sa difficulté à répondre aux questions de sa fille, a détruit son enfant, elle sombrera. 

2- L’auteur aborde frontalement et sans tabou le thème de l’éveil de la sexualité. Clément Hervieu-Léger en donne la version intégrale. Il dirige ses acteurs avec force et sensibilité. Les costumes de Caroline de Vivaise sont très beaux; ils apportent des couleurs un peu printanières dans l’immense décor complexe, beau mais froid, de Richard Peduzzi.

3- Comment ne pas saluer l’excellence de la troupe dans ces rôles divers et variés. J’insisterai sur les qualités infinies de la mère de Melchior, Clotilde de Bayser, remarquable et émouvante, superbe dans sa robe verte. J’ai trouvé très intéressante l’idée de faire jouer l’inconnu mystérieux de la fin par Eric Génovèse, qui incarne également le père de Melchior.

Points faibles

Le spectacle aurait peut-être gagné à être un peu raccourci.

En deux mots ...

Un très beau spectacle avec de grands acteurs et des jeunes particulièrement sensibles et convaincants (Georgia Scalliet et Sébastien Pouderoux). La pièce met en scène une société incapable de répondre aux questions des enfants sur l’éveil de leur sexualité. Elle nous interroge aussi sur ce qui se passe aujourd’hui. Une pièce forte qui prête à réfléchir, comme souvent le vrai Théâtre.

Un extrait

Melchior : Pourquoi me regardes-tu si étrangement ?

Moritz : Les as-tu déjà ressenties ?

Melchior : Quoi ?

Moritz : Comment tu disais ?

Melchior : Les excitations mâles ?

Moritz : Euh…

Melchior : Bien sûr !

Moritz : Moi aussi.

L'auteur

Frank Wedekind, (1864-1918) est un dramaturge allemand. Fils d’un médecin et d’une actrice, il fait ses études à Munich et Zurich. Précurseur de l’Expressionnisme, son œuvre est influencé par Ibsen, Nietzsche et Strindberg ; elle aura aussi des influences sur celle de Freud. Son théâtre aborde sans pudeur les tabous sexuels. Sa pièce « L’Eveil du printemps » dont le sous-titre est « Tragédie enfantine »,  achevée en 1891, n’est montée qu’en 1906 par Max Reinhardt, grande figure novatrice du théâtre allemand. Son théâtre défie la bourgeoisie dans un dessein d'émancipation face aux interdits. Il est l’auteur du personnage de « Lulu » dont s’inspirera Alban Berg pour son opéra éponyme.

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