Thêatre-Spectacles

Othello

De William Shakespeare
Par la troupe de la Comédie-Française
Mise en scène : Léonie Simaga
Avec Bakary Sangaré (Othello), Elsa Lepoivre (Desdémone), Nâzim Boudjenah (Iago).

Infos & réservation

Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux-Colombier
75006 Paris
Tél. : 0144398700/01
http://www.comedie-francaise.fr
Jusqu'au 1°juin

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 08 mai . 2014

Recommandation

3,0BonBon

Avec quelques moments, au début et à la fin, de grand théâtre.

Thème

Quand la haine manipulatrice d'un homme, Iago, peut compromettre l'épanouissement d'un grand amour et provoquer l'irréparable entre un général en chef maure de la république de Venise, Othello, et la fille d'un grand patricien vénitien, Desdémone.

Points forts

1 La première partie de la pièce, la partie vénitienne, est vraiment impressionnante. On pénètre dans les entrailles du mal. Avec le choc immédiat de la force du texte de Shakespeare qui va à l'essentiel, sans fioritures, de manière crue. Le tout renforcé par les lumières sombres, les effets sonores, un décor de ruelle étroite, ressemblant à une nef gothique mais qui, compte tenu de l'intrigue, prend des allures de gorge de l'enfer.

2 Avec sa carrure, sa voix de stentor noir et sa manière solennelle de se déplacer, Bakary Sangaré hisse, dès le début de la pièce, le personnage d'Othello du tragique à l'épique. Avec lui, il y a, dans cette première partie, de l'absolu dans l'air.

3 Nâzim Boudjenah réussit une performance exceptionnelle dans le rôle de Iago. Avec des airs de trublion dans le feuilleton "Plus belle la vie", mine de rien il "aspire" petit à petit la pièce vers lui et en fait ressortir admirablement la principale force : être l'occasion d'un compagnonnage quotidien, familier et presqu'intime avec le développement d'une démarche de mal, délibérément, patiemment, méthodiquement mise en oeuvre. Lorsque l'on se rend compte de cette familiarité avec une turpitude à l'expression souvent tranquille, ça donne des frissons.

4 Elsa Lepoivre s'en tire bien dans le rôle délicat de Desdémone, aussi généreuse que naïve. Grâce à elle, vous vivrez un grand moment de théâtre, lorsqu'avant de s'allonger sur le lit où elle va mourir, elle fait pendant quelques minutes le tour de sa chambre en murmurant une chanson associée à un événement tragique. Extraordinaire moment d'expression de ce que la féminité, dans ce qu'elle a de  plus noble,peut avoir de lien avec l'absolu.
 

Points faibles

1 Ce n'est sans doute pas l'une des meilleures pièces de Shakespeare :
      - à la différence de ce qui se passe dans "Roméo et Juliette", on ne perçoit que très rarement, lorsqu'Othello et Desdémone sont ensemble, qu'ils vivent réellement un grand amour.
      - le passage, chez Othello, de l'adoration à la jalousie meurtrière se fait vraiment de manière trop rapide. Emilia, la femme de Iago, remarquablement interprétée ici par  Céline Samie, n'a pas tort de traiter ce grand chef de guerre de "ridicule benêt".

2 Autant dans la première partie, Bakary Sangaré donne au personnage d'Othello une ampleur que je n'avais jamais observée jusqu'à présent, autant, à partir du moment où, après son arrivée à Chypre, Othello craque, la manière de Bakary Sangaré de se mouvoir alors, comme une sorte de pantin désarticulé, souvent avachi, fait qu'on a encore plus de mal à trouver des excuses à Othello dans son itinéraire bien niais pour un homme supposé avoir une grande envergure.

En deux mots ...

1 Des quatre Shakespeare vus à la Comédie-Française depuis un peu moins d'un an et demi, je dirai que cet "Othello" est au-dessus de l'"Hamlet", relativement bon, mis en scène par Dan Jemmet, avec un Podalydès pas au mieux de sa forme. Mais un peu au-dessous de la très bonne version du "Songe d'une nuit d'été", proposée par Muriel Mayette-Holz et du surprenant et remarquable "Troïlus et Cressida", présenté début 2013 pour le retour de la troupe Salle Richelieu.

2 Ceci étant, à mon avis, le grand événement Shakespeare, à Paris, depuis un an et demi, c'est le "Macbeth" mis en scène par le tout jeune Arny Berry au Théâtre 13. Une merveille.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.