Thêatre-Spectacles

Rabbit Hole- Univers parallèles

Un bon cocktail d'intelligence, de gravité (beaucoup) et d'humour (un peu)
De David Lindsay-Abaire
Adaptation : Marc Lesage
Mise en scène : Claudia Stavisky
Avec Julie Gayet, Patrick Catalifo, Lolita Chammah, Christiane Cohendy , Renan Prevot.

Infos & réservation

Théâtre des Bouffes-Parisiens
4 rue Monsigny
75002 Paris
Tél. : 01 42 96 92 42
http://www.bouffesparisiens.com
Du mardi au samedi, 21h. Dimanche, 15h. Jusqu'au 31 mars

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 09 mar . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Elle se prénomme Becky, elle plie du linge. Des vêtements d'enfant. Toute agitée, sa sœur Izzy lui raconte avoir frappée une femme, on comprend que c'est l'épouse de l'homme avec qui elle vit à présent- elle annonce également qu'elle est enceinte... 

Becky est sombre, on en comprend vite les raisons : voilà huit mois, Danny, son fils de 4 ans, est mort, renversé par une voiture alors qu'il courait après le chien Taz qui s'était échappé. Elle voudrait gommer, dans cette maison, tout ce qui lui rappelle l'enfant, la vie d'avant. 

Il se prénomme Howard, le mari de Becky, le père de Danny; il veut garder la maison en l'état, comme avant. Surtout, la chambre de leur enfant. Le couple tente de survivre au drame de la disparition. Vendre la maison, commencer une nouvelle vie ? Rester dans cette maison avec les souvenirs ? 

Il y a aussi la mère de Becky et d'Izzy; elle veut bien faire, elle fait des gaffes... 

Il y a aussi ce garçon, jeune. Il surgit dans la maison, a écrit une nouvelle de science-fiction, parle de « rabbit hole », le terrier du lapin mais aussi, en astronomie, le trou noir qui mène à des univers parallèles. Il souhaite parler à Becky et Howard, alors que celui-ci ne veut pas le voir. Becky le rencontre, l'écoute. C'est lui qui a renversé Danny, il avait son permis depuis peu, il ne roulait pas très vite, peut-être un ou deux kilomètres au dessus de 30 km/heure...

 

Points forts

  • Formidable de précision psychologique, de choses vues et ressenties, le texte de David Lindsay-Abaire (dans une belle adaptation de Marc Lesage) développe les thèmes de la résilience et de la culpabilité avec un art quasi chirurgical.
  • Une thématique violente -comment survivre à la disparition d'un enfant, de son enfant ?-,sans jamais sombrer dans le pathos.
  • La mise en scène de Claudia Stavisky joue le dépouillement tout en se servant, pour le décor, des ombres chinoises et de la video sur les murs de la maison.
  • Cinq acteurs du meilleur niveau avec, dans le rôle de Becky, une Julie Gayet, toujours juste; on ne l'avait pas vue au théâtre depuis 1996. Dans les habits d'Howard, Patrick Catalifo alterne légèreté et intensité sans jamais dépasser la frontière qui le ferait plonger dans le ridicule. Enfin, mention spéciale à Renan Prevot, qui joue l'ado responsable de l'accident, délicatement fragile et mystérieux...

Points faibles

  • S'il faut trouver un point faible, on dira que les murs de la maison feront penser, à certains spectateurs, à un décor de sitcom télé...

 

En deux mots ...

Ce pourrait  être un moment tout empli de pathos ou encore de sentimentalisme. Il n'en est rien. Voilà une pièce intelligente, mêlant la gravité (beaucoup) et l'humour (une pointe). Une pièce servie par un casting très haut de gamme. Du théâtre qui interroge et bouleverse.

L'auteur

Né le 30 novembre 1969 à Boston, David Lindsay-Abaire est un dramaturge, parolier et scénariste américain. Après des études à la Milton Academy, il suit les cours de théâtre au Sarah Lawrence College à Yonkers, New York et en sort diplômé en 1992. Ensuite de 1996 à 1998, il fréquente la Juilliard School où il peaufine son apprentissage de l'écriture dramatique sous la tutelle de Marsha Norman et Christopher Durang. Il connait son premier succès au théâtre en 1999 avec sa deuxième pièce : « Fuddy Meers », avec Sarah Jessica Parker. Viendront ensuite « Kimebrly Akimbo » (2000), « Dotting and Dashing » (1999), « Snow Angel » (1999)... 

En 2006, est créée à Brodway « Rabbit Hole », la pièce qui lui vaudra le prix Pultizer 2007, catégorie théâtre, et dont il signera le scénario pour le film réalisé en 2011 par John Cameron Mitchell avec Nicole Kidman, laquelle produira le film.     

Parmi ses autres écrits : le livret de la comédie musicale « High Fidelity » (2006), ou encore le livret et les paroles des chansons de « Shrek the Musical », jouée à Broadway pour 441 représentations du 8 novembre 2008 au 3 janvier 2010...

Pour le cinéma, David Lindsay-Abaire a écrit six scénarios, dont « Robots » (2005) de Chris Wedge, « Inkheart » (2008) de Iain Softley ou encore « Oz the Great ant Powerful » (2013) de Sam Raimi.

 Habitant Brooklyn, avec sa femme Christine, il est depuis 2016 co-directeur du Lila Acheson Wallace American Playwrights Program de la Juilliard School.

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