Thêatre-Spectacles

Sang négrier

Chasseurs blancs, âmes noires
De Laurent Gaudé
Mise en scène : Khadija El Mahdi
Avec Bruno Bernardin

Infos & réservation

À la Folie Théâtre
Tél. : 01 43 55 14 80
http://www.folietheatre.com
Jusqu’au 30 mai 2019, le jeudi à 19h00

Lu / Vu par

Jean Ruhlmann
Publié le 12 avr . 2019

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Sous l'Ancien Régime, le commerce triangulaire d'esclaves noirs a fait la fortune de quelques ports français. Mais à un prix que la pièce de Laurent Gaudet exprime avec une force bouleversante, sans pathos. Un carnaval macabre, une pièce coup de poing. 

Thème

• Au temps de la monarchie et du commerce triangulaire, le nouveau capitaine d’un navire, parti de Gorée chargé d’esclaves, se déroute vers Saint Malo pour déposer la dépouille mortelle de son prédécesseur.

• Une fois dans le port français, une partie de la cargaison de « bois d’ébène » parvient à s’échapper. Les uns sont rattrapés, mais les cinq qui manquent encore à l’appel sont impitoyablement traqués et promis à la mort par une population malouine déchainée.

• Alors que le comble de la dégradation de l’âme humaine est atteint, chasseurs et chassés intervertissent leur rôle … On est en plein carnaval macabre.

Points forts

• C’est un conte captivant de bout en bout, servi magnifiquement par un Bruno Bernardin halluciné en capitaine à la dérive. Au-delà du récit, on aperçoit des thématiques sous-jacentes qui lui donnent toute sa force : ainsi l’évasion d’esclaves jusque là soigneusement dissimulés met-elle à jour l’imprégnation et l’avilissement des âmes de ces hommes et de ces villes ayant vécu du commerce des êtres humains.

• Le texte, qui résonne avec la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, et même The most dangerous Game (Les chasses du comte Zaroff, 1934), est servi par un décor dont l’économie de moyens rend encore plus saisissantes la mise en scène et l’interprétation : là une palette se transforme en joug ; quelques planches mal ajustées font office de coque et de bastingage ; des loques habillent alternativement et de manière crédible un officier de marine, un aristocrate maniéré, ou une épave humaine gagnée par la folie.

Points faibles

La pièce se donne dans “la petite Folie“, une salle en gradins assez inconfortable, pleine à craquer de surcroît. Mais l’on oublie vite ce désagrément. 

C’est le seul reproche que l’on puisse faire à ce spectacle et encore faut-il le relativiser, si l’on songe à ce qu’endurèrent les Africains captifs entassés à fond de cale durant la traversée de l’Océan….

En deux mots ...

Chasseurs blancs, âmes noires.

Un extrait

« Je suis fou à lier, mais je n’oublie rien de ce qui me fit chavirer. »

L'auteur

Laurent Gaudé (1972 -) est auteur, depuis 2001, d’une dizaine de romans, mais aussi de nouvelles et d’ouvrages pour la jeunesse ; il est également photographe. La mort du roi Tsongor et Le Soleil des Scorta sont ses œuvres les plus connues, récompensées par le Goncourt des lycéens pour le premier (2002) et le Goncourt pour le second (2004). 

Il écrit pour le théâtre depuis 1999, et Sang négrier provient des quatre nouvelles qui composent Dans la Nuit Mozambique (Actes Sud, 2007).

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