Thêatre-Spectacles

Veillée de famille

Une névrose familiale assez carabinée, mais peu originale
De Gilles Gaston-Dreyfus
Mise en scène : Gilles Gaston-Dreyfus

Infos & réservation

Théâtre du Rond-Point
Tél. : 01 44 95 98 21
http://www.theatredurondpoint.fr
Jusqu'au 7 avril 2019, tlj. sauf lundi, 21 h, le dimanche 15h30

Lu / Vu par

Jean Ruhlmann
Publié le 29 mar . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Alors qu’à l’étage de la maison familiale, leur mère n’en finit pas de mourir, les trois enfants - Guillaume, Yvan et Jeanne - se retrouvent en cuisine et font face - chacun à leur manière et rarement ensemble - à l’inéluctable décès qui s’annonce. Mais ce qu’ils appréhendent surtout, c’est d’être laissés, désormais sans filtre, les uns en face des autres… Bienvenue dans une névrose familiale assez carabinée !

Points forts

• Le propos de la pièce, on l’a compris, porte moins sur la mort annoncée d’une vieille mère malade que sur les relations potentiellement explosives au sein d’une fratrie, relations qui tiennent au mélange de complicité et de crispation résultant d’une enfance vécue ensemble.

• Le texte met l’accent de manière souvent judicieuse et cocasse sur ces rôles soigneusement construits et endossés par les uns et les autres au cours de l’enfance, mais aussi sur le côté dramatique de divers empêchements, ainsi la difficulté, une fois adulte, de sortir desdits rôles, de parler de soi  en sincérité, lors même que l’on se comprenait à demi-mot…

• La présence obsédante de la mère et de son agonie se rappelle au (bon ?) souvenir de tous par l’utilisation judicieuse d’un engin des plus ordinaires – ce simple babyphone branché dans la chambre de la mourante – et aux effets théâtraux assez intéressants.

Points faibles

• Les difficultés au sein d’une fratrie est un thème à la fortune certaine, depuis Un air de famille (1996), orchestré avec succès par le trio Bacri-Jaoui-Klapish. Mais il n’est pas exempt de chausse-trappe, notamment dans la peinture des caractères des protagonistes : ici, l’on est en présence d’un aîné (Guillaume) nécessairement écrasant, d’un cadet (Yvan) forcément écrasé, et d’une puinée (Jeanne), protectrice de sa mère et en révolte ouverte contre le premier. Le moins que l’on puisse dire est que cela manque sinon de nouveauté, du moins de subtilité…

• Si l’interprétation du fils aîné par Gilles Gaston-Dreyfus est assez incisive et jubilatoire, peut-on en dire autant des autres rôles ? Dominique Raymond adopte un ton et des postures forcées, carrément ridicules quand Jeanne pose à la gamine empruntée ; de son côté, Stéphane Roger tombe facilement dans la parodie du “gros bébé boudeur“, avec une crise d’hystérie involontairement comique.

• Le texte, enfin, esquisse quelques pistes sur les à-côtés de la relation triangulaire (relations de couple, avec leurs propres enfants, lesbisme de Jeanne…) dont il n’est pas tiré un grand parti dans la pièce; des secrets de famille paraissent un peu téléphonés (Jeanne serait devenue lesbienne après avoir été abusée par un vagabond dans sa jeunesse).

En deux mots ...

Les relations à couteaux tirés au sein d'une fratrie: voilà une situation dans laquelle tout un chacun peut se reconnaître et se positionner...à ceci près que cette "Veillée de famille" l'aborde de manière un peu trop schématique et l'interprète de manière inégale.

Un extrait

Guillaume : « … Maman avait déballé les bols, ici, sur cette table, je m’en souviens très bien, elle nous avait demandé la couleur que l’on préférait : Jeanne avait pris le rouge, moi le vert et toi le jaune.

Jeanne : Oui, moi c’était le rouge.

Yvan : Pourquoi j’avais pris le jaune ?

Guillaume : Je n’en sais rien. Parce que tu préférais le jaune, j’imagine…

Yvan : Je n’ai jamais aimé le jaune.

[…]

Jeanne : Je ne me souviens pas lequel de vous a choisi quelle couleur, mais moi, c’était le rouge. »

L'auteur

• Gilles Gaston-Dreyfus est tout à la fois auteur, metteur en scène et comédien.

 Acteur, il montre une prédilection pour les films d’Albert Dupontel (Neuf mois ferme, 2013 ; Au revoir là-haut, 2017).

Comédien, il travaille régulièrement sous la direction de Sophie Perez depuis 2005 (Laisse les gondoles à Venise), et de Bernard Murat (L’éloignement, 2009 ; Comme s’il en pleuvait, 2012).

• Veillée de famille est le troisième de ses textes qu’il met en scène, après Mon ami Louis (2013) et Couple (2016).

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