Ahouvi

L’amour trentenaire
De
Yuval Rozman
Mise en scène
Yuval Rozman
Avec
Stéphanie Aflalo, Roxanne Roux, Gaël Sall et les chiens Yova ou Epops (en alternance)
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin-Roosevelt
75008
Paris
01 44 95 98 21
7 au 25 novembre, salle Jean Tardieu. Du mardi au vendredi 19h30. Samedi 18h30 Dimanche 15h30

Thème

  • Virgile, photographe, vient de Marseille et Tamar, actrice israélienne, a grandi aux Buttes-Chaumont. Peu après les attentats du Bataclan, le couple, formé grâce à une application de rencontre, s’emballe et se déchire en l’espace de cinq années de vie commune. 
  • À travers leurs disputes incessantes s’élabore une théorie de l’amour révélatrice des dilemmes et contradictions des jeunes gens de notre époque, marquée par la violence politique. 
  • En effet, les grandes espérances ne coïncident pas avec la routine de la vie à deux. Un ensemble de qualités et d’attentes semble requis pour adhérer aux manifestations obligatoires du sentiment amoureux. À défaut, l’équilibre des relations est sans cesse remis en cause. Seul le chien Yoba, objet d’amour véritable aussi bien qu’ersatz d’enfant, échappe à la continuelle évaluation et capte toute l’affection. 
  • Parabole de l’attachement à l’heure du numérique et du terrorisme, l’amour n’échappe pas aux contraintes du marché, et peine à s’inscrire dans le temps long.

Points forts

  • Une mise en scène originale, portée par d’excellents comédiens, qui rend bien compte de l’état d’exaltation des premiers élans amoureux : l’amour se chante et se danse, avec une pointe d’humour, au moins dans ses débuts…
  • Tour de force, Yoba, le chien, considéré comme un comédien à part entière, tient une place considérable dans l’intrigue, où il fait non seulement figure de ciment du couple mais participe également au trio amical.
  • Les attentes déçues forment un fil rouge dans les dialogues et servent d’intrigue comme un négatif pour une pellicule photographique. La violence des rapports se lit, dans le langage, à travers des tensions suivant une hiérarchie qui mène à l’escalade jusqu’au point de non-retour. 
  • Une violence ménagère qui se manifeste par des éclats, résume finalement l’odyssée d’un couple déséquilibré, embourbé dans un bras de fer permanent.

Quelques réserves

  • Une certaine trivialité dans les dialogues, qui oscillent entre poésie et scatologie, ce qui vient parasiter le motif principal où se devine l’inspiration autobiographique. 
  • Aucun cliché sur le couple n’est évité, comme par exemple l’homme qui aime mieux son chien que sa compagne. Même la meilleure amie, une “ex“ de Virgile, ou encore les destinations des voyages n’échappent pas au caractère convenu des comportements.
  • Un discours moralisateur sur la thérapie de couple ou la séparation comme issue à l’aporie amoureuse laisse une impression d’inachevé dans le propos. 
  • L’intrigue perd progressivement en intensité dès qu’elle s’installe dans le flou de la séparation qui devient une colocation. Le récit, fragmenté, s’installe alors dans le tragico-burlesque. La mise en scène se languit dans la fausse mort de Virgile et la veillée mortuaire fictive, chant du cygne du spectacle. La distance du début manque à la fin.

Encore un mot...

  • L’éducation sentimentale de la génération trentenaire finit-elle par ressembler au monde qui l’entoure ? La légèreté des premiers contacts semble rapidement laisser la place à la pesanteur des projets non aboutis, car non formulés, parce qu’il s’agit de cocher des cases.
  • Si l’amour tient une fonction sociale dans un vaste marché de l’offre et de la demande, régi par d’obscures lois, les protagonistes ne font que s’y conformer et trainent dans l’ennui des aspirations et des interrogations impossibles à satisfaire. Comme un menu déroulant, il s’agit de choisir les options offertes par le partenaire selon des critères variables, au gré des humeurs, de l’horloge biologique et des angoisses de chacun. 
  • Sans optimisme, le couple se consume ainsi dans le reproche perpétuel, chacun ayant entrepris de changer l’autre. L’amour se résume finalement à regarder ensemble un film pas synchronisé.

Une phrase

« Tu me donnes des ailes. »

« Tu as déjà tué un Palestinien ? »

« Chaque moment est douloureux. »

« Ce n’est pas parce que je pars que je m’en vais. »

[…]

« Mais c’est ça l’amour tu comprends pas ? Ça devient pas mieux, ça c’est l’amour, je te dis, on pète ensemble sous la couette, on fait l’amour follement, je te prépare tes galettes de pommes de terre et tu appelles ma mère quand j’en peux plus, ça c’est l’amour ! »

L'auteur

  • Né en 1984, Yval Rozman a quitté Israël pendant son service militaire pour s’installer en France où il mène de front une carrière de comédien, de metteur en scène et d’auteur de théâtre. Après sa formation au Conservatoire national d’art dramatique de Tel-Aviv, il fonde l’ensemble Voltaire en 2010 et se concentre sur ses propres travaux. 
  • Son spectacle Cabaret Voltaire, avec l’acteur palestinien Mohammad Bakri, reçoit les félicitations du jury et le premier prix du C.A.T International Théâtre Festival d’Israël : meilleure pièce, meilleure mise-en-scène, meilleure musique originale et meilleure chorégraphie. 
  • Sa pièce The Jewish Hour a été lauréate de la bourse Beaumarchais – SACD en aide à l’écriture de la mise en scène et présentée, en mars 2020, lors du Cabaret des curiosités au phénix, Scène nationale de Valenciennes.

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