Au-delà de toute mesure

La tentation de Venise
De
’Elsa Agnès
Durée du spectacle : 1h30
Mise en scène
’Elsa Agnès (avec la collaboration de Adèle Chaniolleau)
Avec
Elsa Agnès, Mattéo Renouf, Catherine Vinatier
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de la tempête - Cartoucherie
Route du champ de Manœuvre
75012
Paris
01 43 28 36 36
Du 13 mars au 12 avril 2026, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30
Du 14 au 16 avril 2026, au théâtre de la Vignette, en co-accueil avec le Théâtre des 13 Vents – CDN de Montpellier

Thème

  • Deux jeunes gardiens de musée, Marie et Giovanni, semblent pris dans une routine quotidienne qui tourne autour des pauses “sandwich au thon mayonnaise“... 

  • Marie a fait de la prison et Giovanni est un enfant de Venise qui possède les clés du Musée. Ils reçoivent souvent la visite d’une touriste, Violaine, qui admire les tableaux de la Renaissance italienne de ce musée vénitien, en négligeant son compagnon Alcino, qui reste à l’hôtel.

  • Une complicité se crée entre les trois personnages, qui s’imprègne de l’imaginaire créé par quelques tableaux de la Renaissance italienne. Un jeu de miroirs émouvant et drôle s’instaure entre eux, qui semble réussir à les sortir pour un temps de la solitude et de la mesure du quotidien. 

Points forts

  • Les œuvres du Musée, dont certaines jouent un rôle théâtral. 

  • Le fantastique s’invite sur la scène, avec l’apparition des œuvres, accompagnée d’une certaine magie, les tableaux apparaissant fugacement, projetés à différents endroits de la scène. : 

    • la première oeuvre, de Lotto, est apportée par Giovanni, et montre un jeune homme dans son cabinet de travail avec son livre de comptes qui symbolise la raison, malgré un lézard énigmatique posé sur le volume ; 

    • les personnages revivent les tableaux à leur façon, comme Violaine qui imite la position et les vêtements du Narcisse du Caravage, et contemple son reflet dans une étendue d’eau, métamorphosant ainsi le mythe en un personnage moderne amoureux de sa propre image ;

    • habillé en Bacchus, Giovanni réinterprète le tableau de Caravage en utilisant pour accessoire détourné un cubitainer de vin avidement englouti par les trois personnages.

  • Les comédiens sont tous trois poétiques, énigmatiques, touchants à différents moments , ainsi lorsqu’ils passent la nuit au musée, quand Giovanni danse, ou lorsque le trio chante doucement en italien. 

  • La scénographie est minimaliste, ce qui permet une utilisation précise de l’espace en découpant des sous-espaces distincts significatifs.

  • L’alternance entre réalisme et envolées fantasmagoriques produit une tonalité révélant une humanité fragile et poétique.

Quelques réserves

  • La lenteur de la pièce, les nombreux silences, donnent parfois un côté pesant au propos et révèle un manque de tension dramatique. 

  • Les personnages sont beaucoup en duo, avec de trop rares moments en trio.

  • Les tableaux sont assez peu visibles, et leur fugacité est telle que l’on a parfois du mal à les apercevoir vraiment au moment où ils sont projetés sur les différents murs de la pièce. Ils sont juste entr’aperçus, alors qu’ils jouent un rôle central qui gagnerait à être plus affirmé en tant qu’œuvre d’art.

  • L’ensemble est délicat, esquissé tellement minimaliste que les voix, surtout celle d’Elsa, en deviennent peu audibles.

Encore un mot...

  • Cette pièce ramène les spectateurs à des préoccupations contemporaines, telles que la solitude vécue ou voulue par les humains dans le monde moderne. C’est ainsi que dans ce huis- clos, Violaine choisit d’abandonner son amant à son hôtel vénitien afin de profiter pleinement des instants précieux passés, jour et nuit, avec ses nouveaux amis au musée. 

  • Le rapport à l’art et à la peinture est un élément majeur de la pièce. En effet, la proximité des œuvres autorise une remise en cause de la routine du quotidien ou d’un passé douloureux, quand les émotions sont partagées à plusieurs.  • Le décor de Venise, où les eaux montent continuellement, évoque aussi le dérèglement environnemental que connait notre planète et le rôle potentiellement salvateur et réconfortant de la contemplation des œuvres peintes.

Une phrase

  • « Les femmes seules sont élégantes, les hommes seuls sont vieux. »

  • « Est-ce qu’en se repentant on peut tout réparer ? »

  • « J’ai oublié le son de la voix de ma mère. »

L'auteur

  • Elsa Agnès est née en 1990, et habite à Paris. Après avoir obtenu une licence d’études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle, elle rentre à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier en 2011. 

  • Après ses études, elle joue notamment au Théâtre de L’Odéon, au Théâtre du Rond-Point, au 104, au T2G, au TGP et en tournée en France et à l’étranger. Elle a travaillé avec Guillaume Vincent, André Wilms, Tiago Rodrigues, Chloé Dabert. Avec le Théâtre de l’Odéon, le théâtre 71 de Malakoff et la prison de Fresnes, elle a mis en scène en 2023 dix détenus dans un spectacle intitulé Fureur et Mystère.

  • Elle développe également son travail d’écrivaine, et donne ici son premier texte pour le théâtre ; elle écrit également pour la revue Possession Immédiate et, en 2024, crée une série de podcasts avec Martin Quenehen. 

  • En 2025, Elsa Agnès met en scène son nouveau texte, déjà en collaboration avec Adèle Chaniolleau. Depuis longtemps, Elsa Agnès se rend dans de nombreux musées d’Europe et s’inspire des peintures de la Renaissance Italienne. Elle-même fait aussi de la peinture et en 2023, dans le cadre d’une exposition, L’Ombre du Rouge, ses tableaux sont exposés à La Comédie – CDN de Reims. 

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