Dans le couloir

… de la mort
De
Jean-Claude Grumberg
Mise en scène
Charles Tordjman
Avec
Jean-Pierre Darroussin, Christine Murillo
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre Hebertot
78bis, Bd des Batignolles
75017
Paris
01 42 93 13 04
Jusqu’au 19 avril 2026. Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30

Thème

  • Deux octogénaires au caractère bien trempé - lui en « retraité du Barreau, du droit, de la justice et des plaisirs », apparemment un « cœur sec », elle en mère-poule, voire «- hélicoptère » - dialoguent dans un couloir dont l’extrémité donne sur la porte de la chambre de leur fils, revenu à la maison après divers échecs dans sa vie.

  • Or ce fils déjà âgé se claquemure dans la chambre qu’il occupait enfant et semble fuir ses parents, qui dissertent à perte de vue sur ses faits et gestes supposés, ainsi que les raisons ayant pu conduire leur fils à refuser tout contact avec eux…

Points forts

  • La présence-absence de ce fils réussit très bien à montrer en creux un vieux couple dans ses chamailleries incessantes, qui ne sont pas sans rapport avec la réalité, car l’écriture prend soin d’en traquer les divers procédés, manies et tournures (rebond sur le dernier mot prononcé par l’interlocuteur, jeu de rôles bien rodés entre un père tergiversant et une mère encline à la défausse …).

  • Vieux complice de Grumberg, Charles Tordjman orchestre une succession de saynètes assez courtes, qui donnent du rythme à ce huis clos en lieu fixe (un couloir aux parois arrondies) et au décor minimal (trois chaises et autant de portes), dispositif qui pourrait lasser à la longue par son statisme.

  • Les comédiens chevronnés, la plupart du temps à leur affaire, n’hésitent pas à sortir des clous pour se défier mutuellement (comme le couple qu’ils incarnent), en introduisant variantes et impromptus à la limite du cabotinage. 

Quelques réserves

  • Les comédiens ne parviennent pas toujours à s’effacer derrière leur personnage, notamment dans ce final un peu déclamatoire et prévisible, au pathos un peu lourd, assez délicat à jouer avec conviction, ce qui du coup dessert un Jean-Pierre Darroussin jusqu’alors impeccable.

  • L’affiche, particulièrement bâclée, est par surcroît trompeuse, donnant à penser que l’on va assister à une comédie légère, alors qu’il n’en est rien.

Encore un mot...

  • Issue tragique pour une communication rompue - ou impossible - entre un fils et ses parents, empêchés d’exprimer leurs sentiments et réduits à ne plus échanger qu’entre eux sur des bribes de discussion usées jusqu’à la corde (c’est le cas de le dire…).

Une phrase

  •  Lui : « Quand lui as-tu demandé de laisser sa porte ouverte ?
    - Elle : Il y a 30-35 ans ! »

  • Lui [sarcastique, à propos de son fils] : 
    - « Pauvre petit aux cheveux blancs qui gémit dans son sommeil ! »
    - « J’en ai marre d’être le garde-chiourme du Masque de fer doublé du Mystère de la chambre jaune ! »

  • Elle [indignée] : « Sois poli si tu n’es plus joli ! »

L'auteur

  • Ecrivain, dramaturge (une quarantaine de pièces), scénariste et dialoguiste pour le cinéma - Les Années Sandwiches, Le Dernier Métro (1980), La Petite Apocalypse (1993), Le Plus Beau Pays du monde et Faits d'hiver (en 1999), Amen (2002), Le Couperet (2005) - et pour la télévision.

  • Jean-Claude Grumberg est également une figure du théâtre français, qui a écrit dix pièces pour la jeunesse, des contes, et reçu le Grand prix de l'Académie française en 1991, le Grand prix de la SACD 1999 pour l'ensemble de son œuvre, et remporté depuis trois Molières, L'Atelier étant sa pièce la plus connue et la plus jouée.  

  • Jean-Claude Grumberg écrit sur ce qui le hante depuis l’enfance : la disparition de son père arrêté par les Allemands et déporté à Auschwitz (Moman, tiré de Moman 10 fois, publié aux éditions Acte Sud en 2017). Il évoque également la vie des gens simples, l’enfance.  

Commentaires

GILLES REMY
ven 20/02/2026 - 19:12

Bons acteurs, auteur reconnu et pourtant un des pires moments de théatre de ces dix dernières années. Textes baclés surtout l'interminable monologue final. C'est lourd, maladroit, gênant, caricatural sinon grotesque. A fuir.
A titre d'illustration, la rubrique ci-dessus qui a relevé les meilleurs mots. Pitoyable :
Une phrase
Lui : « Quand lui as-tu demandé de laisser sa porte ouverte ?
- Elle : Il y a 30-35 ans ! »

Lui [sarcastique, à propos de son fils] :
- « Pauvre petit aux cheveux blancs qui gémit dans son sommeil ! »
- « J’en ai marre d’être le garde-chiourme du Masque de fer doublé du Mystère de la chambre jaune ! »

Elle [indignée] : « Sois poli si tu n’es plus joli ! »

Wonder
jeu 05/03/2026 - 09:43

Quelqu'un doit avoir des informations compromettantes sur Daroussin : il n'y a que le chantage qui puisse expliquer pourquoi il a accepté de jouer cette pièce d'une banalité désolante, sur un thème bateau (la famille dysfonctionelle, les hommes qui ne savent exprimer leurs sentiments, les mères appréhensives, gnagnagna), avec un texte qui tourne en rond et qui ne raconte absolument rien d'intéressant. Les acteurs font ce qu'ils peuvent, mais cela ne sauve pas la mise. Une heure de vie gâchée, payée très cher, à écouter un texte irritant qui tartine à l'infini une pauvre idée triste, qui aurait mieux fait de rester en gestation.

Ponnier
mer 25/03/2026 - 21:30

Celui qui est à fuir, c'est ce Me Gilles Rémy expert en l'art de rabaisser les chef d'œuvres, dirait on. Un chef d'oeuvre, sans nul doute

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