Des journées entières dans les arbres

De
Marguerite Duras
Mise en scène
Thierry Klifa
Avec
Fanny Ardant, Nicolas Duvauchelle, Agathe Bonitzer, Jean-Baptiste Lafarge
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre de la Gaîté Montparnasse
26 rue de la Gaîté
75014
Paris
01 43 20 60 56
Jusqu'au 30 mars 2014

Thème

La mère de Jacques qui n'a pas vu son fils depuis 5 ans arrive à Paris depuis les colonies pour le retrouver. Lui, joueur et "bon à rien", vit avec une jeune entraîneuse qui va partager le huit clos qui s'instaure et va durer jusqu'au départ de la mère. Un amour maternel sans limites pour le fils adulé "auquel elle aurait voulu que "tout lui fut donné" et qui la déçoit. 
La pièce est ponctuée de moments de drôlerie et d'insolence mais profondément douloureuse.
 

Points forts

1 la puissance de la pièce de Marguerite Duras qui nous embarque dans une spirale infernale haine/amour dont l'intensité dévastatrice est poussée jusqu'au vertige. Elle a donné aux personnages une fragilité qui nous émeut au delà de leur perversité, et à la pièce une affleurante poésie. 
J'ai aimé aussi le personnage seulement évoquée de Mimi, la sœur laide et non aimée vivant aux côtés de la mère. Son accession au bonheur et au mariage va déclencher la fureur maternelle et générer un formidable monologue (sur le banc). Il donne un éclairage à l'arrière plan de l'action. 

2 La performance époustouflante de Fanny Ardant dont le talent trouve ici un plus que parfait terrain d'expression. Un rôle fait pour elle, dont on sent qu'elle l'aime infiniment. Pas une situation qui ne soit maîtrisée. Elle couvre avec un talent rare et une liberté qui illuminait ce soir le théâtre, la panoplie des sentiments humains que M. Duras met en scène.
Elle donne vie, dans un tourbillon de mots, de cris et de postures, à l'amoureuse caressante et sensuelle, puis au monstre ravageur et exclusif, et ailleurs à la femme dévoreuse insatiable qui ne respecte rien ni personne. Il n'y a pas de minute ou nous risquions de nous lasser des excès désordonnés et insolents du personnage. Fanny Ardant lui confère un charme excentrique irrésistible et une poésie désespérante. Du grand art ! 

3 En fils"bon à rien" qui revendique sa liberté de "rien", joueur libre d'entraves sociales, Nicolas Duvauchelle nous offre, outre son physique très présent et ses convaincantes mimiques de mauvais garçon, quelques vraiment beaux moments de scène. En particulier à la fin lorsque faisant face à Marcelle il parle de lui et avoue rêver la mort de sa mère pour s'en délivrer. Tout à coup sa présence s'est révélée et imposée. Pas facile de tenir face à l'écrasante personnalité de la mère-Fanny Ardant. 

4 Et je salue Marcelle, diaphane et délicate Agathe Bonitzer, niée et rejetée par les monstres en présence mais pas si différente car elle est issue d'un monde sans pitié et se fraye un chemin selon ses codes à l'insu de la moralité. Elle apporte un souffle de fraîcheur dans le marasme général et s'impose vraiment dans la dernière scène.

5 Le jeune patron du bar, Jean-Baptiste Lafarge alias monsieur Dédé, est bien dans le rôle. Il clôt le carré d'acteurs présent sur scène.

6 On sent la mise en scène de Thierry Klifa très présente malgré la liberté dont le jeu de Fanny Ardant fait preuve. Il y a dans cette pièce une fluidité qui m'a séduite. Les excès sont mis en scène avec plaisir, truculence parfois. Qui a eu l'idée de prendre l'os de la viande de la choucroute en main ? 
Le choix capital des lumières confère une tonalité juste aux décors des tableaux.
J'ai bien aimé fredonner les chansons nostalgiques qui jalonnent la pièce.

Quelques réserves

La diction pas toujours parfaite de Nicolas Duvauchelle que l'on ne perçoit pas bien lorsqu'il crie, même des premiers rangs.

Encore un mot...

Rien que pour admirer Fanny Ardant, Marcelle et Jacquot se jeter sur une choucroute et la dévorer comme des barbares en manque, ou la même actrice caresser et embrasser son fils adoré sans retenue, ou se saouler au champagne dans un bar et refuser de payer la note, je vous enjoins d'aller voir la pièce. Mais il n'y a pas que cela ! Il y a les mots, la langue… Ceux qui aiment les histoires d'amour absolu mais ne raffolent pas de Marguerite Duras se réconcilieront peut être avec sa plume.…Ça vaut de tenter le coup !

L'auteur

Marguerite Duras a adapté pour le théâtre, à la demande de Jean-Louis Barrault, cette nouvelle qui date de 1954. La pièce fut créée pouŕ ĺe théâtre de l'Odéon en décembre 1965 et publiée l'année suivante.

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