Feuilleton Goldoni Les amours de Zelinda et Lindoro La jalousie de Lindoro Les inquiétudes de Zelinda

De
Carlo Godoni
Muriel Mayette-Holtz
Mise en scène
Muriel Mayette-Holtz
Avec
Joséphine de Meaux, Félicien Juttner, Augustin Bouchacourt, Charlie Dupont, Ahmed Fattat, Tania Garbarski, Jonathan Gensburger, Frédéric de Goldfiem, Pauline Huriet, Thibaut Kuttler, Ève Pereur, Musicien : François Barucco
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

La Scala
13, boulevard de Strasbourg
75010
Paris
01 40 03 44 30
Du 22 septembre au 3 octobre 2021. A 19h du mercredi au vendredi, 17h, 19h et 21h les samedi et dimanche. Durée : 1h20 par partie | 5h20 l'intégrale avec entractes

Thème

Zelinda et Lindoro, tous deux serviteurs dans la maison du respectable Don Roberto, s’aiment. Las ! leur avenir est menacé par des désirs ennemis : celui qu’éprouvent le fils de la maison Don Flaminio, et l’intendant Don Fabrizio pour Zelinda – et des haines tenaces – celle de la jeune et vindicative épouse de Don Roberto, Dona Eleonora pour la même Zelinda. Après bien des tribulations tragi comiques les deux amoureux seront enfin unis pour affronter dans les épisodes deux et trois de nouveaux périls, internes à leur relation cette fois : la jalousie de Lindoro et les inquiétudes de Zelinda.

Points forts

La mise en scène au rythme trépidant : les déplacements millimétrés et bondissants, les grimaces sur expressives, la modernisation progressive des costumes au fil des épisodes, la plasticité d’un décor organisé autour de panneaux japonisants, minimaliste et suggestif à la fois, les ouvertures chantées et accompagnées au piano tout ceci concourt à faire de ce spectacle un divertissement savoureux et intelligent.

Joséphine de Meaux, ancienne élève de Muriel Mayette-Holtz, comme son complice  Félicien Juttner, campe une Zelinda tour à tour pétulante et sagace, déjantée, mélancolique et hystérique. Il est vrai qu’elle a tout joué, de Feydeau à Tchékov en passant par Palace sur scène, il y a deux ans.

Quelques réserves

Est-ce la fatigue produite chez le spectateur par le marathon du samedi ou du dimanche après-midi, est-ce inhérent au texte, sans que l’accélération de la mise en scène ne parvienne à corriger cela ? Les inquiétudes de Zelinda sont la pièce la moins convaincante des trois : le comique y est plus mécanique, l’intrigue et les dialogues plus attendus et répétitifs. Heureusement, la critique hilarante de cette basoche qu’incarne l’avoué retors ravive le piquant de ce 3ème volet.

Encore un mot...

Une trilogie réjouissante, dont les trois épisodes sont visibles séparément ou en intégrale, menée tambour battant.  Cette comédie de caractère n’est pas réductible aux imbroglio sentimentaux qui en sont le moteur. C’est une fille des Lumières et les assignations sociales comme les assignations de genre y sont si bien interrogées et malmenées qu’on peut y voir un théâtre social. Chacun ici lutte contre tous, revendique son pouvoir et son droit, quel que soit son statut et conquiert finalement sa liberté : « Ne suis-je pas libre de ma personne ? » demande Zelinda.

Comme chez Molière et comme chez Marivaux, le rire est chez Goldoni une arme servant à dénoncer l’hypocrisie et les abus de pouvoir. Ce que faisant il défend du reste les vertus du théâtre contre ses ennemis.  Les femmes, à qui l’on reconnait de l’esprit, de l’ingéniosité et du cœur en sortent grandies. Et avec elles l’humanité toute entière, malgré la relative médiocrité de certains hommes, tant les personnages, à de rares exceptions près, sont au fond des tendres, pétris d’honneur, de probité et de vertu.

Une phrase

1 - Don Roberto : « je vous renvoie parce que je suis libre de vous renvoyer »

2 - Lindoro : « je suis son mari, je suis le maître, j’ai le droit de commander »

3 - Donna Eleonora : « Non contents de tyranniser leur femme tant qu’ils sont en vie, les maris continuent de leur donner des ordres une fois morts. »

L'auteur

Comme souvent avec Goldoni cette pièce répondit à une commande italienne, alors que l’auteur résidait en France. Il reprend trois pièces (Les Amours d’Arlequin et de Camille, la jalousie d’Arlequin et les Inquiétudes de Camille), qui, dit-il dans ses mémoires « avaient eu du succès » aux Théâtre des Italiens de Paris et qu’il transforme légèrement, ennoblissant le sujet et remplaçant « l’Arlequin et la soubrette par deux personnes d’un moyen état, réduites à servir par des circonstances malheureuses. » Hélas, note Goldoni, « ces pièces n’eurent pas à Venise un succès éclatant ». Souhaitons qu’elles le connaissent à Paris en 2021, elles le méritent.

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