Gabriel

Quand féminisme rime avec romantisme
De
George Sand
Mise en scène
Laurent Delvert
Avec
Anne Kessler, Alain Lenglet, Alexandre Pavloff, Christian Gonon, Claire de La Rüe du Can, Yoann Gasiorowski, Birane Ba, Elisa Erka
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre du Vieux Colombier - Comédie française
21 rue du Vieux Colombier,
75006
Paris
01 44 39 87 18
Jusqu’au 30 octobre 2022 Mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 15h

Thème

  • Jules de Bramante, prince toscan de la Renaissance et chef de famille tout-puissant, a - pour déshériter un petit-fils, Astolphe enfant de son fils cadet - élevé la fille issue de la branche aînée, comme un garçon. 
  • L’enfant, baptisée Gabriel reçoit l’éducation intellectuelle et physique réservée aux hommes. On lui enseigne « la grandeur du rôle masculin et l’abjection du rôle féminin dans la nature et dans la société ». À ses dix-sept ans, Gabriel apprend la vérité de la bouche de son grand-père et la mission qu’il lui confie : assumer l’héritage familial en perpétuant la tromperie et en vivant donc sous un masque toute sa vie ou, y renonçant, être envoyée au couvent. 
  • Pour se venger de ce qu’elle considère comme une infâmie, Gabrielle décide de devenir l’ami de son cousin Astolphe et de partager l’héritage avec lui. Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre, mais des obstacles insurmontables surgissent, les précipitant vers une issue tragique.

Points forts

  • Cette adaptation nerveuse et sensiblement raccourcie d’un texte fleuve est portée par huit comédiens exceptionnels.
  • Le décor sobre et sombre comme cette tragédie est également très beau. La géométrie des grands portiques noirs et des vitres givrées autorise une circulation fluide et élégamment chorégraphiée sur l’espace scénique, allégeant un peu la pesanteur du drame. 
  • La lumière, de plus en plus crépusculaire, vient à l’appui de l’orage des sens que suscite les difficultés inouïes de cette passion amoureuse.

Quelques réserves

  • Elles tiennent plus à la construction d’ensemble du texte qu’à la belle réalisation dramaturgique. L’exposition est complexe et donc nécessairement un peu lourde, et les enchainements entre les différentes scènes pas toujours très fluides, ce qui tient sans doute aux coupes opérées dans le texte. 
  • Et puis ne faisons pas dire à George Sand ce qu’elle n’a pas dit, ni pensé, tout simplement parce qu’elle était une femme de son siècle : ainsi, si Gabrielle, élevée comme un garçon pour être un homme, interroge d’abord ce que serait l’improbable nature d’un être et ses invariants, à peine apprend-elle qu’elle est une femme que se déploient en elle les qualités de douceur, de compréhension, de bienveillance qui sont considérés comme la partie d’un tout qui serait “l’éternel féminin“. 
  • Cependant la passion qui l’anime la libère et la grandit si bien que ce relent d’essentialisme se dissipe.

Encore un mot...

  • Gabriel interroge avec une liberté ébouriffante la conditions des femmes au XIXe certes, mais au-delà l’identité sexuelle, ce que l’on ne nomme pas encore le “genre“ et qui pourtant l’est, puisque Sand montre le rôle d’une éducation dans la construction sociale de l’identité..
  • La pièce laisse aussi sa place à la vision sociale d’une républicaine comme George Sand, qui affirmait : « Je serai avec l’esclave et avec la bohémienne et non avec les rois et leurs suppôts. Car la littérature, en ce moment du romantisme, est une tribune autant qu’un moyen de lutte ».

Une phrase

Gabriel(le) : « La femme ! La femme, je ne sais à quel propos vous me parlez toujours de la femme. Quant à moi, je ne sens pas que mon âme ait un sexe, comme vous tâchez souvent de me le démontrer. Je ne sens en moi une faculté absolue pour quoi que ce soit : par exemple, je ne me sens pas brave d’une manière absolue, ni poltron non plus d’une manière absolue. (…) Croyez-moi nous sommes tous sous l’impression du moment, et l’homme qui se vanterait devant moi de n’avoir jamais eu peur me semblerait un grand fanfaron, de même qu’une femme pourrait dire devant moi qu’elle a des jours de courage sans que j’en fusse étonné. Quand je n’étais encore qu’un enfant, je m’exposais souvent au danger plus volontiers qu’aujourd’hui : c’est que je n’avais pas conscience du danger. »

L'auteur

  • Romantique, George Sand récuserait le terme de féministe qu’on lui accole volontiers aujourd’hui. Car elle s’est toujours tenue à distance des revendications politiques et électorales de ses contemporaines. 
  • Ainsi, lorsque Eugénie Niboyet annonce le 6 avril 1848 la candidature de l’auteure aux élections législatives, George Sand dénonce la « plaisanterie ». Pourtant féministe elle l’est bien, d’une autre manière, romantique, généreuse et fougueuse, réclamant l’égalité civile avant l’égalité civique, dénonçant l’oppression du mariage, exigeant l’éducation pour les filles.
  • Elle l’est bien sûr aussi avec cette pièce surprenante : roman dialogué d’abord, et publié en 1839 dans La Revue des deux mondes, Gabriel n’est adapté pour la scène qu’au XXe siècle.

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