I Will Survive
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Thème
I Will Survive entrecroise deux affaires qui eurent en leur temps un certain retentissement : l’éviction d’un animateur - on peut penser à Stéphane Guillon ou à Guillaume Meurice – officiant sur une radio publique, et le procès de Cécile Gallot, qui avait tué un mari qui la brutalisait et violait régulièrement durant vingt ans, de ses 27 à ses 47 ans...
Comme à son habitude, la troupe s’est laissée toute liberté pour broder et improviser autour de ces affaires, afin d’en mieux cerner les enjeux sociétaux, axés sur les violences sexistes, qu’elles soient verbales ou physiques.
Le résultat, pour graves que soient l’intention et le propos, n’engendre pourtant pas la mélancolie…
Points forts
Les Chiens de Navarre ont choisi de traiter un sujet de société d’actualité en restituant ce qu’il a de tragique et de dramatique, mais sans jamais renoncer à injecter du comique aux scènes et personnages en présence. La mise en scène, dans un décor à deux niveaux (avant-scène au raz du plateau / arrière-scène en surplomb) métaphorise la juxtaposition et parfois la combinaison entre les deux genres de discours :
s’agissant des aspects les plus sombres des violences sexistes, nul didactisme, mais une empathie qui se diffuse au public sans trop d’effets appuyés ;
pour le volet comique, on a particulièrement apprécié le dynamitage de ces émissions (Le Grand Midi singe explicitement La Bande originale de Nagui sur France Inter) où animateurs et chroniqueurs satisfont leur ego (inversement proportionnel à leur talent) dans des saillies trahissant des productions relevant plus de l’entertainment que de l’information. Les scènes de déposition au commissariat comme celles de tribunal sont les plus réussies, qui mêlent au mieux effarement, affliction, insolence et dérision.
C’est dans cette oscillation et cette cohabitation permanentes entre l’effrayant et le désopilant que le spectacle trouve sa dynamique particulière.
Les comédien-ne-s sont tou-te-s remarquables, aussi à l’aise sur l’un ou l’autre des registres évoqués plus haut.
Quelques réserves
Comme l’indiquent les concepteurs du spectacle, il est bon de rappeler que certaines scènes (nudité, violences physiques et sexuelles simulées) peuvent heurter la sensibilité des spectateurs, notamment ceux âgés de moins de seize ans.
Encore un mot...
I Will Survive n’évoque pas seulement la question du décalage possible entre le juste et le légal, il pose aussi la question des limites acceptables du comique dans un jeu de massacre où animateurs-bateleurs des ondes, candidats insignifiants et peu vertébrés, avocats généraux sanguinaires et policiers désinvestis se disputent âprement la palme du ridicule. A la différence des émissions d’infotainment brocardées dans ce spectacle, le rire n’est ici jamais gratuit.
- Quand on ne sait plus à quel saint se vouer pour faire passer auprès du plus grand nombre les indispensables préventions envers les violences sexistes, peut-être faut-il se tourner vers ces Chiens de Navarre qui nous proposent, avec I Will Survive, un spectacle de salubrité publique et un sacré poil à gratter !
Une phrase
Un prisonnier [inspiré, évoquant son compagnon de détention] : « Le seum de Rodrigo, c’est un peu le spleen de Baudelaire ! »
Didier Moreau [comique de service au Grand Midi, glosant sur les “cinq fruits et légumes“ quotidiens] :
- « Une femme, quand elle ramène sa fraise, on lui met une pêche dans sa poire, elle tombe dans les pommes, mais elle garde la banane... »
- « Jack Lang, on dirait un oursin. »
- « Le rire consensuel, ça me fait ch… ! »
L'auteur
La troupe des Chiens de Navarre existe depuis 2005 et s’est formée autour de Jean-Christophe Meurisse. Elle a déjà à son actif une dizaine de pièces, où l’humour et l’improvisation sont privilégiés pour prendre à bras-le-corps les questions qui taraudent notre société.
Conçu en équipe, I Will Survive a reçu le Molière 2026 du meilleur spectacle de Théâtre public.
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