J’espère que nos enfants iront mieux que nous
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Thème
Deux amies. Deux bébés. Deux destins qui pourraient être très différents. Marie vient enfin de devenir mère après des années d’échec. Anne, elle, vient d'accoucher de son troisième enfant… alors qu'elle n'en voulait pas vraiment. Deux femmes que tout semble opposer mais liées par une solide amitié. Jusqu'au jour où un test génétique révolutionnaire révèle à Marie ce que son bébé va devenir… et les nouvelles ne sont franchement pas bonnes. Dans le berceau voisin, en revanche, le bébé d'Anne semble promis à un avenir beaucoup plus enviable. Marie se retrouve seule face aux deux berceaux. Et là commence une histoire qui paraît invraisemblable : échanger les bébés.
Tel est le point de départ, aussi absurde que vertigineux, de la nouvelle comédie de Rudy Milstein. Mais derrière cette mécanique de boulevard se cache une question beaucoup plus inquiétante : que ferions-nous si nous pouvions connaître à l'avance l'avenir de nos enfants ?
La pièce parle évidemment de maternité, de désir d'enfant et de couple. Mais elle parle surtout de notre époque : celle qui rêve de tout mesurer, tout prévoir, tout optimiser. Jusqu'à vouloir programmer l'avenir de nos enfants.
Points forts
Le sujet est simple, provocant et redoutablement efficace. On rit parce que la situation est folle, mais on rit aussi parce qu'elle vient chatouiller quelque chose de très contemporain : notre obsession de la performance et notre peur de l'imprévisible.
Heureusement, Rudy Milstein ne transforme pas cette idée en démonstration philosophique. Il préfère faire rire de nos contradictions. Son écriture fonctionne particulièrement bien, et de plus en plus, à mesure que la pièce avance. Les personnages ne sont jamais de simples caricatures : ils sont agaçants, touchants, ridicules et terriblement humains.
J’espère que nos enfants iront mieux que nous est porté par un quatuor de choc :
Ariane Mourier, dans le rôle de Marie, porte une bonne partie de la pièce avec une énergie et une justesse remarquables ;
Anne Marivin, pour son retour au théâtre dans un rôle majeur, lui donne une réplique pleine de naturel ;
enfin, Nicolas Lumbreras et Erwan Téréné complètent avec beaucoup d'efficacité ce quatuor, auquel viennent s'ajouter Maeva Pinto Lopes et Antoine Sibelle.
La mise en scène par Rudy Milstein de son propre texte est elle aussi très maîtrisée. Elle privilégie le rythme, les changements de situation et une certaine fantaisie visuelle. La scénographie en forme de maison de poupée, signée Sébastien Forestier, accentue avec malice le décalage entre l'apparente innocence du décor et l’enjeu de ce qui s'y joue.
Quelques réserves
C’est presque paradoxal : le sujet est peut-être plus passionnant encore que la pièce, or il n’est qu’effleuré. Peut-être le rire aurait-il pu s’effacer quelques instants face au vertige provoqué par une telle situation.
La pièce met un peu de temps avant de décoller vraiment, le texte fonctionne de mieux en mieux au fur et à mesure que les situations s’enchaînent et s’accélèrent.
Encore un mot...
Pas facile de proposer en même temps un traité de bioéthique et une comédie. Mais son talent est de faire passer des idées sérieuses entre deux éclats de rire. Il nous fait rire de ces parents qui voudraient que leurs enfants réussissent mieux qu'eux, de ces couples qui veulent tout contrôler, de cette époque qui rêve de supprimer le hasard.
J'espère que nos enfants iront mieux que nous est une comédie intelligente, grinçante et très actuelle, qui réussite à faire rire d'une question qui, elle, ne prête pas vraiment à sourire.
Une phrase
- « Et si, grâce à un test ADN révolutionnaire, vous pouviez connaître l’avenir de votre enfant, le feriez-vous ? »
L'auteur
Rudy Milstein est un comédien, auteur, metteur en scène et réalisateur. Il s'est fait remarquer par une écriture qui transforme les névroses contemporaines en matière comique. Il a notamment appartenu à la troupe de Pierre Palmade, avant de développer ses propres projets.
En 2024, C'est pas facile d'être heureux quand on va mal lui vaut une double consécration : Molière de la Comédie et Molière de l'Auteur francophone vivant.
Il poursuit parallèlement son travail au cinéma. Son premier long métrage, Je ne suis pas un héros, sorti en 2023 avec Vincent Dedienne, explore déjà une de ses obsessions : nos petits arrangements avec nos principes lorsque nous voulons être aimés, reconnus ou simplement mieux vivre.
Avec J'espère que nos enfants iront mieux que nous, il poursuit donc une œuvre cohérente : prendre nos angoisses, nos contradictions et nos lâchetés ordinaires… et en faire du théâtre.
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