L’augmentation

Une magnifique interprétation au service d’un texte magique
De
Georges Perec
Durée : 1h10
Mise en scène
Anne Laure Liégeois
Avec
Olivier Dutilloy et Anne Girouard
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014
Paris
01 45 45 4 77
Du 3 au 21 janvier. Mardi, mercredi, vendredi à 20h, jeudi à 19h, samedi à 16h. Puis en tournée, Le 26/01 à 21h et le 27/01 à 21h à La M3Q (Maison des 3 Quartiers)-Poitiers - Dans le cadre des Rencontres d'hiver - LE META

Thème

  • Comment obtenir une augmentation ? C’est très simple en apparence, et Georges Perec nous livre le mode d’emploi en quelques phrases : aller voir le chef de service, qu’il soit là ou pas, frapper à la porte, qu’il dise d’entrer ou pas, propose, ou pas un siège, qu’il écoute et se laisse convaincre, ou pas, et finisse par concéder l’augmentation… Ou pas !
  • Autour de ces quelques phrases, qui reviennent comme un leitmotiv quelques dizaines de fois, se construit un spectacle de l’absurde comme les aiment les Oulipiens (les amateurs de l’Ouvroir de Littérature Potentielle) : produire un texte sous contrainte, ici la répétition d’une situation simple qui se démultiplie, en y introduisant de subtiles astuces créatrices qui font basculer le texte dans des situations complètement différentes.

Points forts

  • Georges Perec joue avec les mots et les rythmes avec un infini plaisir, pour malaxer la langue. Il crée des hommes-langages qui cherchent à exister en obtenant cette fameuse augmentation, qui le plus souvent se dérobe. Et quand elle est acceptée, c’est pour mieux retomber dans une situation dans laquelle ils deviennent encore plus dépendants du grand consortium qui les emploie.
  • Entre métamorphose kafkaïenne et Brazil version Terry Gillian, on glisse progressivement dans un univers absurde et complètement déjanté.
  • Les personnages deviennent une sorte de pâte à modeler qui se transforment et fondent au rythme de leur déception, sans cesse renouvelée.
  • Anne Girouard et Olivier Dutilloy s’attaquent à la reprise, dix ans après, d’un texte qu’ils ont joué dans les lieux les plus inattendus. Ils le reprennent finalement sur un plateau de théâtre, sur une scène nue, à l’exception d’une table et deux chaises.
  • La mise en scène d’Anne-Laure Liégeois, créative, endiablée, survitaminée, fournit un écrin magique à l’incroyable performance textuelle des deux comédiens. Ils nous entraînent dans la folie communicative d’un texte qui permet toutes les interprétations.

Quelques réserves

Aucune. Que de la joie et du bonheur !

Encore un mot...

  • Après la pièce C’est un métier d’homme (https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/theatre/cest-un-metier-dhomme) au théâtre du Rond-Point en décembre dernier, l’Oulipo revient en force sur les scènes théâtrales.
  • Créé à l’automne 1960 sous le nom de Séminaire de Littérature Expérimentale (Sélitex), il devient l’Oulipo, tel que l’a défini Raymond Queneau « la recherche de formes, de structures nouvelles qui pourront être utilisées par les écrivains de la façon qui leur plaira ».

Une phrase

“1 - Vous avez mûrement réfléchi, vous avez pris votre décision, et vous allez voir votre Chef de Service pour lui demander une augmentation.
2 - Ou bien votre Chef de Service est dans son bureau, ou bien votre Chef de Service n’est pas dans son bureau.
3 - Si votre Chef de Service était dans son bureau, vous frapperiez et vous attendriez sa réponse.
4 - Si votre Chef de Service n’était pas dans son bureau, vous guetteriez son retour dans le couloir.
5 - Supposons que votre Chef de Service ne soit pas dans son bureau.
6 - En ce cas vous guettez son retour dans le couloir.

L'auteur

 

  • Georges Perec est né à Paris en 1936, et mort à Ivry-sur-Seine en 1982. Il devient membre de l’Oulipo en 1967 et fonde son œuvre sur l’utilisation de contraintes formelles, littéraires ou mathématiques, qui définissent son style.
  • Il se fait connaître dès son premier roman, Les choses, (prix Renaudot 1965) qui restitue l’air du temps à l’aube de la société de consommation.
  • La disparition, en 1969, réunit le tour de force de ne jamais utiliser, en plus de 300 pages, la lettre e, la plus utilisée dans la langue française.
  • En 1978, il publie La vie mode d’emploi, Prix Médicis, dont le succès lui permet de quitter son emploi au CNRS pour se consacrer exclusivement à la littérature.
  • Il laisse une empreinte profonde dans la littérature française du XXème siècle.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche

Théâtre
Je pars sans moi
De
Johanna Korthals Altes et Isabelle Lafon (inspiré des œuvres du psychiatre Gaetan de Clérambault et des écrits de Fernand Deligny)